Interrogatoire
Lundi 12 octobre
À Vaudreuille, l’opération avait été moins spectaculaire. Les gendarmes s’étaient simplement présentés à la porte d’entrée au lever du jour. C’est la femme de Dumergue qui avait ouvert la porte. Elle avait laissé les hommes investir la maison avec une surprise non feinte. Son mari était encore dans la cuisine, en train de terminer son petit-déjeuner. Il n’avait opposé aucune résistance. La présence du substitut ajoutait à la gravité de la situation. Quand le major avait présenté la commission rogatoire et l’ordre de perquisition, il avait simplement demandé à appeler son avocat. Dréant l’avait laissé faire, lui précisant simplement que cela ne retarderait en rien la procédure. Deux heures plus tard, tout le monde était reparti pour Toulouse, en emportant les ordinateurs et tous les téléphones de la maison, ainsi que plusieurs cartons de documents.
— Ce ne sont que des pièces comptables ! objecta Dumergue.
— On fera le tri plus tard, mais ne vous inquiétez pas, on vous les rendra. De toute façon, je ne pense pas que le fisc soit votre principal problème à court terme.
— Où est-ce que vous l’emmenez ? demanda la femme.
— Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas des miliciens ! Nous allons à la Section de Recherche, à Toulouse. Vous pouvez le dire à votre avocat.
— Je ne comprends pas, pourquoi des miliciens ?
— Votre mari comprend parfaitement, lui ! répondit le major.
En début d’après-midi, les deux équipes étaient revenues à la caserne. Les hommes du PSIG avaient conduit les deux prévenus dans des salles séparées, ils n’avaient eu aucun contact durant le transfert. Le matériel saisi avait été confié aux techniciens pour analyse, avec une demande d’examen prioritaire balistique du Luger de Mabillon. Avant de laisser les OPJ procéder aux interrogatoires, le substitut avait annoncé qu’il allait sans attendre saisir un juge d’instruction.
Le major Roumiac avait logiquement prévu de s’occuper de Dumergue, assisté de Léo Maillet. Clarisse et Sonja prendraient en charge Mabillon, avec l’aide de Porte si nécessaire.
Il n’avait pas fallu longtemps aux TIJ pour valider que l’un des téléphones trouvés à Vaudreuille était le portable anonyme qui avait servi aux conversations avec Kaiser. L’historique des appels correspondait aux fadettes de l’Allemand.
Lorsque les gendarmes examinèrent Pierre Dumergue sur le circuit vidéo avant de rentrer dans la salle. L’homme avait l’air abattu. Son avocat ne s’était pas manifesté, ce qui arrangeait plutôt les gendarmes.
— Bon, attaqua Oliver, on va tout de suite commencer par mettre les choses en ordre. Léo, peux-tu noter qu’à partir de ce jour, lundi 12 octobre à 15h12, Monsieur Pierre Dumergue est en garde à vue ? Compte-tenu des chefs d’inculpation, nul doute que nous ayons 48 heures devant nous.
— Qu’est-ce que vous me reprochez ? demanda Dumergue d’une voix mal assurée. Ma comptabilité est en ordre. Je n’ai rien à me reprocher.
— Ta comptabilité ? C’est le cadet de nos soucis, répondit le major.
— Alors, quoi ? Je ne comprends pas.
— Parle-nous plutôt de Rudolf Kaiser, à moins que ce ne soit Bauer.
— Je ne connais personne de ce nom.
— C’est peut-être bien vrai, il a pu utiliser un autre nom, mais tu lui as tout de même parlé plusieurs fois au téléphone ces derniers jours.
— C’est cet Allemand ? Il m’a harcelé pour que j’accepte de le rencontrer.
— De quoi voulait-il parler ? demanda Léo.
— Je n’ai rien compris, des histoires de guerre, de maquis… Qu’est-ce que j’en sais moi, je n’étais pas né à cette époque.
— Il ne t’a pas parlé de ton père ? Georges Dumergue.
— De mon père ? Mais pourquoi.
— On en reparlera plus tard. Comment s’est-il présenté ?
— Il a commencé par m’envoyer un mail, il y a quelques semaines. Il disait qu’il était journaliste et qu’il travaillait sur un sujet qui concernait l’armée allemande en 1944. Je lui ai répondu que je n’étais pas historien, que je ne connaissais rien de cette période.
— Tu aurais pu laisser tomber, ne plus lui répondre, et au lieu de ça, tu lui as communiqué un numéro de portable anonyme.
— En fait, je voulais savoir pourquoi il m’avait ciblé.
— Quand as-tu fait le lien avec ton père ? demanda Roumiac.
— Mais pourquoi vous revenez toujours à mon père ? Il est mort il y a trente ans.
— Oui, mais comme Kaiser, on a un peu fouillé le passé, cette période de l’été 44. Ton père était un nostalgique de l’ordre nouveau. Ce n’est pas un secret, n’est-ce pas, et tu as naturellement suivi ses pas.
— N’importe quoi !
— Ce n’est pas un délit en soi… si on ne franchit pas certaines limites. Tu as eu de la chance de passer entre les gouttes. Mais bon, ce n’est pas pour ça que tu es là. Revenons à Kaiser. Tu as donc fini par accepter de le rencontrer, à Revel.
— Non, je ne l’ai pas rencontré, objecta Dumergue.
— C’est vrai, tu lui as posé un lapin. Il t’a attendu à la brasserie et tu n’es pas venu.
— J’avais changé d’avis, j’avais peur.
— Peur de quoi ? demanda Léo.
— Entre temps, j’avais lu ses articles, je ne voulais pas voir mon nom étalé dans les journaux.
— Tu te doutais bien que ça ne suffirait pas pour l’arrêter, déclara Léo.
— Alors tu as appelé ton pote Mabillon, compléta le major.
— Je ne connais pas de Mabillon !
— Ben voyons ! Tu ne connais pas le type que ta société emploie pour les boulots « limite, limite ». De toute façon, on a les relevés de téléphone… Vous vous êtes mis d’accord et c’est Mabillon qui attendait Kaiser à Saint Ferréol, à ta place.
— Vous dites n’importe quoi, c’est quoi ce cinéma ?
— On a plusieurs témoins qui ont vu Mabillon et Kaiser ensemble. La dernière fois qu’on a vu Kaiser vivant ! asséna Roumiac.
— Quoi ? Vous insinuez que j’ai fait tuer ce Kaiser ?
— On verra ce qu’en dit Mabillon, il est dans la pièce à côté.
Colaborar
Puedes apoyar a tus escritores favoritos


Comentario (0)