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Le repas du dimanche

Le repas du dimanche

Publicado el 9, ene, 2026 Actualizado 9, ene, 2026 Tale
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Le repas du dimanche

Chapitre 1

« Bon, alors, dis-moi, tu veux quoi, pour dimanche ? »


Toujours la même question ! Qu’est-ce que tu veux manger, on sera combien, tu voudras quoi comme dessert, etc. etc.


« Ecoute, pour une fois, j’aimerais bien changer un peu.

- Je t’écoute.

- J’aimerais bien essayer de retrouver l’ambiance des repas du dimanche d’autrefois, tu sais.

- Non, malheureusement, j’ai bien peur de ne pas savoir.

- Oui, bon, c’est pas grave. Je pensais aux repas qu’on prenait chez Tata Maria, pendant les vacances d’été. Quand il faisait beau, on dressait la grande table sur la terrasse, on allait même parfois s’installer sous le tilleul au fond du jardin. »


Les souvenirs, les images me reviennent. On sortait de chez Mamie, juste en face, on traversait la route avec deux ou trois bricoles, les tomates du jardin, des haricots verts, parfois une bouteille de vin et on toquait chez Tata, au rez-de-chaussée. C’est sa fille qui venait nous ouvrir, la tante était à la cuisine.


On posait les affaires sur la table, on allait dire bonjour. D’aussi loin que je me souvienne, la tata, je l’ai toujours vue avec un tablier, comme une espèce de blouse, avec des boutons sur le devant. C’est pour pas se tâcher, tu comprends ? Bien sûr, je comprenais. Mais alors, pourquoi ajouter un tablier de cuisine, un qui s’attache dans le dos ? Pour protéger le premier ? J’aimais bien la taquiner là-dessus.

D’entrée, c’est l’odeur de la volaille qui me sautait au nez. Une pintade quand on n’était que nous, un ou deux poulets quand on était plus. Parfois un faisan, mais fallait pas le dire, tant que la chasse n’était pas ouverte…


Pour les volailles, elle avait son secret. Un four bien chaud au début, pour saisir la viande, durcir la peau en une espèce de croûte qui allait garder tout le jus à l’intérieur. Mais pas trop dure, la peau, hein ? il fallait que ça reste craquant. Et après, à feu plus doux, une demi-heure par livre, pour bien cuire la bestiole. Et arroser, arroser, cinq, six fois, pour que tout soit bien moelleux. En cours de cuisson, elle ajoutait des tranches de pain rassis qu’elle avait tartinées avec les foies écrasés et du genièvre. Elles cuisaient, rôtissaient avec la volaille, s’imprégnaient du gras et du jus de cuisson. Les enfants n’aimaient pas trop, parce que le genièvre, c’était un peu fort, mais les adultes, pardon. En bouche, c’était un déferlement de saveurs. Un peu gras, mais mon Dieu, que c’était bon !…


Les hommes prenaient l’apéritif. Après, on passait à table. Il y avait toujours un pâté, qu’on mangeait avec des cornichons et la salade de tomates et de haricots verts. Mon préféré, c’était le pâté de grive, même si j’aimais bien quand le cousin Marcel était là, parce qu’il apportait toujours un ou deux bocaux de foie gras. Lui aussi avait sa recette. Puis on attaquait la volaille, avec les pommes de terre sautées. La volaille, c’était l’affaire des hommes. Je revois encore l’oncle Paul, au bout de la table, jauger la bestiole pendant qu’il aiguisait le grand couteau. Ça ne servait à rien, il était déjà affuté comme un rasoir, mais ça faisait partie du rituel. J’entends encore le raclement de la lame contre le fusil. Avec son couteau, l’oncle était capable de découper une volaille en l’air, juste piquée sur une grande fourchette. Tout le monde le regardait, pour rien au monde, il n’aurait laissé cet honneur à un autre.


Avant le dessert, la tata allait chercher dans sa cave deux ou trois fromages de brebis, affinés sur un lit de joncs que j’étais allé couper moi-même, dans le lit du petit ruisseau près de la laiterie. Frais, ils étaient fondants comme du lait caillé ; avec le temps, ils se séchaient et devenaient de plus en plus forts ; la croûte se revêtait parfois d’une petite pellicule de moisi ; au bout de quelques semaines, l’odeur était telle que vous aviez l’impression de déjeuner dans la bergerie. Mamie disait qu’elle en aurait mangé sur la tête d’un pouilleux.


Celui qui me faisait rire, c’était l’oncle Michel. Au début, il avait toujours l’air sévère. Normal, pour un curé. Il râlait après les enfants qui couraient partout où riaient trop fort. Après l’apéritif, il était déjà de meilleure humeur. Et au fromage, le vin aidant, il aurait presque chanté des chansons paillardes. Dans la famille, on avait le vin gai. A part le cousin Charles. Lui, quand il avait un coup dans le nez, il pouvait devenir méchant. Alors quand il était là, la tata, elle sortait qu’une seule bouteille, elle faisait mine, je suis désolée, je n’en ai pas trouvé chez l’épicier.


Après le repas, les hommes sortaient des petits verres, un vieil alcool, et ils discutaient entre eux. Les femmes repartaient en cuisine. C’étaient plus que des discussions de grandes personnes, c’étaient des discussions d’hommes. C’était quand même une drôle d’époque !

Chapitre 2

Les enfants n’avaient pas le droit de rester, on les envoyait faire la sieste. On se doutait bien qu’ils allaient se raconter des choses qu’on ne devait pas entendre, on aurait bien aimé savoir lesquelles. Je faisais parfois semblant de m’endormir sous le tilleul, mine de rien, j’entendais tout ce qui se disait sur la terrasse. Il y avait une cousine, je me rappelle plus son nom, elle était étudiante ; son père était allé la voir pour lui apporter des affaires, il avait trouvé un garçon chez elle. Ça avait fait un esclandre de tous les diables. L’oncle Michel n’avait pas pu s’empêcher d’ajouter son grain de sel. Quand même, si tu l’avais mieux élevée… Ils s’étaient mis à se disputer. Il y avait toujours un moment où ça partait en cacahuète, comme disait Mamie. Il valait mieux ne pas parler politique ou religion, c’était mieux. Une fois ou deux, Ils s’étaient mis à parler vraiment fort. Ils avaient même failli se battre pour de vrai. Des assiettes avaient volé. Toujours le cousin Charles. Fallait pas le titiller, celui-là. Tata s’était effondrée en larmes. J’en ai marre, tu te lèves à six heures du matin pour tout préparer, tu te décarcasses, tu fais tout de ton mieux, et eux, tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est tout casser ? J’en ai marre, marre, marre !


Cette fois-là, il n’y avait pas eu de dimanche d’après. Et puis le cousin Charles était revenu avec des fleurs, une ou deux bonnes bouteilles de vin, pas celui qu’on buvait d’habitude, il s’était excusé. Tata Maria, c’était la bonté même, ça se lisait sur son visage. Elle avait dit merci, Charles. Pourquoi vous ne viendriez pas dimanche prochain ?


Tata Maria est morte un vendredi. C’était la fin de l’été, il faisait encore beau. On s’est retrouvés le dimanche sur la terrasse, comme d’habitude. Après le cimetière.


Oui, c’était une drôle d’époque. Celle de l’enfance. Celle d’avant, aussi. D’avant tout ça…


Une voix derrière moi me tire de ma nostalgie.

« Bon, je récapitule : pâté de grive, salade de tomates et haricots verts. Puis pintade rôtie, pommes de terre sautées. Fromage de brebis. C’est bien ça ?

- Oui, c’est bien ça.

- Pour le vin, plutôt du rouge, j’imagine.

- Oui, s’il te plait. »

Chapitre 3

Je suis devant la baie vitrée. La vue sur la Terre est magnifique, comme toujours. Elle a perdu la belle couleur bleue qui était autrefois la sienne. De jour en jour, elle semble devenir plus rouge, dans un an ou deux, elle ressemblera à Mars. Le soleil ne va pas tarder à passer derrière. Ce n’est pas vraiment un coucher de soleil, dans deux ou trois heures, il réapparaîtra de l’autre côté. Je repense au grand tilleul, à la table sur la terrasse. C’est si loin…

« Tu crois que tu vas y arriver ?

- Pour les plats, je pense que oui. Les pilules gustatives devraient faire l’affaire. Pour le vin aussi. Pour la table sur la terrasse et le grand tilleul, par contre, je suis moins sûr. » me répond le robot.


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