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La cabane
Fiction
Tale
calendar Veröffentlicht am 26, Apr., 2026
calendar Aktualisiert am 26, Apr., 2026
time 17 min
Creative Transparency Label
15+
Image / Image co-created with AI
Text / Human creation

La cabane

L’arrivée

Après deux heures de conduite, sur l’unique route qui traverse la forêt, je m’engage sur le chemin qui mène à la cabane de mon grand-père. Encore dix minutes, et j’y serais enfin ! Ça fait si longtemps que je ne m’y suis pas aventuré. La dernière fois, j’étais encore un ado boutonneux, peu sûr de lui et détestant se regarder dans un miroir. Vingt années se sont écoulées depuis. J’ai gagné en assurance, je me suis marié, et suis en instance de divorce. C’est pour cette raison que j’ai décidé de venir passer quelques jours dans l’isolement le plus total. J’espère renouer avec moi-même et retrouver ce sentiment de paix qui m’habitait, quand nous venions à cet endroit.


Je tourne sur la gauche, pour me garer dans l’allée. « Que s’est-il passé ? » dis-je à haute voix. Assis dans la voiture, je ne reconnais pas l’endroit. Dans ma mémoire, c’était une petite cabane en rondin, accueillante, entourée d’arbres majestueux, un petit potager d’herbes aromatiques s’étendait sur le côté droit, des fleurs poussaient le long de l’allée. Mais ce que je découvre là, est un désastre total : le toit est défoncé, les arbres sont rabougris et couverts d’une mousse noirâtre, plus de potager, plus de fleurs, les volets tiennent à peine à leur chambranle, la porte-moustiquaire est en lambeaux, et celle de l’entrée semble prête à sortir de ses gonds. Lorsque je sors de la voiture, une forte odeur marécageuse imprègne mes narines. C’est gluant et glauque. Je décide d’aller jeter un œil à l’intérieur, avant de sortir mon bagage du coffre. Je retire la moustiquaire et introduis la clef dans la porte : pas de cliquetis de la serrure, elle est déjà ouverte. J’entre, avec précaution, dans la pièce principale. L’intérieur semble en meilleur état que l’extérieur en fait. Les meubles sont toujours là, recouverts de draps blancs, devenus gris et poussiéreux sous l’impact du temps. Je me prends la tête dans une immense toile d’araignée. Je ne l’avais pas vu celle-là ! J’ouvre alors les fenêtres en grand, repousse les volets branlants, retire les draps. « Bien, il faut juste nettoyer un peu ! »


***


Je me sers un verre de vin, tandis que dans l’âtre, le feu brûle joyeusement. Je n’ai pas réussi à relancer le générateur électrique, j’ai donc allumé quelques bougies. Avec la lueur de la cheminée, l’ambiance n’est pas trop mal. C’est une lumière douce et tamisée, comme je les aime. Ma casserole de cassoulet est en train de chauffer tranquillement sur le poêle à bois. Je retire enfin mes bottes et me pose sur le vieux fauteuil de grand-père. La chaleur me cuit le visage : je dois être rouge. Mais qu’importe ! Personne ne peut me voir, de toute façon, ce n’est pas si important. Je jette un œil autour de moi, il reste encore quelques toiles d’araignées, mais elles attendront demain. Le sol est propre maintenant. C’était tellement crotté que j’ai dû m’y reprendre à trois fois pour le récupérer. Sur la poutre de la cheminée, de vieilles photos s’exhibent, elles aussi, je les ai nettoyées. Il y en a une de mes grands-parents, une de mes parents, et puis moi, tout seul. Et enfin, celle où je suis avec grand-père, je montre fièrement un beau saumon de dix livres. J’avais dix ans. Ç’avait été une magnifique journée. Nous nous étions levés à 5 h du matin pour aller pêcher. Je me rappelle combien j’étais excité : ma première sortie en bateau avec grand-père. À la suite de ça, nous avions pris l’habitude de venir ici à chaque fois que j’étais en vacances ou avais de longs week-ends. C’était le bon temps. « Comme j’aimerais qu’il soit encore là. » murmuré-je dans la pénombre. Un voile froid se dépose sur mes épaules, je sors un pull de mon sac et l’enfile, me sers un autre verre de vin et m’installe à nouveau devant le feu flamboyant : « À ta santé grand-père. » dis-je en levant mon verre.


***


Les ombres de la nuit

Le vin me fait tourner un peu la tête. Pourtant, j’ai dévoré mon cassoulet avec une bonne miche de pain et terminé avec une belle pomme. C’est peut-être l’ambiance, la chaleur, la fatigue aussi. Avec la procédure de divorce qui s’est enclenchée, ces derniers jours ont été particulièrement difficiles. J’ai été déstabilisé quand Marie, ma femme, m’a annoncé qu’elle me quittait pour un autre. Elle m’a planté ça en pleine gueule le jour de notre dixième anniversaire de mariage. Les enfants étaient chez sa mère, et elle déménageait là-bas en attendant que le divorce soit prononcé. Elle m’a reproché le fait que je buvais trop, ne faisais pas attention à elle, et que donc, tout naturellement, elle s’était tournée vers un de ses collègues. Plus jeune bien sûr, ne buvant pas, ne fumant pas : l’homme parfait que je ne suis pas !


« Et merde ! Qu’elle aille se faire foutre cette salope ! » Je vide mon verre de vin d’un trait et m’en sers un autre. J’allume une cigarette, essaie de faire des ronds avec la fumée. Ceux-ci s’envolent dans les recoins sombres de la pièce. Je vais dormir face à la cheminée ce soir : je n’ai pas eu le temps de nettoyer la chambre. La lumière des bougies commence à décroître, et les ombres dansent dans la pièce. J’aime ça, je me sens protégé. C’est bête, hein ? Mais seul, perdu au milieu de la forêt, sans électricité ni téléphone, je suis merveilleusement bien. « Tu es fou, mon pauvre Tim. » dis-je tout haut. J’éclate alors d’un rire sonore qui me fait tressaillir tel un pantin monté sur ressorts. Les larmes me montent aux yeux. Que c’est bon !


La fatigue m’emporte doucement, je décide d’éteindre les bougies, remets trois grosses bûches sur le feu, sors mon sac de couchage, mon oreiller et m’allonge sur le sol, face à la cheminée. Je suis hypnotisé par les flammèches qui lèchent le bois que je viens d’ajouter. Elles vacillent en une danse lascive. Sont-ce des danseuses orientales ? Ou des lutins farceurs ? Peut-être des fées ou des démons moqueurs ! Je sens la torpeur m’envahir et sans prévenir, mes yeux se ferment, mon esprit part.


***


Je me réveille brusquement, en sueur, les poils de la nuque dressés. Malgré la chaleur résiduelle de l’âtre, une coulée glacée me parcourt l’échine. Je secoue la tête, me frotte les yeux et inspecte les lieux : je ne suis pas seul. Cette pensée s’insinue en moi, elle s’accroche, en sangsue douloureuse. Je remets du bois, afin d’éclairer un peu plus la pièce. J’ai peur du noir tout à coup. Il doit rester quelques bougies dans le buffet. Je me glisse furtivement jusqu’au meuble se dressant à côté de la porte de la chambre. Je plonge ma main dans le tiroir et la retire en hurlant comme un possédé : quelque chose m’a touché ! J’allume mon briquet et vois sortir un mille-pattes qui court se réfugier dans la pénombre. Les battements de mon cœur se calment et ma respiration se ralentit. Je me saisis des quatre bougies restantes, je vais les installer sur la petite table, juste à côté de moi. Je ramasse mon sac de couchage et le secoue, je ne voudrais pas y retrouver de charmantes bêtes. Je l’ouvre et l’enroule autour de mes épaules, allume les bougies, m’installe sur le fauteuil et ouvre une autre bouteille de vin. Je ne pense pas pouvoir me rendormir ce soir. Je sens toujours cette présence, et elle se fait pressante. Un coup d’œil à ma montre : 3 h 34. Encore deux bonnes heures à patienter avant que la lumière ne naisse à nouveau.


« Mon pauvre Tim, il va falloir que tu arrêtes de picoler, ça te rend parano ! » dis-je. C’est alors que je perçois un craquement, presque imperceptible, juste derrière moi. Les poils de ma nuque se dressent de plus belle, ils sont devenus des antennes qui grappillent la moindre information. Une ombre me frôle le coin de l’œil. Elle glisse furtivement entre les zones de pénombre et de clarté :

— Qui est là ? Répondez, je suis armé !


J’écoute attentivement : rien. Même le crépitement des bûches semble s’être assourdi. Une sueur froide perle sur mes tempes, j’entends sourdre mon cœur au creux de mes oreilles. Un souffle froid effleure le sommet de mon crâne. Je lève les yeux au plafond : rien ! Elle est bien loin la sécurité que je ressentais quelques heures plus tôt. Pour me donner un peu de courage, je me mets à chantonner. C’est une vieille berceuse amérindienne. Ma grand-mère la tenait de sa tribu. Les femmes la chantaient aux enfants pour que les Mauvais Rêves ne viennent pas les tourmenter pendant leur sommeil. Elle me disait aussi, que ça éloignait les Esprits Noirs. Perdu dans mes pensées, je ne voyais pas ce qui se tramait derrière mon dos. Je volais dans mes souvenirs, la mélopée m’entraînant plus profondément. Je sombrais lentement dans le sommeil. Et c’est là que le cri retentit :

— Dehors !!


Je me dresse d’un bond et me tourne brusquement vers le fond de la pièce :

— Qui est là ? Je suis le propriétaire de cette cabane ! Que voulez-vous ?

— Dehors !! hurle la voix rauque et grouillante de mal.


Je scrute les ténèbres ; elles sont opaques. Ça s’est considérablement refroidi, le feu faiblit et la lumière des bougies est étouffée par la pesante de la noirceur qui m’entoure. Je saisis le couteau de chasse qui est dans mon sac et prend une pause menaçante. La ‘’ chose ’’ se fend d’un rire gras et profond :

— Penses-tu me faire peur avec ton petit canif, homme ?

— Montrez-vous, et vous verrez si je ne sais pas m’en servir ! rétorqué-je

— Tu ignores donc qui je suis, n’est-ce pas ? Alors, regarde.


Dans la pénombre se dessine une silhouette gigantesque. Elle est dressée sur des jambes squelettiques se terminant par des sabots. Son visage est émacié, ses lèvres sont en lambeaux. Au plus profond de ses orbites, brillent deux prunelles noires qui lancent des éclairs d’une violence trop longuement contenue. Sa peau est desséchée est tendue sur ses os, tel un arc prêt à lancer mille flèches :

— Vous êtes un Windigo ?

— Oui, et j’ai très faim, répond-il avec un sourire carnassier.


Il faut que je me rappelle ce que ma grand-mère disait. Oh mon Dieu ! Pourquoi ne l’ai-je pas plus écoutée ? Je recule vers la cheminée, me saisis du tisonnier avec la main gauche, le couteau dans la droite : je suis prêt à combattre !

— Je ne me laisserai pas dévorer !

— Pourtant c’est ce qui va t’arriver, grimace la chose purulente.

— Je ne crois pas, non. Ma grand-mère était de la tribu des Innus. Vous savez ce que l’on faisait aux créatures de votre espèce à son époque ?

— À part se laisser dévorer, je ne vois pas trop. Ça suffit maintenant, ç’a assez duré.


Le Windigo se jette sur moi, je l’esquive d’un mouvement sur la droite. Je lui assène un coup de tisonnier dans les genoux. Il pousse un hurlement à faire sortir les morts de leur tombe. Je ne recule pas, je taille profondément la chair d’une de ses cuisses. Il me regarde d’un œil torve et un sourire malsain se dessine sous les lambeaux de sa bouche :

— Un combattant, ça va être encore plus amusant et délicieux de te croquer ! tonne-t-il en essayant à nouveau de m’attraper.


D’un coup de pied, je fais glisser la petite table, et celle-ci vient le heurter violemment au niveau des tibias. Un autre hurlement sort de cette horrible carcasse. Je me précipite vers la porte de sortie. Il anticipe mon mouvement et se glisse entre elle et moi. Haletants, on se jauge l’un l’autre dans la pénombre. Tout à coup, me revient à la mémoire ce qui me faisait défaut : faire fondre son cœur de glace. Je lâche le tisonnier, gardant un œil sur mon adversaire, enroule prestement mon tee-shirt traînant sur le sol, autour de ma main.


Le Windigo m’observe, le corps tendu. Je me saisis d’une bûche enflammée, parcours la faible distance qui me sépare de lui, enfonce mon couteau au creux de son estomac et y enfourne la bûche. Le Windigo s’affaisse, un voile triste passe sur son regard.

— Merci, murmure-t-il. Et il tombe.


***


Un nouveau départ

La nuit dernière, j’ai ramassé les restes du Windigo, et je l’ai fait brûler dans un vent d’Est. L’homme qu’il avait été, avant sa transformation, était reparu un instant dans son regard. C’est étrange, mais cette rencontre non désirée, m’a fait comprendre la voie que je dois prendre. Je confesse, humblement, que je ne croyais pas à ces légendes. Pour moi, ce n’était que des contes pour faire peur aux enfants, afin de les tenir sages, mais ma vision a changé. Il est temps que je renoue avec la nature de mes origines. Je remercie Marie de m’avoir trompé et quitté, sans elle, je ne serais sans doute jamais revenu ici, et serais passé à côté de cette prise de conscience.


J’efface toutes traces de mon passage. Ferme la porte à clef. Je ressens un pincement au cœur en montant dans mon véhicule : de quoi sera fait demain ? Avant de m’engager sur le chemin forestier, je vois passer une ombre dans le rétroviseur : celle du fantôme de mon passé. Allez, il est temps que je rentre chez moi : plus au Nord.


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