Gènes - Le phare des voyageurs déboussolés (D'Orient en Occident #1)
Gènes
22 janvier 2026
L'ex république portuaire est mon premier point de chute en Italie.
Je décou
vre la ville dans une pénombre déjà bien affirmée, qui ternit les couleurs vives des façades.
Je saute à pieds joints dans la première pizzeria que je vois, affamée par les heures de train.
Le passage d'une frontière s'accompagne bien souvent chez moi d'une légère angoisse, que j'ai cette fois eu du mal à contenir. Pourquoi me direz vous ? Je circule au sein de l'Union européenne, je suis en règle. Peut-être que les regards suspicieux de douaniers, de gardes côtes et autres policiers fourmillant dans les parages qui m'alertent.
Mes craintes s'amenuisent tandis que le train se fraie un chemin à travers les collines abruptes qui longent la mer tyrrhénienne.
La Ligurie hiberne en hiver, mais Gènes ne dort jamais.
La Lanterna guide les voyageurs déboussolés. Ce phare éternel qui surplombe la péninsule depuis mille ans avise les explorateurs, transperce les flots et reflète la montagne noire.
Cette ville sonne comme une évidence dans mon aventure.
J'ai décidé de commencer mon voyage seul, sans auberge, sans personne pour me tenir compagnie. Je sens que j'ai besoin de partir sans forcer avant d'atteindre un rythme de croisière.
Alors j'arpente ces collines, je navigue entre les tours, je me faufile dans les ruelles exiguës, j'attrape une foccacia et je continue ma route. Une route sans destination.
Ici aussi je ne sais pas où aller, je n'ai pas envie de savoir, je vogue doucement dans ce chaos urbain qui contraste avec Nice la lisse.
Cette ville du vagabond me va bien, je m'ancre dans son cockpit et me laisse bousculer par la houle.
Je visite le fort Albertis, cet explorateur méconnu qui contribua à cartographier les côtes africaines. Il reste dans l'ombre de Magellan et Gamma, il est éclipsé par Colomb, et pourtant son héritage trône sur la ville. Il n'a rien découvert, alors pourquoi est-il considéré au même titre que ses pairs ?
En somme, je me demande à cet instant ce qui définit un explorateur.
Au XXIème siècle, toutes les terres émergées sont connues de l'homme.
Profession d'un autre temps, vestige d'une époque romancée, il est une figure inatteignable.
Résignés à ne pas découvrir l'Amérique, nous marchons sur leur pas, nous voyageurs du futur, notre filtre à eau à l'épaule et notre smartphone à la main, laissant une trace burlesque sur les routes de pèlerinage que ces cartographes ont autrefois balisées pour nous.
La découverte pour l'humanité n'est envisageable que sur mars c'est vrai, mais un voyage est avant tout une balade mentale, une rencontre inédite entre nous-mêmes et le reste du monde. Sortir du sentier, tracer mon chemin à moi, ressentir pour la première fois, me noyer allègrement dans mes sentiments.
Nous sommes tous d'uniques témoins, les intermédiaires entre le monde réel et l'image que nous retranscrivons.
Celui qui voyage est celui qui nous montre la réalité au prisme de sa propre abstraction.



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