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3) b) Mon satanisme romantique s’oppose au christianisme
Non-fiction
Kultur
calendar Veröffentlicht am 25, Aug., 2026
calendar Aktualisiert am 25, Aug., 2026
time 18 min
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3) b) Mon satanisme romantique s’oppose au christianisme

b) Mon satanisme romantique s’oppose au christianisme


Il est sans doute tentant à ce stade, pour certaines personnes qui me lisent, de pointer que certaines de mes références principales (Blake, Hugo, voire Weil plus bas) sont en fait chrétiennes, que refuser la perspective de la mort est aussi une intuition très chrétienne, et qu’il serait plus simple pour moi de l’accepter et de me revendiquer d’une forme de christianisme ésotérique et progressiste, plutôt que de persister à me dire sataniste.

Comme je l’exposais il y a bientôt dix ans dans mon billet “Pourquoi je suis devenu sataniste”, je n’ai pas vraiment choisi d'être sataniste. Je n’ai pas, par exemple, délibéré rationnellement en soupesant les mérites respectifs des visions du monde proposées par saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin d’un côté, et d’Anton LaVey ou Michael Aquino de l’autre. J’ai été brièvement sataniste à la fin des années 1990. Puis je suis (re) devenu catholique au début des années 2000. Si je suis retourné au satanisme à la toute fin de 2015, ce que je ne souhaitais vraiment pas faire jusque-là, c’est que ma foi chrétienne s’est épuisée face à l’adversité que j’ai rencontré dans l’Église catholique et chez certains protestants, évangéliques ou “attestants”, qu’il n’en restait plus rien ou presque. Entre la fin novembre 2015, alors que je venais de découvrir le Temple Satanique juste après le choc des attentats du 13 novembre, et novembre 2016, j’ai continué à lutter contre moi-même. Je voulais rester catholique. Je ne voulais pas céder. Le 25 mars 2016 (le lendemain de mon anniversaire), j’écrivais encore, dans un billet intitulé “” Je déteste Pâques”” (dans le lequel je réagissais au billet ainsi intitulé de feu Ash Astaroth):

Pâques, pour moi, c'est donc un moment de fête, qui correspond à certains de mes meilleurs souvenirs (et aussi le moment où je relâche certains efforts, il faut bien le dire).
J'avoue que cette année, ça ne s'est pas trop passé comme ça, et que j'ai plutôt traversé une période de retrait, et même de prise de distance, par rapport à la pratique religieuse. J'espère qu'elle ne durera pas.

Deux mois auparavant, j’assistais en famille à la messe des obsèques de mon grand-père paternel et je m’y sentais catholique, quoiqu’un peu déphasé et profondément las. La cérémonie suivante fut pour moi le jour des morts du 2 novembre 2016, à cause du décès de mon grand-père là encore, et je ne ressentais plus rien de mon ancienne foi. Je me demandais presque ce que je faisais là, au-delà du soutien à mes parents. Entre-temps, j’avais été aspiré par mes recherches sur le satanisme et l’ésotérisme, un univers que j’avais quitté un quart de siècle plus tôt et qui me convenait à nouveau beaucoup mieux que le catholicisme. Quelques jours plus tard, Trump était élu et je découvrais avec fureur, mais sans surprise, qu’une majorité de catholiques américains avaient voté pour lui. Je ne crois pas l’avoir écrit dans mes précédents billets, mais c’est le point de bascule qui m’a fait abjurer la foi catholique définitivement et m’a conduit à poster explicitement sur les réseaux sociaux, où j’avais de nombreux mutuels chrétiens, mon affiliation d’alors au Temple Satanique.

Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi de cesser d’être catholique et de devenir sataniste: ça m’est littéralement tombé dessus, et s’est imposé à mon âme.

Je hais l’Église catholique. Je veux qu’elle soit détruite et qu’elle disparaisse de la mémoire collective. Je reproche en premier lieu à ses dirigeants et défenseurs de mentir sur son fonctionnement et ses objectifs. Quand j’étais catholique et qu’il était question des points de difficulté de son “enseignement”, j’entendais souvent faire référence à sa “prudence” (ecclesia semper reformada etc.) et à ses experts qui réfléchissent et avancent dans l’ombre. Quand j’ai voulu comprendre en 2011 pourquoi elle s’opposait aux études de genre, j’ai constaté qu’elle s’appuyait essentiellement sur de faux experts ad hoc (comme Anatrella!) pour conforter des présupposés idéologiques, et surtout, des relations hiérarchiques de pouvoir en son sein. Quand je me suis intéressé en 2014 à la manière dont elle justifiait son autorité morale et religieuse, j’ai découvert que loin d’être à l’écoute de celles et ceux de ses théologiens qui tentent de se confronter honnêtement à ses contradictions et d’apporter des solutions nuancées, elle les écarte très régulièrement de toute situation d’influence, de mémoire récente dans les années 1990-2000, par exemple. Quand j’ai voulu vérifier à partir de 2016 ce que racontaient les exorcistes, dont on m’avait tant vanté le sérieux et la prudence, j’y ai vu une poignée de charlatans qui travaillent en électrons libres et qui ne connaissent pas le premier mot du satanisme et de l’occultisme, sur lesquels ils sont perçus comme des autorités. Et c’est toujours comme ça: de prime abord, la doctrine catholique apparaît comme une cathédrale d’érudition, de réflexion et de prudence, mais dès qu’on commence à tirer sur une pierre qui dépasse, et il y en a un certain nombre, tout l’édifice menace de s’écrouler. Et tout ceci, je l’ai perçu avant même de connaître tous les très nombreux mensonges liés à la crise des abus. Déjà sataniste, j’ai naïvement cru que les allégations de pédocriminalité contre divers prêtres et communautés catholiques étaient exagérées, et que Benoît XVI avait initié un grand ménage. Puis, comme tout le monde, j’ai découvert l’affaire Preynat… et tout le reste.

Je reproche ensuite à l’Église catholique de déshumaniser celles et ceux de ses fidèles les plus soucieux de “cohérence” et de fidélité envers l’autorité de son “magistère”: de corrompre leur désir de faire le bien pour les tourner vers le mal. En affirmant que certains de ses énoncés, non révélés, sont connexes à la révélation et doivent être tenus définitivement, elle marque du sceau de l’éternité et de l’infini des idées finies et contingentes, et fait acte d’idolâtrie. Ce qui concrètement signifie qu’en requérant un “assentiment de foi théologale” de tous les fidèles, sous peine d’hérésie (CDF, Note doctrinale illustrant la formule conclusive de la Professio fidei, été 1998) à des opinions humaines, historiquement situées et pour plusieurs manifestement fausses et nocives, le magistère catholique paralyse leur discernement moral et les enferme dans une forme de double conscience: opposant celle de la possibilité du mal à celle de la possibilité de l’hérésie, et les contraignant à choisir entre le souci sincère, conséquent et efficace de leur prochain (y compris femmes, personnes LGBTQ+ etc.), et l’obéissance à l’Église, alors que le premier devrait éclairer et conditionner la seconde et la seconde faciliter et soutenir le premier.

On objectera que j’ai clairement un gros problème personnel avec l’Église catholique, mais qu’il y a bien d’autres manières d’être chrétien et qu’il n’est nul besoin d’apostasier et de se dire sataniste pour tenir des positions proches des miennes. En premier lieu, le catholicisme est la foi dans laquelle j’ai grandi, qui conditionne la perception et ma compréhension du christianisme, et il n’est pas si facile de se détourner d’un tel héritage. Quand j’ai tenté de me tourner vers l’EPUDF en 2014, j’ai échoué, car je ne me sentais pas vraiment à ma place. J’avoue être par ailleurs un peu influencé par un argument du Cardinal John Henry Newman (1801-1890) au sujet de ce qu’il appelle le “christianisme historique”, dans son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne (1845). De ce que j’ai compris, il cherche à montrer contre le théologien anglican qu’il fut, qu’il n’est pas si aisé de dissocier ce que serait le le message originel du Christ de l’histoire de sa transmission et de son interprétation jusqu’à nos jours, qui en Occident s’identifie largement et jusqu’au XVIème siècle à l’histoire de l’Église catholique. Je n’ai vraiment pas le niveau théologique nécessaire pour entrer dans une discussion précise de son argument, mais je pense que deux types de personnes arrivent de nos jours malgré tout à rester catholiques, ou même plus largement chrétiennes: les premières ont abdiqué tout discernement moral authentique au nom de leur fidélité au magistère (ou à d’autres formes d’autorités ecclésiales dans le cas des autres dénominations) et sont à mon avis enfermées dans le déni des conséquences morales de leurs choix. Les secondes semblent au contraire avoir réussi à dissocier un message originel d’une concrétisation dans l’histoire qu’elles réprouvent en partie. Je n’ai pas le genre de disposition d’esprit qui me permette d’opérer de la sorte. Je ne pense pas qu’elles ont nécessairement tort, et il est possible que les formes majoritaires de christianisme puisse se réformer, même si à mon avis, dans le cas de l’Église catholique il faut absolument tout remettre en cause pour qu’une telle issue soit seulement envisageable, jusqu’à la signification même qu’elle donne à ses sacrements. Par ailleurs, je lis avec intérêt sur les réseaux sociaux un certain nombre de théologiens et de théologiennes qui savent beaucoup plus de choses que moi, ont des tas de nuances très intéressantes à apporter sur le fonctionnement de l’Église catholique et qui semblent tout aussi conscients que moi de ses nombreux problèmes et désireux d’en sortir. Et qui quelque part, pourtant, m’agacent un petit peu. Je suis sûr que dans le Ciel des Idées, on peut faire dire plein de très belles choses au catholicisme, mais les mêmes problèmes reviennent tellement systématiquement, et tout est tellement verrouillé et même de pire en pire qu’il est difficile de ne pas en tirer des conséquences, a fortiori de la part d’une institution qui prétend représenter le Christ sur terre. Et je ne peux oublier 2012-2013, quand tant de personnes catholiques si ouvertes et si raisonnables sont devenue d’un seul coup comme hypnotisée par l’autorité de l'Église, proférant soudain des horreurs et manifestement incapables de seulement accepter qu’on puisse être en profond désaccord avec elles sans être totalement idiot ou mal informé, pour se réveiller quelques années après de leur fascination, toutes surprises de ce qui s’est passé, ni les crimes commis par plusieurs gouvernements contre les personnes LGBTQ+ et les femmes, avec la complicité tacite ou explicite des autorités catholiques. Je ne le pardonnerai jamais à l’institution catholique.

De manière générale, je pense qu’il n’y a pas d’essence de telle ou telle religion et que la plupart sont capables du meilleur comme du pire, suivant les déterminations historiques auxquelles leurs adeptes sont confrontés, y compris le christianisme donc. Mais je ne peux pas faire que ma volonté personnelle consente à rester catholique. Ce que j’ai vu de l’état actuel du christianisme, au travers en particulier du catholicisme et aussi de cette manifestation particulièrement extrême qu’est le fondamentalisme évangélique pèse de manière invincible sur ma conscience et me rend insupportable l’idée même de rester chrétien, de partager un nom et des convictions avec ces personnes.

D’un point de vue plus doctrinal, je suis contre les notions mêmes de catholicité et d’orthodoxie. Dans un billet récent, intitulé “Réflexion sataniste sur "l'unité" de l'Église catholique”, j’écrivais:

Je crois, profondément, en la capacité créatrice des hommes et des femmes, et en leur capacité à inventer, au fil des époques, de nouvelles formes de bien, de nouvelles manifestations de beauté, et même de nouvelles conceptions de la vérité qui enrichissent le monde et la société. C’est pourquoi je m’intéresse depuis l’enfance aux manifestations culturelles et politiques des marges, des minorités, du “peuple” bien plus qu’aux conceptions figées et “académiques” (ce qui a ici le sens de consensuel pour les couches sociales aisées et “cultivées”).
C'est pourquoi je suis pour la prolifération des religions, des spiritualités et des hérésies et contre la notion même d’orthodoxie: le bien n’est pas pour moi un dépôt à protéger, mais une enquête et une conquête à toujours recommencer. Même si malheureusement à la prolifération des nouvelles formes de bien répond la prolifération des nouvelles formes de mal, dans une lutte et une dialectique incessante. C’est pour moi la structure du réel, et non un argument contre la multiplicité.

Je considère la diversité des religions et des spiritualités comme une richesse et non comme un danger, même si certaines façons de croire ou d'être spirituel sont nocives, dans les formes majoritaires comme marginales de religiosité. C’est pourquoi je suis en désaccord avec les guénoniens sur l’opportunité de distinguer entre un “vrai” ésotérisme et des contrefaçons comme, selon eux, l’occultisme Je crois que toutes les formes de recherche de sens et d’absolu, même les plus apparemment rudimentaires, méritent leur chance de nous surprendre en bien. “L”Esprit souffle où il veut”, dirais-je si j’étais encore chrétien. Et c’est pourquoi la manière dont, dès les premières décennies de son histoire, le christianisme s’est efforcé de définir une orthodoxie et de condamner et de rendre impossible à confesser tout ce qui en dévie, m’est répugnante, même si j’ai bien conscience de la différence de contexte historique. Comme Blake, je me méfie par principe des institutions religieuse, et comme lui, je pense que: “As all men are alike, tho' infinitely various; so all Religions: and as all similars have one source the True Man is the source, he being the Poetic Genius.” (All Religions are One, 1788).

Et tout bêtement je n’ai plus la foi. Le Christ et la tradition chrétienne ne signifient plus rien de positif dans mon cœur, et je tire ce qui me reste de joie et d’espérance de la figure de Satan telle qu’elle a été réhabilitée dans le romantisme puis dans la culture populaire et certains courants occultistes. Je ne vais pas faire semblant d’re chrétien alors que mon ancienne foi s’est complètement desséchée et dissipée, et que l’identification sataniste s’est imposée à ma conscience, pour satisfaire à une pression sociale.


Références citées:


Darth Manu, Pourquoi je suis devenu sataniste, https://aigreurssataniques.eu/pourquoi-je-suis-devenu-sataniste1

“Je déteste Pâques”, https://aigreurssataniques.eu/je-deteste-paques

Pourquoi je suis resté catholique, https://aigreurssataniques.eu/pourquoi-je-suis-reste-catholique

Réflexion sataniste sur "l'unité" de l'Église catholique, https://aigreurssataniques.eu/reflexion-sataniste-sur-lunite-de-leglise-catholique

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