Épisode 4 : Là où ça pique
Épisode 4 : Là où ça pique
Suite de mon autobiographie d'une vie avec handicap, Vivante.

Photographie de Hans, sur Pixabay, éditée en NB avec Snapseed.
Devenue hémiplégique en juin, j’ai voulu retourner à ma scolarité dès septembre et ce fut un échec total. Les escaliers m’étaient un Everest, les changements de salle des avis de tempête. Non attendue, non accueillie, j’ai lâché la corde. Pas grave ? Non, bien sûr, priorité kiné. Pourtant, l’année suivante, de retour en Quatrième, je ne connaîtrai plus personne dans ma classe. Et la plupart de mes anciens copains et copines m’aura déjà oubliée.
Isolée, mal dans ma peau, je traînais sans entrain mon corps atypique. L’estoc des moqueries me piquait droit au cœur. L’Histoire et le Français m’enthousiasmaient. Je délaissais hélas mon corps pour me réaliser dans l’intellect. Le sport arriverait dans ma vie beaucoup plus tard.
Moqueries de certains élèves aussi, bien sûr. Les gradations de l’empathie humaine et leurs surprises ! Ainsi ce Beau Gosse de ma classe, adulé de toutes et tous, dont les mots et le regard ont toujours été doux et… normaux. Son naturel et son humanité ont adouci mes jours.
En décembre 1987, l’heure est venue de l’opération neurologique très risquée et du crâne rasé. Retour au collège en perruque. Une enseignante — personne ne l’avait-il donc mise au courant ? —, alors que je bavardais un peu trop dans le couloir, n'a trouvé rien de mieux que de me tirer les cheveux. Donc ma perruque. Soudain de guingois, ridicule et risible. Travesti dévoilé, humilié. Et cet autre professeur, quand je suis revenue en cours enfin débarrassée de ces faux cheveux mais avec une coupe ultra-courte, de s’écrier gaiement : « P., vous y êtes allée fort ! » Rires des élèves.
Aujourd’hui l’école inclusive est en marche, imparfaite certes, mais nous revenons de loin. Des enseignants rament avec l’inclusion. Avec des classes lourdes, des programmes lourds, de nombreux élèves en difficulté, l’adaptation des consignes, des exercices et de la transmission est une charge mentale supplémentaire. Bien souvent les professeurs ne se sentent « pas à la hauteur » face aux élèves en situation de handicap. Je rends hommage à leurs efforts incessants, aux réunions multiples, à leurs remises en cause. L’école inclusive, ce sont des traumatismes en moins. Les moqueries subsistent, imposent vigilance, mais chaque pas de plus vers l’estime de soi est une victoire.
Enseignante à mon tour, à chaque rentrée scolaire j’expliquais très brièvement à mes élèves mon handicap. Et leur promettais qu’ils finiraient par « l’oublier ». De jour en jour, cela s’accomplissait : je devenais « leur prof d’Histoire » et pas « leur prof d’Histoire handicapée ». Je le voyais dans leurs yeux. Ou je pensais le voir : c’était déjà beaucoup.
Notice de transparence : Ce texte a été rédigé sans IA. Le logiciel Antidote a été utilisé pour la correction orthographique. L'autrice et l'unique propriétaire de ce texte est Line Marsan. Tous droits réservés.
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Mathilde Rosati vor 3 Stunden
Bravo c’est très touchant. En effet… il y avait du chemin à faire niveau école… il y en a encore 🙌
Line Marsan vor 2 Stunden
Oui, la route est longue. La France est en retard en la matière, notamment par rapport à l'Italie qui a créé une loi sur l'école inclusive dès le milieu des années 1970.