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Saison 1 Épisode 10 : La psychologie de la personne handicapée en 2 phrases ?
Non-fiction
Gesundheit
calendar Veröffentlicht am 27, Apr., 2026
calendar Aktualisiert am 27, Apr., 2026
time 4 min
PascalN verified
Pascaln vor 17 Tagen

Merci Line pour ce 10eme épisode que j'apprécie autant que les 9 précédents.
Et j'ajoute simplement que oui, je vis ce paradoxe...
" Arrête de me matter comme une bête curieuse "
Mais " si je ne peux pas faire tout ce que les " valides " font " et bien n'oublie pas que je suis invalide.
Paradoxe désagréable et tenace...

15+

Saison 1 Épisode 10 : La psychologie de la personne handicapée en 2 phrases ?


Il est des moments où je deviens monolithe. Bloc figé, aux lignes de faille récurrentes.


Le trajet en bus a longtemps été un de ces moments incompréhensibles. « Pourquoi ne demandes-tu pas à quelqu’un de te céder sa place ? » Parce que. Blocage. Et voyage debout en attendant un siège libéré. Ce manège a duré des années, au cours desquelles j'ai détesté méthodiquement les chauffeurs oublieux des humains transportés.


Photo d'Alfo Medeiros sur Pexels


Au lycée, un épisode plus étrange encore est survenu. Une star de l’époque faisant un concert dans notre ville, les copines y allaient ensemble. Les médecins me déconseillaient les spots clignotants ; la zone lésée et épileptogène de mon cerveau y était trop sensible. Une de mes copines, sans me le dire, obtint du chanteur que j’assiste aux répétitions de l’après-midi. Incroyable ! Sauf que.


Devant la salle de concert, en découvrant la surprise, je n’ai pas pu descendre de la voiture. Blocage. Total. Crise de larmes, crise d’hystérie, dirait-on. Ma timidité maladive s’y mélangeait. Des peurs aussi, peur des spots, du bruit, d’être là toute seule. Surtout, une sorte d’écœurement d’être la personne handicapée qui débarque là parce que handicap il y a, parce que compassion il y a. Je n’ai pas pu.


La copine s’est sentie trahie ; nous nous sommes éloignées définitivement. Plus jamais je n’ai supporté d’écouter ou de voir ce chanteur. Mes goûts musicaux s’en sont mieux portés. Mais, la honte d’avoir « fait ça » à cette copine reste gravée en moi.


Des années sont passées. D’innombrables trajets en bus et en métro. De temps en temps, j’ai osé demander une place assise, les jours où j’étais « bien dans ma peau ». Puis de plus en plus souvent, et aujourd’hui, presque systématiquement. À chaque fois, cette demande reste désagréable.




Arrivée à la quarantaine, une boutade m’est venue en tête, entre autodérision et provocation :


« Tu veux que je t’explique la psychologie d’un handicapé en deux phrases ?


(La personne répond forcément oui à cette fausse question.)


« L’handicapé veut absolument que l’on oublie son handicap.

L’handicapé ne veut absolument pas que l’on oublie son handicap. »


Je ne sais bien évidemment pas si toute personne handicapée a ces deux attentes contradictoires. Chez moi, en tout cas, cela donne à peu près ceci. Dans la rue, j’aimerais que les regards ne fixent plus ma main (= oubli), mais j’aimerais aussi que l’on ne me bouscule pas comme une personne valide (= y penser quand même). Dans le bus, j’aimerais que les personnes valides vérifient si, parmi les nouveaux venus, une personne handicapée ou âgée ou enceinte… a besoin d’une place assise (= y penser), mais sans avoir à le quémander. Dans l'anecdote de lycée, j'aurais voulu que l'on oublie mon handicap, que l'on ne m'impose pas, par surprise, de le regarder en pleine face.


Ma boutade a éclairé de ses mots provocateurs mes lignes de faille : un peu de lumière les traverse désormais. Cela reste incompréhensible, mais je me comprends mieux.




Notice de transparence : Ce texte a été rédigé sans IA. Le logiciel Antidote a été utilisé pour la correction orthographique et typographique. L'autrice, Line Marsan, est seule propriétaire de ce texte. Tous droits réservés.

Crédit photographique : Photo de couverture et photo intérieure d'Alfo Medeiros sur Pexels.


Kommentar (4)

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PascalN verif

Pascaln vor 17 Tagen

Merci Line pour ce 10eme épisode que j'apprécie autant que les 9 précédents.
Et j'ajoute simplement que oui, je vis ce paradoxe...
" Arrête de me matter comme une bête curieuse "
Mais " si je ne peux pas faire tout ce que les " valides " font " et bien n'oublie pas que je suis invalide.
Paradoxe désagréable et tenace...

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Jackie H verif

Jackie H vor 19 Tagen

Anticiper, deviner les besoins dans le silence, y répondre dans la discrétion sans attendre que l'autre le demande, et pas seulement en matière de handicap... dans le monde traditionnel, Ici dans le passé et Ailleurs encore dans le présent, on appelait (et en appelle encore) ça "le tact" ou bien "la délicatesse".

Évidemment, Ici dans le présent, dans le monde moderne où plus personne n'est attentif à l'autre, ni aux autres, et où la règle numéro un de la Modernité est que chacun "n'a qu'à" s'assumer et puis demander, le tact/la délicatesse est un comportement qui se perd... voire qui s'est déjà perdu...

On a du mal à comprendre Ici et Maintenant que demander, ça risque d'essentialiser par rapport à la demande et de créer une étiquette que les autres seront ensuite trop pressés de coller sur le dos, et qu'après, on risque de ne plus être vu que par rapport à cette étiquette...

(à suivre)

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Jackie H verif

Jackie H vor 19 Tagen

(suite)

Le problème, c'est qu'à force de silence, on tombe dans le même genre de situation que celle où votre copine, qui ne vous a rien dit parce qu'elle voulait vous faire une *surprise* (parce que pour beaucoup de gens, l'essence même du cadeau, c'est la *surprise*) mais qui ne connaissait visiblement pas votre problème de sensibilité aux stimuli épileptogènes, pensait vous faire plaisir et voir des étoiles dans vos yeux... mais n'a récolté qu'une angoisse paralysante bien compréhensible quand on connaît le problème qui est à son origine.

Pour les traditionnels d'Avant et d'Ailleurs, c'est votre copine qui a manqué de tact et de délicatesse.

Pour les modernes d'Ici et Maintenant, c'est vous qui n'avez pas su vous assumer et expliquer ce qui se passait.

Qui a tort, qui a raison ? Allez savoir...

Line Marsan verif

Line Marsan vor 19 Tagen

Il ne me viendrait pas à l'idée de "mettre la faute" sur ma copine, ni non plus sur moi d'ailleurs, même si j'ai honte de cet épisode. Chacun fait comme il peut.
Comme vous le dites, en ce qui concerne aujourd'hui, le tact me semble une clé, dans toute situation. Il m'arrive de laisser ma place à une personne moins stable que moi en position debout, ou plus âgée, ou très enceinte.
Quant à la clé, la seule qui me semble généralisable ( et encore, je n'en sais rien) serait "demander à la personne si elle a besoin d'aide, ne pas faire à sa place si elle ne veut pas, demander tout simplement".
"Voulez-vous vous asseoir ?" Cela n'essentialise pas, puisque cette formulation est valable pour tout un tas de cas.

LaPil'à'folie verif

Lapil'à'folie vor 20 Tagen

Merci. Vous avez mis les mots justes là où il faut, cet entre‑deux qui ne réduit pas et ne minimise pas non plus. Je ne vais pas le cacher : même si, dans mon cas, ce n’est pas visible, il y a cette part qui ne veut pas de la compassion à travers des “oh ma pauvre, ça doit être si dur”, et celle qui ne veut pas qu’on oublie le champ de bataille intérieur que le corps traverse, le mental aussi.
Je vous laisse ce commentaire parce que je me retrouve à travers ces quelques lignes que vous nous partagez ; c’est un plaisir de lire une personne comme vous, qui explique, qui dit les choses telles qu’elle les vit et qui les transcrit.
Encore une fois, merci.

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Line Marsan verif

Line Marsan vor 20 Tagen

Exactement... la compassion essentialise. C'est fou, mais c'est ressenti ainsi. Merci de partager cette confidence en écho. 🤗

Jackie H verif

Jackie H vor 19 Tagen

On n'a pas envie d'être juste "le handicapé" ou "la handicapée" aux yeux des autres et de ne plus être que ça pour eux, c'est ça qui vous fait peur et ça se comprend tout à fait 🙂. On a envie que les autres se souviennent qu'au-delà de ça, on est aussi une personne comme les autres, ni plus ni moins.

Mais on a aussi des besoins spécifiques, qui posent problème quand on n'en tient pas compte.

Et ce dont on rêve, c'est que les autres les devinent sans qu'on ait besoin de les dire 🥹...

Mais le problème, c'est que les autres (valides ou pas, d'ailleurs), ils ne sont pas télépathes...

... et que c'est parfois bien difficile pour eux de savoir "sur quel pied danser" et comment se situer correctement par rapport à cette double demande... comment s'enquérir des besoins sans blesser et sans donner l'impression de (vouloir) coller une étiquette...

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