Ode au lisier de canard
Ode au lisier de canard
Chère Malpolie,
Ces deux derniers jours, tu m’as, à trois reprises, proposé de fermer ma gueule. C’est beaucoup.
J’ai milité pour que tu prennes confiance en toi. Et si je n'ai jamais douté de ton potentiel, je ne m’attendais pas à un résultat aussi spectaculaire. Tu as largement dépassé mes espérances.
Je pense toutefois qu’il serait déraisonnable de prolonger l’expérience. Je risquerais de te prendre au sérieux et de sombrer dans un mutisme éternel.
Ce matin, je suis parti rendre visite à ces cons de Normands qui jalousent tant notre exceptionnelle patrie bretonne. Sur la route, un motard que je suivais a éternué. Je n’ai jamais été aussi heureux de ne pas avoir de décapotable.
Deux heures plus tard, je me suis garé sur un sentier entre deux champs. J’ai filmé un semoir tiré par un tracteur. C’était chiant et j’ai voulu partir.
Mais on m’a expliqué que je devais filmer un autre tracteur avec un autre semoir. Super.
Après ça, les quatre fous impliqués dans le projet ont passé une heure à visser des boulons en répétant que les tracteurs, c’est plus ce que c’était. Puis on est allé manger.
Comme on était au milieu de nulle part, il a fallu faire 20 km pour trouver un restaurant.
J’ai commandé une galette avec des frites. Le cuisinier normand a eu l'outrecuidance de glisser une salade dans mon assiette. Quel margoulin ! Il a probablement deviné ma bretonnitude grâce à son flair entraîné. Je ne sens pas seulement la lessive, je sens aussi le Kouign Amman !
À 14h, j’ai pu filmer le deuxième attelage. C’était vite fait et j’ai voulu partir.
Sauf que non. Vla t’y pas qu’on m'annonce qu’un autre tracteur et un autre semoir arrivent !
(J’ai bien peur d’avoir côtoyé trop de campagnards aujourd’hui)
De nouveau une heure de bricolage et de débats à propos de la météo et du lisier de canard qui semble, définitivement, avoir fait ses preuves.
Et je refilme, pour la troisième fois, exactement la même chose. À deux ou trois boulons près.
Je me suis cru libéré pour de bon. J’avais tort.
Le démonstrateur a surgi de derrière un buisson pour exiger une interview. Prouvant, de ce fait, que les Bertrand sont tous des cons. Ce que nous savions déjà.
Après une vingtaine de prises et un jeu d’acteur un peu trop hollywoodien à mon goût (on parle de tracteur, souviens-toi !), il m’a semblé satisfait.
La mine victorieuse, il a fermé les yeux pour rêver, sans doute, à la cérémonie des Césars.
J’en ai profité pour prendre la fuite.
Deux heures plus tard, vers 20 h, je suis arrivé au siège de mon entreprise. Ma voiture (pas celle de fonction) était enfermée derrière la grille du parking et j’ai dû contacter une collègue pour ouvrir le portail, et enfin, rentrer.
C’est presque tout. J’ai aussi cassé un micro, manqué de m’endormir au volant et passé 1h20 au téléphone avec une amie.
Dans l’urgence,
Un ami au bout du rouleau qui souhaiterait que tu l’insultes moins souvent
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Line Marsan vor 6 Stunden
Trés sympa. J'aime beaucoup le ton. Ça fonctionne très bien. 👏👏👏