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Monica

Monica

Veröffentlicht am 27, März, 2025 Aktualisiert am 27, März, 2025 Horror
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Monica

Chapitre 3 du Livre des Péchés : La Gourmandise


« L'homme ne triomphe jamais tout à fait. »

Le Vieil Homme et la Mer (1952), Ernest Hemingway


« Je n'aurais jamais supposé qu'un mélange aussi infernal de passions ait pu luire en des yeux humains, et je pensai me trouver mal. Je sentis que j'avais regardé dans les yeux d'une âme perdue, Austin. La forme de l'homme existait encore, mais tout l'enfer l'habitait. »

Le Grand Dieu Pan (1894), Arthur Machen


Ce matin-là, à son réveil, comme elle le faisait toujours, elle se contempla dans le petit miroir qu'elle avait posé sur la table de chevet à proximité de son lit. Elle avait les traits fatigués et préoccupés, les cheveux ébouriffés, mais elle s'attarda sur ses yeux. Elle avait de grands yeux magnifiques couleur noisette, des yeux à faire tourner la tête des hommes. Son regard très expressif avait toujours retranscrit de manière transparente, sans filtre, ses émotions et états d'âme. Ça ne lui plaisait pas. Ça ne lui avait jamais plu. Mais c'était comme ça. Monica détacha son regard du miroir, se redressa avec souplesse sur son lit en s'aidant de ses bras, puis pensa pour elle-même, de manière presque incantatoire : « Allez Monica, aujourd'hui, il ne faut pas se louper, c'est le grand jour, on s'active ! ».


Assise sur le rebord du lit, elle réajusta son haut de pyjama bleu pastel afin qu'il tombe harmonieusement sur ses épaules, passa ses mains dans sa soyeuse et longue chevelure brune afin de la lisser, puis elle se pencha afin de récupérer sa prothèse pour la fixer sur sa jambe droite. Elle allait dans peu de temps se rendre dans la cuisine de son minuscule et vétuste appartement afin de prendre son petit-déjeuner (un thé - au tilleul, à la menthe ou à l'hibiscus, cela dépendait de son humeur - accompagné de deux biscuits et d'un grand verre de jus de citron vert), avant de poursuivre par une bonne douche bien chaude pour conclure finalement sur le choix de ses vêtements.


Aujourd'hui, elle devait se rendre à un entretien d'embauche, elle avait besoin de décrocher le poste en jeu, coûte que coûte.


Enfin, c'était ce qui lui avait semblé ce matin-là, en se réveillant.


Elle n'en était plus si sûre, à présent qu'elle s'engageait vers la porte d'entrée de son appartement.


Alors qu'elle s'apprêtait à sortir de chez elle, après une hésitation marquée, et tout en pestant contre elle-même, elle revint sur ses pas, se dirigea vers l'évier, prit dans l'égouttoir un verre qui traînait là, puis se servit un verre d'eau fraîche. Elle ferma les yeux et respira intensément. Deux fois. Puis avec des gestes saccadés, elle ouvrit le tiroir sous l'évier, en sortit une boîte de tramadol, puis avala un comprimé avec le verre d'eau qu'elle s'envoya. D'un trait. Elle soupira. Monica se sentait perdue, elle ne se reconnaissait plus, sa vie lui échappait. Elle ne savait plus si elle prenait ses médicaments pour soulager les douleurs intenses et récurrentes qu'elle sentait à l'extrémité amputée de sa jambe, ou si elle les prenait pour planer, s'évader, éviter de se poser la seule question qui vaille.


Monica avait choisi la mer comme d'autres choisissent l'enseignement ou la boucherie, par vocation disait-elle mécaniquement lorsqu'on l'interrogeait. Elle ne s'était jamais véritablement posée la question, et d'ailleurs, pourquoi l'aurait-elle fait ? Aussi loin qu'elle s'en souvenait, sa famille avait toujours vécu ancrée à Nantes en travaillant sur le port et les quais. Son père avait été marin pêcheur, sa grand-mère avait tenu toute sa vie un stand de vente de poissons et de fruits de mer sur le marché de Talensac, et un lointain aïeul avait même été un armateur de sinistre réputation, disparu en haute mer dans des circonstances incertaines, du temps du commerce triangulaire. Monica avait choisi la mer, il n'aurait pu en être autrement, la question ne s'était jamais posée.


Enfin, les choses avaient changé il y avait de cela six mois, lorsqu'elle avait commencé à se remettre de son terrible accident.


Elle marchait à présent dans la rue, en direction des quais. Elle connaissait le pavé de cette ville, ses rues et ses ruelles, ses couleurs et ses odeurs, ses sons et ses rythmes, ses habitants et ses touristes, ses honnêtes gens et ses malfrats. Cette ville, c'était son corps, et les quais, son cœur. Ca avait été longtemps sa boussole et sa destination. Rien n'en était moins sûr dorénavant.


Cet entretien d'embauche était sa dernière chance, elle le savait, mais le voulait-elle encore, le voulait-elle vraiment ?


L'enfer, ce n'est pas l'absence de choix, parfois, c'est de devoir choisir entre deux voies incertaines. Si elle renonçait à la mer, elle casserait sa lignée familiale, elle resterait à jamais celle qui avait renoncé, celle qui avait trahi, osons le mot. Mais si elle n'y renonçait pas, la promesse qui s'était présentée à elle il y avait de cela six mois, de manière imprévue et soudaine, resterait à jamais cela : une promesse.


Lorsque cet homme était entré dans sa vie, soudainement, elle n'avait pas compris ce qui lui arrivait, les choses s'étaient matérialisées d'un mouvement, le soir où il l'avait embrassée gauchement au sortir d'un dîner auquel il l'avait conviée, dans un petit restaurant italien du centre-ville de Nantes. L'instant d'avant, elle ne le considérait en aucune manière comme l'ombre d'une option, l'instant d'après, c'était une évidence. La vie, c'est parfois comme ça, même une femme pragmatique comme Monica avait dû en convenir.


Elle avait connu André au centre de rééducation. Il était plus âgé qu'elle, avait eu une vie décousue (et pas encore bien réglée) et il ne lui avait pas vraiment plu au premier regard (ce n'était pas du tout son genre d'homme). Mais il s'était révélé être une personne gentille et bienveillante, fiable et apaisante, bien qu'elle ne l'ait pas conscientisé alors. Et il y avait sa voix, sa voix qui lui rappelait la mer. C'était de cela dont elle avait eu besoin (ce dont elle avait besoin tout court ?), et une chose en amenant une autre, une alchimie certaine s'était créée entre Monica et André.


Lui était enseignant en région parisienne, pas marin pour un sou, et il n'allait pas tarder à y repartir.


Il voulait qu'elle l'accompagne.


L'enfer, ce n'est pas l'absence de choix, parfois, c'est de devoir choisir entre deux voies incertaines.


Elle était enfin arrivée au pied de ce vieil immeuble défraichi et désenchanté. Elle leva les yeux vers le deuxième étage et elle l'aperçut, traversée par un tressaillement aussi intense qu'irrationnel. Il la fixait de son regard bleu acier, dur, une cigarette fumante au bout des doigts, tiré à quatre épingles dans un luxueux complet anglais, les cheveux gominés et ramenés en arrière. Elle était bien incapable de lui donner un âge, il aurait tout aussi bien pu être âgé de trente comme de soixante ans, aussi improbable que cela puisse paraître. Il lui inspirait un dégoût viscéral et instinctif. Elle en avait été immédiatement frappée lors du premier entretien, et à cette simple vue au travers la fenêtre, ça lui était revenu de plein fouet.


Après être montée par les escaliers de service, puis avoir signalé sa présence en toquant à la porte des bureaux de la compagnie de croisière britannique Harker Journeys, Monica fut prise en charge par une secrétaire à l'air déconfit qui la conduisit directement dans le bureau de monsieur James Harker. Ce dernier ne prit pas la peine de se retourner immédiatement à son arrivée, savourant les derniers instants de sa cigarette tout en contemplant la rue qui commençait à s'agiter en contrebas.


« Miss Monica, bonjour, je vous en prie, prenez place sur la chaise, déclara l'homme sans âge, avec un imperceptible accent. Je vais moi-même m'installer. »


Tandis qu'elle se dirigeait vers la chaise qui trônait au milieu du bureau, anxieuse, elle ne put s'empêcher de le suivre du regard. On aurait dit un cadavre qui marchait. Et ce dégoût qui l'assaillait. Lentement, il s'installa à son bureau en merisier massif, aussi chic qu'imposant, puis il réajusta sa cravate, avant de plonger son regard noir et mort dans les grands yeux couleur noisette de Monica.


James Harker sourit à la jeune femme.


« Miss Monica, je souhaitais vous revoir, non pas pour un second entretien, car ce poste sur notre navire de croisière est à vous, mais pour essayer de comprendre pourquoi vous aviez dit à ma secrétaire que vous vouliez bénéficier d'un temps de réflexion. »


Monica garda silence.


« Je sais qui vous êtes, et surtout, je connais bien votre famille. Votre famille et les Harker, c'est une histoire ancienne, liée à cette ville et à son port, même si les Harker s'en sont éloignés un temps. Le saviez-vous ? »


Monica ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.


« Vous comme moi, nous savons qu'avec votre accident, cette offre est peut-être la dernière opportunité que vous aurez dans ce secteur d'activités. Qu'est ce qui bloque ? Est-ce une question de salaire ? De mode de vie ? En vous engageant avec nous, vous serez en mer dix mois par an, le travail est intense, mais bien payé. Votre famille en serait fière, avez-vous pu discuter de cela avec eux suite à notre précédente rencontre ?


- Monsieur Harker, je vous remercie pour votre offre et ce poste. Vous avez raison, c'est inespéré, mais... mais... j'ai besoin de temps, juste quelques jours, répondit-elle, d'un ton peu assuré. »


James Harker garda le silence à son tour, maintenant son regard mort plongé dans les yeux troublés de la jeune femme. Puis il relança.


« Pourquoi réfléchir ? Votre famille n'a pas du sang qui coule dans ses veines, mais l'eau salée de l'océan Atlantique. Cette ville, ce port, ces quais, cet océan, c'est l'histoire de votre famille, c'est vous, c'est votre destin. Pourquoi réfléchir, je me répète ? Pourquoi, ou devrais-je dire pour qui ? Vous avez rencontré un homme ?. »


Le mort-vivant savait, Monica en avait la certitude, certitude aussi folle que le dégoût qu'il lui inspirait était réel.


« Je vous l'ai dit, votre famille et les Harker sont liés. Comme toutes les familles de la mer. Certaines réussissent, d'autres échouent, mais les unes ne peuvent exister sans les autres. Le peuple de la mer est le peuple qui dispose de la plus vaste étendue, il était là dès le début, et il sera là jusqu'à la toute fin. Feriez-vous un tel affront à votre famille ? La valeur d'un homme ou d'une femme ne se jauge qu'à son devoir de faire perpétuer sa lignée et sa tradition, à transmettre ce qu'on lui a transmis. Vous croyez aux identités nomades Miss Monica ? Pas moi. »


L'esprit de Monica était embrumé, sa tête lui faisait mal. Les propos de James Harker résonnaient en elle. La mer ou André, il faudrait choisir. Cela pourrait-il être la mer avec André ? Sa tête la lança douloureusement.


« Malheureusement dans cette vie, les gens sans cœur voguent de manière intelligible, tandis que les gens qui écoutent leurs sentiments se laissent dériver par la déraison. Que vaut-il mieux, Miss Monica ? Vivre et échouer, ou mourir mais réussir ? »


Monica entendait sans écouter, le mal de tête s'était installé.


« Je vais vous laisser un temps de réflexion, je n'ai pas besoin d'une réponse dans l'instant. Savez-vous comment nous prenons une décision chez les Harker ? Autour d'un bon gâteau. Achetez-en un. Mangez-le, et rejoignez-nous chez Harker Journeys, ou alors donnez-le à cet homme, et partez avec lui. »


James Harker se leva de son bureau, et d'un geste du bras, invita la jeune femme à quitter le bureau. Fermement, mais poliment.


Monica ne garda presque aucun souvenir de la suite, tellement sa tête la vrillait. Plus tard, elle se souvint de la douleur à sa tête, ainsi qu'à l'extrémité de sa jambe amputée. Elle se souvint avoir déambulé dans cette ville qu'elle avait tant aimé, puis être entrée dans une boulangerie pour acheter une unique petite pâtisserie à la pistache.


Enfin, elle avait regagné son domicile, puis elle avait appelé André afin de lui demander de passer lors de la pause méridienne, pour prendre un dessert avec elle.


Elle avait mis l'unique petite pâtisserie à la pistache dans un plat en porcelaine, au milieu de sa minuscule table de salon. Elle avait ensuite sortie deux petites assiettes. Et, enfin, une seule cuillère.


Puis elle avait attendu.


Que valait-il mieux ? Prendre la mer, par devoir, ou suivre une promesse, pleine d'espoir ?


L'enfer, ce n'est pas l'absence de choix, parfois, c'est de devoir choisir entre deux voies incertaines.


Puis elle avait entendu toquer à la porte, ce qui la fit sortir de ses pensées par un sursaut.


André venait d'arriver.


Elle avait reconnu sa voix, sa voix qui lui rappelait la mer.

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