Hotel California
Hotel California
Elle s’en souvenait comme on se souvient de sa première fois, même si ça ne l’était pas.
A bord de ce cabriolet 911 rouge chromé, assise à la place du mort elle s’apprétait pourtant à la donner. Tournant la tête vers son cavalier, la lumière dorée par cette délicieuse journée d’été ne lui permettait que de distinguer son épaisse et longue chevelure brune, battre des ailes au rythme de la vitesse.
Lilie aurait pourtant aimé le voir mieux, elle aurait aimé le voir plus.
Le plus triste dans tout ça, c’est qu’il n’y était pour rien. Simple pion sur l’échiquier, que la longue et fine reine sombre se délectait de faire tomber.
Échec et mat.
C'était ce matin-là que Lilie avait décidé de le tuer. Mais la grimace qu’elle masquait péniblement depuis leur rencontre six mois plus tôt, elle, savait.
Pourtant au début, tout semblait parfait. Un homme attentionné, sans qu’on ait rien demandé ?
C’est romantique n’est-ce pas ?
Mais pas pour elle, non ça la dégoûtait.
À vouloir trop entrer dans la peau d’une autre, on finit par y étouffer, et la bête avec. Mais la bête est bien trop puissante et gare à vous quand elle se libère.
Leur idylle semblait divine. Un vrai roi, une vraie reine! Partout entremêlés, tous les regards les scrutaient : quel couple parfait!
Parfait parce qu’elle avait su coudre son costume, rapiécer ses misères, l'exercice ne l'aura pas exemptée de quelques blessures.
La bile qu’elle retenait avait fini par souiller la commissure de ses lèvres. Il était temps d’agir avant de la laisser transparaître. Aux yeux des autres ? Mon Dieu non, quel drame!
Elle préférait encore revêtir les vêtements d’une Judith, se transcenderait pour faire couler des larmes, hurler un chagrin, déchirer son corps.
Oui, il était temps.
D’autant plus que la bile, ça ronge, ça déshydrate. Et sa soif de sang n’avait plus été accomplie depuis un fort long temps.
Une fois sur place, la nappe en soie rouge installée, seuls les oiseaux les assistaient. Un coin qu’il lui avait fait connaître : où leurs émois avaient su se susurer, sans aucun regard indiscret.
Et pendant qu'elle le frôlait de ses griffes, elle sortit son ultime complice. Priant pour son âme une dernière fois, elle lui ordonna d'épancher sa soif et de rendre l'acte jouissif.
Welcome to the Hotel California
Such a lovely place, such a lovely place, such a lovely face
There's plenty of room at the Hotel California
Any time of year, any time of year, oh, you can find it here
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