Le ver est dans le fruit !
C’est un ver dans le fruit.
Il grignote lentement la pulpe autour de lui.
Il se crée un cocon toujours plus vaste en réduisant la matière qui l’entoure.
De l’extérieur, seule une petite marque, un point brun, signale la possibilité de son existence.
L’homme aime les échelles, pas pour monter sur les toits.
Pour évaluer tout et n’importe quoi !
Pour jauger le ver dans le fruit.
La douleur est un ver.
Il s’insinue doucement sous la peau, dans les muscles, dans les tendons, dans les nerfs, dans ta tête.
Il est capable de modifier ta manière de réfléchir, ta façon d’aborder de simples problèmes et de les transformer en montagnes infranchissables.
Ce ver rampe dans tes pensées plus que dans ton corps lorsqu’il a terminé d’en prendre possession. Ce faisant, il laisse une trace gluante qui corrompt et brûle en profondeur l’équilibre de ton esprit. Il n’a plus besoin de se concentrer sur le physique une fois qu’il a capté toute ton attention.
Il peut jouir à loisir. Il a tout le temps nécessaire pour ronger ton discernement, s’insinuant au seuil de chacune de tes idées. Le ver profite du répit qu’offre un sourire, une main qui applique un baume apaisant, une parole de réconfort susurrée par une voix qui ne sait pas comment elle pourrait alléger tes souffrances.
Lui n’en a cure ! Il reprend des forces.
Il poursuit alors son travail de sape, il grignote encore et encore ton intellect. Il te rend irascible, il te fait perdre le contrôle de tes propos, de tes actes, de ton corps qu’il adore voir fondre en larmes.
Puis vient le moment de la résignation, une sorte d’apathie, de soumission consciente. Le ver est là, tu prends sur toi, tu vis avec lui, ce compagnon d’infortune. Il t’a forcé à poser le genou au sol.
Certains vont se laisser glisser vers la facilité en buvant un verre, ou deux, ou même plus que de raison. L’alcool masque, il ne soigne pas. La gnôle déguise, dissimule comme elle sait toujours si bien le faire et pas seulement pour la souffrance. L'alcool est si bon comédien, interprète d’une pantomime sans musique, sans jeu d’acteur, sans costumes. À ton réveil, le rideau est tombé sur les spectateurs. Les projos, eux, continuent d'éclabousser de leur lumière fade tes désagréments, ta douleur avec un surplus d’amertume. Le ver est là, tu le sens, tu le vois t’applaudir de ces mains qu’il ne possède pas, sourire de cette bouche qui reprend son travail de plus belle.
D’autres, plus pragmatiques, se tournent vers les cachets miracles du bon docteur maboul. Ces bienveillants petits médicaments, emplâtres sur une jambe de bois. Ils ne méritent pas plus de considération que leur cousin alcoolisé en vente libre. Les dépendances sont pareilles et tout aussi compliquées à éradiquer.
La douleur est un ver qui te bouffe le corps, le cerveau, la psyché et tes proches.
À défaut de l’extirper, il est nécessaire de l’apprivoiser, de la mesurer. C’est ce qu’ils disent !
J’en reviens à l’échelle : de un à dix, il nous est demandé de décrire ce tourment, de la situer sur une graduation. Parfois, la gradation de la souffrance se définit par des mots, de zéro à quatre : absente, faible, modérée, intense, extrêmement intense.
Ces systèmes te fournissent une image à poser sur ce que tu ressens, une vision à offrir à quelqu’un qui ne ressent rien, qui ne comprend rien à ce que tu éprouves.
Paradoxalement, nous avons en chacun de nous une propension à supporter notre ver dans le fruit. Pour un effet clinique identique, un individu assumera facilement et traversera un quotidien presque normal, apprivoisant son ver personnel. Un autre s’effondrera dans une détresse physique et psychologique pour la même pathologie annoncée.
Ton ver personnel est totalement subjectif, il t’appartient, il te contrôle, il agit sur des transmetteurs qui te sont propres et il digérera ta vie autant que le ver absorbe la pulpe de la pomme.
Le fruit, c’est assez simple, on le jette !
Mais, je ne suis pas une pomme, je suis une personne. Un homme qui n’en a rien à foutre de vos échelles, de vos médocs, de vos sourires qui se réclament compréhensifs et qui me paraissent terriblement condescendants.
Je veux qu'on m’extirpe ce ver, qu’il me soit enlevé, même si je dois encore en souffrir davantage pour obtenir un résultat satisfaisant.
La douleur est un ver et il n’existe pas de vermifuges pour cette pourriture.
Il n’existe pas de vermicides, sauf peut-être l’écriture : poser des mots sur une abstraction personnelle est une forme de traitement certainement pas apaisante et pourtant grandement salutaire.

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Ceci étant posé, pas touche aux textes, aux idées, aux images, tout cela ne t'appartient pas, le droit d'auteur est une réalité dont tu dois tenir compte.
Tu as envie d'en utiliser tout ou partie, prends contact, demande.
Une demande vaut une réponse et il y a toujours moyen de trouver un terrain d'entente.
Viens, je ne mords pas ;-)
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Kommentar (1)
Jackie H vor 26 Tagen
La douleur, physique ou mentale, est souvent minimisée par une médecine impuissante... 🙁