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Marian, le refuge, mes flingues et moi

Marian, le refuge, mes flingues et moi

Veröffentlicht am 29, Aug., 2025 Aktualisiert am 29, Aug., 2025 Crime stories
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Marian, le refuge, mes flingues et moi

Marian et moi étions venus en vacances ici, en 2012 ! Bien qu’anglais, nous étions tous deux parfaitement francophones et francophiles. La France ? un gigantesque marché de gros, nous nous y servions en produits plus ou moins locaux et les revendions à prix d’or sur notre île grâce à un marketing fourbe. « Excuse my French », notre concept, avait cartonné. Nous venions de tout revendre, nous étions à l’aise sinon riches et nous cherchions à nous expatrier sur notre terre promise. Elle et moi n’avons jamais vraiment été d’accord. Elle tenait à son confort, je voulais préparer notre survie à ce qui nous attendait : l’effondrement inéluctable de cette société. Je venais de lire Piero San Giorgio, cela m’avait changé, radicalement. J’étais devenu ce qu’on appelait, autant avec angoisse qu’avec dédain, un « survivaliste »..


— Andrew, tu veux vraiment vivre dans ce bled ? me dit Marian alors que nous entrions dans le village.

— De la verdure, de l’isolement, des ressources à proximité, une démographie déclinante, c’est ce qu’on cherche, Marian, non ? Être tranquilles, autosuffisants, au contact de la nature, c’est bien ça, le cahier des charges ?


Marian, je le savais, était ce que vous, Français, appelez une « bobo ». Elle suivait la trajectoire de ceux qui, la trentaine passée, feignent de s’apercevoir que le capitalisme est un système dégueulasse. Un système dont elle voulait s’échapper au maximum. L’ironie de l’histoire du « bobo » est ici : c’est son compte en banque à six chiffres qui lui permet de s’affranchir du mode de vie productiviste. La rente, ce capital que nous avions accumulé en marchands féroces, c’était la clé de notre nouvelle vie.


Elle voulait construire une slow life, vendre des produits « bios », faire du théâtre… Elle se ferait vite chier, elle qui ne tenait jamais en place. Elle aimait trop son confort pour s’en extraire, et la simple absence d’un Internet haut débit allait vite s’avérer problématique, mais elle tomba amoureuse du bien que nous nous apprêtions à visiter.


Le presbytère était un bâtiment en pierre, parfaitement rectangulaire, d’une surface d’environ 500 m2 . Le jour de la visite, il était baigné dans une lumière rase qui lui donnait une aura quasi mystique. Nous ? On s’était complètement laissés berner, sous le charme de ce temple si intimidant, même entravé dans un fatras de ronces et de lierre. Le vieux curé était mort, les paroissiens partis, ce bien était vide, il était à nous. Je la tenais, ma base autonome durable ! Marian était excitée, elle assignait sa nouvelle fonction à chacune des pièces que nous visitions. La signature ne tarda pas, elle eut lieu un jour maussade. Le presbytère semblait maintenant menaçant sous la bruine mais cela n’entama pas notre enthousiasme.


L’emménagement fut une formalité. Nous n’apportâmes rien ou presque, nous campions dans la maison, une précarité choisie qui nous ravissait. Nous étions réveillés le matin par les ouvriers que nous avions embauchés pour retaper la demeure. Nous vécûmes successivement dans chacune des pièces du presbytère, dans un dépouillement spartiate qui collait parfaitement à mon projet survivaliste - des travaux pratiques, en quelque sorte. La période de travaux dura deux ans, deux années idylliques. Il me semblait découvrir Marian sous un jour nouveau. elle agissait en véritable maître d’œuvre du chantier de rénovation, elle imposait ses directives, décidait de tout, s’enquérait de l’avancement. Moi ? Je partais chasser, comme un véritable Anglais, en Barbour et au volant d’un Range Rover V8. C’était ma lubie, la chasse. À la base un simple moyen d’obtenir une autorisation de détention d’arme ; et puis je m’étais pris au jeu. J’avais des compagnons, certes moins élégants que moi, mais fort bons camarades. Maintenant que nous avions fixé notre bastion, il fallait bien de quoi le défendre : un calibre .12 juxtaposé, mon nouvel ami. Je savais déjà où me poster en cas d’attaque et j’avais aménagé une sorte de panic room dans la cave… Marian râlait, c’était too much… Elle, elle avait radicalement changé l’agencement du logement, mais elle avait laissé des images saintes, des crucifix et même une pietà un peu grossière en guise de décoration. Elle l’avait mise en valeur grâce à un éclairage soigné sur la pierre du mur et moi, juste à côté, j’avais posé un râtelier pour mes flingues. Exhiber des armes à côté d’une mère pleurant son fils aussi assassiné qu’innocent, il fallait oser. Marian n’eût pas le temps de m’en vouloir : elle tomba enceinte.


Le cocon fini était beau, le jardin et le potager prenaient forme autour. Des cris de nourrissons suaient des murs de pierre, la nuit, le jour, tout le temps en fait. Nous n’étions pas prêts, personne ne l’est jamais, mais après tout, une grande maison est faite pour être habitée. Je ne chassais plus, je m’entrainais dans le jardin, avec une .22 LR, discrète, silencieuse. Je me camouflais dans la verdure luxuriante laissée à moitié sauvage. Je mettais souvent en joue les promeneurs, les coureurs ou les cyclistes qui passaient devant, au cas où, pour me préparer… Ils ne le voyaient pas, j’étais tout puissant, il eût suffi d’appuyer…


— Andrew, qu’est-ce que tu fabriques avec ce rifle ? Putain t’es pas bien ! Le gosse il marche maintenant !


Elle m’avait dit ça un après-midi. Moi, je ne l’avais pas vu grandir, ce Wayne, mon fils. Et là, il venait juste de passer devant ma ligne de mire. Il n’aurait pas fallu lui flanquer une balle par accident. Je ne savais pas vraiment comment ni pourquoi, mais je l’aimais, ce gosse.


Les gamins, ça vous remplit vite une maison. Ça vous met du sucre partout, de la guimauve du sol au plafond, l’espace entier de la maison devient un terrain de jeu. Quand Wayne eut sept ans et sa sœur Emma cinq, le presbytère était devenu un chapiteau de cirque. J’avais monté mes fusils au grenier, un vrai bon grenier, bien poussiéreux avec des planches qui craquent sous vos pas. Mes guns étaient posés au milieu des missels, des bibles et autres recueils aux pages gondolées par l’humidité. Ils étaient bien, là-haut, le péché cerné par la rédemption. Les greniers, on y dépose toujours les choses fondamentales, tellement indispensables qu’on ne les jette jamais. Quand on veut survivre dans un monde hostile, il faut un calibre et de l’espoir ; j’avais tout ça dans mon grenier, ainsi qu’une belle lucarne pour m’embusquer le moment venu.


La maison était habitée, je veux dire vraiment. Pas un recoin qui ne s’ennuyait, les morveux prenaient possession de l’espace, en conquérants. Rampant, marchant, courant puis escaladant : à chaque âge ils réussissaient à annexer de nouveaux territoires jusque-là ignorés. Marian et moi-même n’étions que tolérés dans ce Neverland que, il fallait bien l’avouer, nous avions nous-même créé.


Dieu avait fait ses valises, temporairement. Il ne restait de lui que les bibelots que Marian avait laissés en décoration, un peu comme on exhibe en souvenir les quelques effets personnels d’un aïeul disparu. Il avait pris avec lui la gaieté de Marian, qui ne goûtait finalement guère à cette vie néorurale. Une princesse de Galles pouvait-elle se plaire dans un sous-Balmoral frenchy ? Jamais de sa bouche ne sortit ne serait-ce que l’esquisse d’un reproche, elle s’énervait peu. En revanche, elle était d’une apathie absolue, je la pensais usée par les tâches domestiques, mais comme elle ne demandait pas d’aide, je ne prenais pas ma part du fardeau quotidien. Je préférais nettement mes flingues et mon potager aux plaintes, pleurs et cris des enfants. Est-ce qu’elle les aimait, ces gosses ? Chacun de ses sourires était le fruit d’un effort inouï, chasser la mélancolie de son visage était une lutte réelle. Mais elle éprouvait pour Wayne et Emma l’amour singulier de ceux qui ont la fierté d’assumer leur connerie.


Notre vie de couple était, elle, à l’image de la sismologie de la région : le calme plat, ponctué de quelques brèves secousses observables seulement par celui qui en guette la présence. Ce désinvestissement progressif et inexpliqué de sa part me lacérait les entrailles, je pestais tout le temps, contre tout sauf contre elle, du moins pas en sa présence. Je me vengeais sur mon sac de frappe, un bon modèle de 45 kilogrammes installé dans une petite grange que j’avais construite. Il fallait bien que je prépare la suite, l’effondrement à venir, et pour cela il me fallait un endroit à moi, à moi seul. Les enfants grandissant, j’y avais déplacé tous mes flingues, fait des réserves de nourriture, puis installé un lit. De fait, je m’étais exilé face à la guerre territoriale menée par les morveux.


En à peine dix ans, j’avais presque cramé la rente. Mes appétits étaient féroces, même à la campagne : travaux, armes, équipement de survie, boisson, placements foireux… « Bouffé, mon million, littéralement avalé… » Cela coûte cher de tromper l’ennui. Et puis il faut dire que j’avais succombé à la tentation d’une Lotus Exige afin de me frotter aux virages du Beaujolais vert plus dignement qu’avec le Range, j’étais anglais, après tout… Marian et moi avions des comptes séparés, elle était aussi fourmi que moi j’étais cigale… L’achat en catimini du petit coupé sportif vert éteignit définitivement toute étincelle de joie en elle. Je l’avais perdue, définitivement.


D’ailleurs, depuis trois semaines, elle n’était plus là, les gamins non plus, disparus comme ça au petit matin. Quel calme ! J’aurais pu passer mon temps à chercher, à alerter tous les paysans français de la région, à quoi bon ? Au fond, je savais, je ne pouvais pas l’ignorer. Et puis un regard furtif vers ma grange avait eu tôt fait de me le rappeler : ça c’était passé comme ça, voilà.


J’avais réinvesti la demeure, vidée du spleen de Marian, sevrée du bruit des enfants, pas plus de morgue que de sucre, seulement la neutralité et le silence. Je l’habitais ! Enfin, j’occupais ma base autonome durable dans le calme nécessaire à sa défense. Plus le temps de tergiverser, j’étais seul, je devais être sur mes gardes, ils allaient venir me déloger. Dieu me l’avait susurré. Après m’avoir laissé pendant deux jours seul la maison, lui aussi était revenu, impitoyable. J’étais pourtant caché, tapi dans un coin du grenier avec armes et vivres. Derrière la lunette de ma Cadex .338 lapua magnum – un fusil de précision à huit mille euros –, je mirais nuit et jour, à l’affût des importuns qui finiraient fatalement par approcher ma position. Lui ne lâchait pas prise, il me harcelait sans cesse :


— Andrew, qu’as-tu fait ? Pourquoi tes mains sentent la poudre, Andrew ? Le combat n’a pourtant pas commencé ! Ils vont venir, Andrew, ils vont venir t’arrêter ! »


Des questions, des reproches, des insinuations en continu, ça me tenait éveillé autant que ça me rendait fou. Mes yeux étaient lourds et ma tête trop pleine. Quand se pointa le mec hier matin, qu’il ouvrit le portail, je relâchai la pression, je fis ce pourquoi je m’étais préparé depuis de longues années : pour protéger mon bastion, j’appuyai sur la détente. Il tomba. Qui était-il ? Un éclaireur peut-être, un intrus sûrement.


Dieu hurlait en moi à présent :


— Assassin, simple, double, triple, quadruple, tu as tué le livreur, est-ce là le seul ? Andrew ! Pourquoi évites-tu soigneusement de scruter de ta lunette le coin de potager qui jouxte la grange ? Quel est ce monticule, Andrew ? Pourquoi ma terre est elle retournée ? Qui a creusé Andrew ? Ou sont ta femme et tes enfants ? Qu’as-tu fait Andrew ? Qu’as-tu fait ?


Il vociférait encore quand je tirai dans le genou du premier gendarme en guise de sommation, il déchira mes tympans quand j’abattis le second. Une rafale de 5,56 avait frôlé ma lucarne. En guise d’écho, une balle traversa le crâne assermenté.


Dieu était des leurs : il voulait récupérer son bien, en bannir l’étranger ! Je le compris enfin dans un fou rire teinté de terreur : Dieu était français et moi j’étais indésirable. Moi, le british qui comptait survivre ici, en famille, puis seul, je m’étais fourvoyé : on ne prend pas demeure à sa guise, on ne s’ancre pas chez l’autre à coup de pelleteuses ou de pinceaux. Je sentais le parfum de Dieu, cet autochtone dont l’odeur d’encens rance dégoulinait de nouveau des murs, elle se liquéfiait bruyamment et inondait la maison jusqu’à la trappe du grenier : Dieu toquait à la trappe, j’étais fait.


J’allais donc mourir là, suicide by cops, comme le dit le jargon. Pour y avoir droit, il me faudrait tirer tous azimuts, avoiner sans relâche. J’attendais, un Uzi dans chaque main -Quand on connait des chasseurs, on trouve toujours des combines-, six-cent coups par minutes pour soixante-quatre cartouches, ça ferait un bon son et lumière pendant quelques secondes... Ça les déciderait à viser la tête. Je repensais à Marian, à son refus de préparer notre avenir durable. Elle n’était pas faite pour ça, je l’aurais trainée comme un boulet. Je pensais aux enfants et réprimais une soudaine envie de vomir quand les premiers viseurs lasers traversèrent le grenier. J’armai mes pistolets-mitrailleurs, j’attaquai le corps d’élite : ma mort signerait définitivement mon acte de propriété.




Appendices


Le refrain de cette chanson intitulée Marian, résonnera dramatiquement avec la fin de la nouvelle.




In a sea of faces, in a sea of doubt

In this cruel place your voice above the maelstrom

In the wake of this ship of fools I'm falling further down

If you can see me, Marian, reach out and take me home

I hear you calling Marian

Across the water, across the wave

I hear you calling Marian

Can you hear me calling you to

Save me, save me, save me from the grave

Marian

Marian, there's a weight above me

And the pressure is all too strong

To breathe deep

Breathe long and hard

To take the water down and go to sleep

To sink still further

Beneath the fatal wave

Marian I think I'm drowning

This sea is killing me

I hear you calling Marian

Across the water, across the wave

I hear you calling Marian

Can you hear me calling you to

Save me, save me, save me from the grave

Was ich kann und was ich könnte

Weiß ich gar nicht mehr

Gib mir wieder etwas schönes

Zieh mich aus dem Meer

Ich höre dich rufen Marian

Kannst du mich schreien hören

Ich bin hier allein

Ich höre dich rufen Marian

Ohne deine Hilfe, verliere ich mich in diesem Ort

I hear you calling Marian

Across the water, across the wave

I hear you calling Marian

Can you hear me calling you to

Save me, save me, save me from the grave

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian

Marian


Le fait divers qui a involontairement inspiré la nouvelle ( je l'ai découvert après, avec horreur, mais sans doute l'avais-je au fond de ma mémoire)




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