Réarmer les esprits, désarmer les nations : plaidoyer pour un pacifisme radical.
Autour de nous, les bruits de bottes s’approchent, le réarmement s’intensifie et les gouvernements préparent les esprits à une possible guerre.
Un constat
Pour commencer, nous constatons clairement ces dernières années une dégradation des normes de non-agression entre états accompagnée d’infractions au droit international.
• La guerre en Ukraine en cours depuis février 2022 : avec l’annexion illégale de territoires, des crimes documentés à l’encontre de civils et une communauté internationale qui ne parvient pas à faire respecter les règles.
• Le conflit au soudan qui provoque une crise humanitaire majeure avec de graves violations des droits humains.
• Un rapport annuel d’Amnesty International de 2025 montrant l’intensification des affrontements, une répression accrue des dissidences, la multiplication des manquements aux conventions de Genève, des atteintes au droit international et une impunité redoublée…
• L’intervention israélienne à Gaza avec des attaques contre des civils et des infrastructures essentielles, l’utilisation de la famine comme arme, les transferts de population, un arrêt de l’aide humanitaire, mais aussi des jugements pour crimes de guerre sans effet et une immunité persistante des responsables.
• L’ONU : dont la faiblesse relative découle de la paralysie qui résulte du veto des grandes puissances. Ainsi la Russie a bloqué toute résolution désapprouvant l’invasion de l’Ukraine, les États-Unis empêchent toutes critiques envers Israël, La Chine et la Russie freinent les actions fortes au Soudan ou en Éthiopie afin de protéger leurs intérêts économiques et stratégiques en Afrique. Les condamnations de l’assemblée générale sont symboliques et l’on peut déplorer un manque de moyens militaires et policiers avec un rôle souvent limité à l’alerte (dénonciations de crimes) et à la médiation. On observe aussi une multiplication des initiatives parallèles comme le cessez-le-feu à Gaza négocié par les États-Unis, l’Égypte et le Qatar.
• Ces derniers jours, enfin, un nouveau front vient de s’ouvrir entre Israël, les États-Unis et l’Iran, cette fois encore en violation des règles du droit international. Sur ce point Pedro Sanchez a d’ailleurs fait récemment une déclaration allant dans le bon sens, opposée au discours des va-t-en-guerre : « Non à la faillite du droit international. Non à l’idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu’à coups de bombes. Et, enfin, non à la répétition des erreurs du passé… Nous condamnons le régime iranien, qui réprime et tue brutalement ses citoyens, en particulier les femmes, mais nous rejetons en même temps ce conflit et appelons à une solution diplomatique et politique… Certains diront que c’est naïf. Ce qui est naïf, c’est de croire que la violence est la solution, ou de penser qu’un suivisme aveugle et servile est une forme de leadership ».
Préparation des esprits
Maintenant, au sujet de la préparation des esprits, on peut lire dans la revue nationale stratégique 2025 que la France s’apprête matériellement à affronter un monde plus incertain, la guerre n’étant plus une hypothèse lointaine, mais une éventualité qu’il faut pouvoir prévenir et à laquelle il conviendra de faire face. La défense n’est ainsi plus le domaine réservé des armées, mais concerne chaque citoyen, appelé à contribuer à la résilience collective. « La France doit se préparer à l’hypothèse d’un engagement majeur de haute intensité dans le voisinage de l’Europe à l’horizon 2027-2030 ».
Monsieur Macron indique en substance : « jamais la liberté n’a été si menacée depuis 1945, la mobilisation interministérielle est essentielle à la défense nationale, chacun doit être à son poste de combat, Il faut une France unie et résiliente : contribuer au réarmement moral de la Nation pour faire face aux crises ».
Le général Fabien Mandon (chef d’état-major des armées) déclare : « Pour que le pays soit prêt dans trois ou quatre ans, il va falloir accepter le risque de perdre des enfants, de souffrir économiquement. »
Dans le même ordre d’idées, nous pouvons lire dans le guide « Tous responsables » diffusé par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) : « Préparez-vous à faire face : vous et vos proches pourriez être amenés à faire face à une situation dans laquelle le fonctionnement ordinaire de la société serait perturbé »
Réarmement
Enfin, nous observons un essor notable du réarmement. L’institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) indique dans un communiqué de décembre 2025 que les 100 plus grandes firmes d’armement ont vendu pour 679 milliards de dollars d’armes et de services à caractère militaire en 2024, enregistrant une augmentation record de 5,9 %. Presque toutes les régions du monde sont par ailleurs concernées par cette progression. Dans une autre déclaration de juin 2025, le SIPRI précise également que les arsenaux nucléaires mondiaux s’agrandissent, engageant une nouvelle course aux armements atomiques dangereuse, à un moment où les régimes de contrôle sont gravement affaiblis.
En Europe seulement, Parmi les 26 entreprises figurant dans le Top cent, 23 ont vu leur chiffre d’affaires combiné croître de 13 %. Dans le rapport au parlement sur les exportations d’armes de la France en 2025, on constate que le pays se positionne au rang de deuxième nation exportatrice mondiale, ayant presque triplé ses exports majeurs vers d’autres États européens entre 2015-2019 et 2020-2024. 2024 est d’ailleurs une année exceptionnelle pour les exportations d’armes françaises avec 21,6 milliards d’euros de prises de commandes, dont certaines concernant des pièces détachées pour des systèmes d’armes à destination d’Israël en vue de son action à Gaza.
Nous ne sommes plus dans les années 30
Face à ces constats, des voix commencent à se faire entendre en faveur de la paix. Elles sont vite critiquées au prétexte qu’elles s’apparenteraient aux réflexes pacifistes des années 30 qui n’ont en rien empêché l’invasion de l’Allemagne nazie et toutes les horreurs qui s’en sont suivies.
C’est oublier que de nombreux points diffèrent entre la situation de l’entre-deux-guerres et ce qui se passe actuellement. Aujourd’hui, l’Europe forme, malgré ses divisions internes, un bloc uni allié à l’OTAN. La Russie n’a plus la puissance économique de l’ex-URSS, son économie dépend fortement de ses exportations d’hydrocarbures. La Chine, bien que favorable à la Russie, ne la soutient pas sans limites. Le conflit en Ukraine a immédiatement déclenché une réaction internationale. Le régime de Poutine est autoritaire, nationaliste et répressif, mais il ne repose pas sur une idéologie comparable au nazisme. Par ailleurs, ce régime semble plutôt préférer la guerre hybride avec des cyberattaques, ou de l’ingérence électorale. Enfin, comme nous l’avons vu, on observe une nette tendance au réarmement se voulant dissuasive. Le risque d’un conflit étendu en Europe n’est toutefois pas à sous-estimer, sans compter que la propagande et la désinformation introduites par tous les camps peuvent diviser les opinions publiques sur ce point.
Quoi qu’il en soit, tout cela n’est pas le sujet.
C’est d’une autre approche du problème dont il va être question maintenant : Le développement d’un pacifisme souhaitant défendre la paix en tant que valeur supérieure aux nations, la guerre étant un échec de l’humanité, quelles qu’en soient les raisons. Les motifs ne sont ici ni nationaux ni idéologiques. La violence est refusée bilatéralement. Dans un conflit il n’y a souvent que deux bandes de cons qui se battent et des innocents au milieu de la bagarre qui se prennent des coups.

Le pacifisme
De nombreux penseurs se sont engagés dans cette voie.
Alain (Émile Chartier) « La guerre est la plus grande des hontes humaines. Rien ne justifie la guerre ; elle est toujours signe de folie. Le citoyen doit tout faire pour l’empêcher. La guerre, c’est l’échec de la raison ; elle met les hommes à genoux devant la force », « ne point croire, par un abus d’obéissance, qu’une guerre est ou était inévitable ».
Jaurès « on ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre »
Simone Weil prône la résistance à toute forme d’obéissance aveugle « Il n’y a qu’un seul devoir : ne pas servir de moyen à rien. Même pas à la patrie. Même pas au bien public »
Pour Jean Giono, « La guerre est toujours une défaite. Celui qui gagne a perdu autant que celui qui a perdu »
Albert Einstein : « la pire des créations, celle des masses armées, du régime militaire, que je hais ! Je méprise profondément celui qui peut, avec plaisir, marcher, en rangs et formations, derrière une musique : ce ne peut être que par erreur qu’il a reçu un cerveau ; une moelle épinière lui suffirait amplement. On devrait, aussi rapidement que possible, faire disparaître cette honte de la civilisation. », « L’héroïsme sur commandement, les voies de fait stupides, le fâcheux esprit de nationalisme, combien je hais tout cela ! combien la guerre me paraît ignoble et méprisable ! J’aimerais mieux me laisser couper en morceaux que de participer à un acte aussi misérable. »
C’est maintenant la naïveté de tels propos qui sera mise en avant par les gens « sérieux ». Mais n’est-il pas non moins naïf de croire qu’une victoire militaire peut créer une paix durable ? L’histoire nous prouve plutôt le contraire. Cette même histoire nous fournit, par contre, quelques exemples où la non-violence a pu se révéler efficace contre des agressions. Ce fut le cas, entre autres, en Inde avec Gandhi face au colonialisme britannique. Ensuite, le pacifisme intégral n’est pas lâche. Il implique le courage de résister à l’ordre de tuer et peut déboucher sur des attitudes telles que la désobéissance civile, la résistance morale ou le refus de collaborer. Par ailleurs, une vision moins radicale peut tolérer une réponse armée défensive si tous les recours ont échoué et à condition qu’elle soit proportionnée et limitée. Et, oui, il faut une certaine détermination pour s’opposer à une guerre. À titre d’exemple, on peut évoquer les membres du mouvement Vesna, comme Anna Arkhipova, qui rêvent d’une autre Russie et ont protesté contre « l’opération spéciale » en Ukraine. Six militants ont été arrêtés au printemps 2023 et sont toujours en détention provisoire, risquant jusqu’à quinze ans de prison. On pourrait également parler des refuzniks israéliens qui refusent d’accomplir leur service militaire obligatoire et subissent des sanctions qui se sont durcies récemment avec des peines d’emprisonnement allongées et une ostracisation sociale se traduisant par des accusations de trahison, des menaces ou même de l’agressivité, le tout conduisant à un isolement face à une opinion publique de plus en plus radicalisée.
Sur ce point, il faut malgré tout rester conscient que la non-violence est plutôt impuissante sur le court terme face à un oppresseur irrationnel. Elle ne peut produire des effets qu’avec le temps, et dans certaines circonstances celui-ci est compté.
Puis viendront les phrases toutes faites telles que « si tu veux la paix, prépare la guerre » qui démontreraient l’intérêt de la dissuasion par la force. Parfois, effectivement, cette attitude se révèle efficace. Ce fut le cas durant la guerre froide avec la crise des missiles de Cuba, par exemple, ou avec la Grande-Bretagne du 19e siècle qui a su empêcher l’invasion napoléonienne en développant une grande supériorité navale. Mais dans des circonstances différentes, comme avant la Première Guerre mondiale, pour plusieurs raisons, ce principe n’a pas fonctionné. D’abord le risque d’escalade ; la préparation militaire d’un camp incite ses voisins à faire de même. Chaque partie peut ensuite interpréter les préparatifs de l’autre sous forme de menace. Cela s’est produit avec la mobilisation russe de 1914, qui, bien que défensive dans son intention (soutenir la Serbie), a été prise pour une provocation par l’Allemagne. La logique des alliances et les plans stratégiques de l’époque ont fini par précipiter le conflit. Enfin, ces préparatifs militaires peuvent être justifiés par l’idée de défense, puis, finalement, servir des visées expansionnistes.
C’est donc avant qu’elle n’éclate qu’il faut combattre la guerre. Une fois celle-ci engagée, l’action armée devient, hélas, souvent incontournable. Il est trop tard et les pires crimes sont possibles, acceptés, voire glorifiés et récompensés. Pensons à ce qui s’est passé à Gaza où de nombreux innocents, femmes et enfants compris, ont été exterminés. À ce qui se déroule au Soudan avec, entre autres, l’utilisation du viol comme arme de combat, et souvenons-nous d’Oradour-sur-Glanes ou de Babi Yar. Et, parlant de dissuasion nucléaire, n’oublions pas Hiroshima et Nagasaki…
Le pacifisme est dans ce cas un outil proactif fondamental, sachant que la préparation militaire développe l’esprit d’agression avant le désir de paix. Une éducation à la non-violence est alors nécessaire afin de guider les citoyens contre les nationalismes belliqueux. Les oiseaux ne se heurtent pas à nos frontières, et, en dépit de toutes nos différences, nous pourrions nous accoupler joyeusement entre humains, quelles que soient nos origines, et même en avoir des enfants. Et cela fonctionnerait, car nous appartenons tous à l’unique espèce des Homo Sapiens qui occupe, avec d’autres, la toute petite planète Terre, minuscule îlot de vie dans un univers hostile, froid et indifférent. Les idéaux ou les intérêts pour lesquels certains d’entre nous sont prêts à se battre ne méritent alors pas la mort d’un seul homme. La vie est immensément plus précieuse que nos idées, même si ce sont elles qui forgent notre monde.
Dès lors, demandons-nous comment les peuples acceptent d’entrer dans des conflits meurtriers. Vient d’abord la propagande, comme le montre Chomsky dans « la fabrique du consentement », avec des médias alignés sur des idéologies où l’ennemi sera assimilé à une menace existentielle. Puis arrive le nationalisme avec l’union sacrée. L’hypocrisie avec des « opérations » qui ne seraient pas des guerres. L’emploi de technologies qui rendraient l’affrontement supportable via des « frappes chirurgicales ». Les dirigeants peuvent ensuite jouer sur les peurs et les émotions en faisant de la sécurité une situation indissociable du ralliement au groupe. Les techniques sont manifestement nombreuses et variées pour conduire des peuples à s’étriper. Ceux-ci tolèrent finalement, sans doute, à leur tête des chefs à qui ils feraient mieux de donner des vacances. Ils adoptent aussi certains idéaux qu’il serait judicieux d’envoyer aux oubliettes. Ainsi, pour rejeter la guerre avant qu’elle ne se produise il est nécessaire de combattre les idées mortifères comme le nationalisme, le racisme, tout suprémacisme, toute forme d’extrémisme violent et de toujours miser sur la dignité humaine.
La radicalité
Alors, oui, je refuse le discours ambiant qui veut nous préparer, sans le dire vraiment, à « y retourner comme en 14 ». Les deux boucheries injustifiables du 20e siècle autant que ce qui se déroule aujourd’hui sous nos yeux dans le monde ne suffisent-ils pas ?
Faut-il plus de sang pour abreuver nos sillons ?
Je refuse ce discours afin de défendre mon humanité. Et j’entends, une fois encore, les gens « sérieux » qui vont affirmer que la nature humaine est ainsi faite et que personne n’y peut rien. Ce serait inscrit dans les lois de l’univers : l’homme ne peut que se battre, souhaiter davantage de pouvoir, de fortune et accessoirement de sexe. L’évolution nous imposerait la compétition permanente. Ceux qui penseraient autrement ne seraient que des enfants naïfs vivant dans un monde de licornes. Eh bien, non ! tout cela est en partie faux, et correspond à un fantasme. N’oublions pas que cet univers est le nôtre, il ne tient qu’à nous de le rendre meilleur, nous en avons d’ailleurs la responsabilité.
Alors, si l’objectif est de changer le monde, l’attitude pacifiste est peut-être une utopie. Mais s’il est question de se changer soi-même pour tendre vers l’exemplarité, ce n’est pas le cas. Cela implique simplement l’élaboration d’une éthique individuelle. En cas de conflit, l’important sera de savoir comment se comporter dignement selon cette déontologie choisie. Dans ce cas, il n’y a ni règle, ni jugement et une seule exigence : « comment toujours défendre et conserver mon humanité et ma dignité » ? Cette façon de voir est celle qui nous rend libres des croyances, des dogmes, des idéologies et des déterminismes incontournables. C’est celle aussi où s’exprime la responsabilité que nous avons dans la construction de notre contexte de vie.
En conclusion, je commencerai par reprendre les propos que Céline fait tenir à son héros dans « Voyage au bout de la nuit ». « Je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle… seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, et c’est moi qui ai raison.
— Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger…
— Alors vivent les fous et les lâches ! »
Et je terminerai avec l’un de mes propres textes : Éternités.
Ils brûlent, cassent, torturent déciment de guerres tout le monde,
Ils affament, mises à mort les larmes, au néant noir.
Ils avancent plus nombreux, partout autour aux acclamations,
Ils sont de métal, froids, combattants sans peur très forts.
Ils dictent la loi de mort aux cendres obscures.
Oui, mais la fleur si belle au chant des oiseaux du matin,
au soleil de rosée, à la mer d’écume, aux nuages de l’orage,
à la chaleur de l’été, la pluie d’automne, le vent d’hiver.
Et quand elle s’ouvre en naissance aux brumes lumineuses du printemps.
Oui, mais tout l’amour.
Des conneries à poètes ridicules, des histoires aux gamins ?
Et dans la violence, le sang, les hurlements d’émeutes aux agressions,
Je voudrais être la force de l’enfant, le courage de crier :
“N’écrasez pas la fleur, elle a même pas d’épines,
juste besoin d’être aimée avant de disparaître là où on ne sait pas…”.
Je voudrais être l’audace de faire un bouquet pour maman,
De dire “Je t’aime”, dans les flammes fureur des grands hommes trop sérieux.
Je voudrais le bonheur de ne jamais penser autrement,
et garder le choix de ne pas me battre.
Toute la science et la puissance à être paisible.
Et tant pis si je suis montré du doigt, et tant pis si on dit “la vie c’est pas comme ça”.
Je voudrais juste essayer d’aimer.
Rire simplement, et encore toujours dire que c’est beau.
Alors, sur une question telle que celle de la guerre, il est temps de se placer résolument dans l’optique de l’humanisme au détriment d’un réalisme soi-disant adulte et responsable. En effet, notre réel n’a rien d’inéluctable et ne dépend que de nous. Ainsi, comme le dit Montaigne, « si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs ».
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