Le Loup et le Hibou
Le Loup et le Hibou
Par une nuit d’orage,
aux confins de la plaine,
un jeune Loup chargé de doutes
avançait avec peine.
Le ciel grondait si fort qu'à chacun de ses pas
Il craignait qu'autour de lui le monde ne s’écroulât.
Là, perché sur un vieux tronc,
solitaire et sans peur,
un Hibou contemplait gaiment
la fureur et l’ardeur.
Vents déchaînés, pluies noires et éclairs indomptés :
Rien ne semblait troubler sa paix.
Le loup alors intrigué, l’interpella, le regard tourmenté :
— « Dis-moi, sage oiseau, comment peux-tu rester ainsi quand la tempête hurle et menace d’emporter jusqu’aux plus forts d’entre nous ?
Moi, je tremble, parfois je ploie et souvent je recule,
car ce tumulte m’effraie, me heurte et me bouscule.
Et toi, tu regardes l’orage
comme on regarde un doux paysage.
Alors dis-moi, Hibou,
quel secret te tient encore debout ? »
Le Hibou, à la fois surpris et amusé,
lui répondit d’un ton léger :
— « Jeune Loup, la tempête n’emporte que ceux qui s’y opposent. »
Puis il secoua ses plumes trempées
avant de pousuivre joyeusement :
— « Regarde-moi donc !
Si la tempête est, le vent je suis !
Au cœur du trouble je danse,
au son du chaos je m’élance.
Quand le monde vacille
j’ouvre grand mes ailes
pour épouser le ciel ,
pour toucher l’essentiel.
En chaque tempête j’entends une promesse.
Dans chaque orage je goûte une ivresse.
Alors lorsque le ciel gronde
je vole encore
et quand tout s’effondre, je ris,
et je m’élève plus fort. »
Le Loup, troublé, hésita un instant,
partagé entre désarroi et confusion :
— « Ne serait-il plus sage, répondit il, de t’abriter au creux de ton nid, loin du danger des intempéries ? »
Le Hibou tourna lentement la tête,
un léger sourire dans le regard.
Il replia ses ailes, frôlant le tronc avec délicatesse,
et laissa le vent glisser entre ses plumes :
— « Mon ami, la vie n’est point un nid, dit le sage, mais un souffle changeant.
Tantôt elle est rage, tantôt calme apaisant.
Parfois elle est séisme, incendie ou fracas,
mais jamais elle ne sera
ce qui nous cloue ici-bas.
Accueille donc l’instant promptement
fût-il rude ou farouche
car c’est en cueillant la peur
que le courage éclôt comme une fleur.
Ainsi, Loup, je te dirai simplement :
Observe donc le vent, qui jamais ne fléchit.
Il peut plier, heurter montagnes et forêts ;
Mais jamais il ne se rompt
car toujours, par quelques détours,
il retrouve son serment. »
Le Loup demeura figé, frappé par ces paroles.
Les oreilles dressées, il en pesa le rôle.
Quand, soudainement, une étrange chaleur lui monta au cœur.
Alors il ferma les yeux,
sentit le vent battre sa fourrure,
et pour la première fois de son existence
il cessa de lutter.
Plein de gratitude
pour l'Oiseau aux conseils avisés
il salua bien bas le Maître ailé
puis reprit son chemin,
le pas plus léger.
« La vraie force n’est pas dans l’affrontement, mais dans l’art de changer de pas sans perdre son élan. »
— Yaël Emerald

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