La ligne de lumière
À son réveil, elle sentit, sous la plante de son pied nu, une texture humide qui n’appartenait à aucun tapis de la maison, et elle comprit, avant même de regarder, qu’elle ne reconnaissait plus rien, ni le couloir, ni l’odeur lourde et close qui imprégnait l’air, ni ce silence particulier qui n’était pas le sien, qui n’avait jamais été le sien.
Elle regagna le lit dans le noir, vite, sans courir parce que courir aurait signifié qu’elle avait compris, et elle ne voulait pas encore avoir compris. Ses mains trouvèrent la couette par réflexe, ce geste automatique et enfantin de se couvrir jusqu’au menton, de disparaître dans l’épaisseur du tissu comme si l’obscurité sous les draps valait mieux que l’autre.
Elle ne se souvenait pas de s’être endormie ici.
Les pas dans le couloir étaient lents, réguliers, avec cette assurance tranquille de celui qui connaît chaque centimètre de l’endroit où il marche, qui ne cherche pas son chemin parce qu’il n’en a pas besoin. Ils se rapprochaient sans se presser, et c’était cela le pire, cette absence totale d’urgence, comme si le temps ne comptait plus pour personne ici, sauf pour elle.
Elle retint son souffle.
Sous la porte, une ligne de lumière apparut.
Elle ferma les yeux si fort qu’elle douta retrouver un jour la force de les rouvrir.

Ce texte est né du défi #PanodysseySpark de la semaine et dont la consigne était :
« Elle a senti, sous la plante de son pied nu, une texture humide qui n’appartenait à aucun tapis de la maison, et elle a compris, avant même de regarder, que… »
Photo : lalesh aldarwish @ Pexels.
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