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Plis secrets
Fiction
Adventure
calendar Veröffentlicht am 28, März, 2026
calendar Aktualisiert am 28, März, 2026
time 19 min

Plis secrets

Pleine lune, le bateau se balançait sous les étoiles, voguant doucement dans le caniveau encore alimenté par la pluie, tombée tout au long de la journée.


La nuit était fraîche. Il releva son col, remonta la fermeture éclair de sa veste et tira une bouffée sur sa cigarette. Le bateau naviguait doucement. Il se mit machinalement à le suivre et contourna deux filles qui se tenaient là, au bord du trottoir, à discuter avec animation. Il n’avait qu’une envie : se retrouver au calme dans son appartement.


Il leva les yeux au ciel et admira la clarté des étoiles dans la nuit. Sur sa droite, un chat sauta habilement sur différents appuis pour rejoindre un balcon et entama une escalade gracieuse afin d’atteindre l’étage supérieur. Il poussa une fenêtre entrebâillée et entra dans l’appartement d’un bond délicat.


Impressionné par l’exploit de l’animal, il en avait momentanément oublié son navire et lorsqu’il se pencha sur le caniveau, celui-ci avait disparu. Peut-être était-il tombé dans une bouche d’égout. Décidément, tout lui échappait ce soir, pensa-t-il dans un long soupir. Il tira les dernières bouffées de sa cigarette devant son immeuble et l’écrasa dans le cendrier du hall.


Une fois au lit, il repensa à la soirée qu’il avait passée avec Elle. Ils se connaissaient depuis quelques mois maintenant, et elle lui plaisait bien, beaucoup même ! Ce soir, il avait eu l’impression que quelque chose s’était passé entre eux. Il avait remarqué ses sourires, ses façons adorables de se mordiller les lèvres lorsqu’elle était amusée ou d’ouvrir grand ses yeux lorsqu’il la taquinait… Et puis, il y avait les coups de coude, et de hanche aussi, lorsqu’il avait eu l’avantage au billard. Il avait senti qu’il lui plaisait aussi, que peut-être, quelque chose était possible entre eux. Il aimait tellement sa joie de vivre… Mais ce n’étaient apparemment que des illusions. Il aurait dû remarquer qu’elle était ainsi avec tout le monde : pas vraiment aguicheuse, mais très charmeuse…


Lorsqu’il avait vu l’heure avancée (presque minuit !), il l’avait serrée très fort et lui avait expliqué qu’il commençait tôt le travail le lendemain, et qu’il était temps pour lui de rentrer. C’était elle qui lui avait demandé son numéro ! Il avait alors fouillé ses poches et sorti son paquet de cigarette. Il n’avait rien d’autre sous la main, et les barmen étaient trop occupés pour lui trouver un bloc rapidement. Il avait alors emprunté un stylo qui traînait sur le comptoir, et fixé la dernière cigarette de son paquet sur son oreille. Puis il avait délicatement séparé le papier, argenté d’un côté et blanc de l’autre, qui protégeait les cigarettes dans leur emballage. Mais lorsqu’il eut terminé de marquer son numéro dessus, sa belle compagne de soirée lui avait faussé compagnie. Elle avait trouvé un autre homme pour continuer sa soirée. Après l’avoir attendue quelques instants, dépité, il avait finalement compris son erreur.

Il était temps de rentrer chez lui.


Lorsqu’il s’était retrouvé dehors, il avait allumé sa cigarette et avait réalisé qu’il avait toujours son papier à la main. Il l’avait plié en deux puis encore en deux et avait ensuite pris les coins… Le petit bout de feuille s’était transformé sous ses doigts en un joli petit bateau à coque blanche et voiles argentées. De l’origami, s’était-il dit. C’était une manie. Il fabriquait parfois des grenouilles, des cocottes,… Et des bateaux, avec les bouts de papier qu’il avait sous la main, lorsqu’il était absorbé dans ses pensées. Il n’était pas vraiment doué, mais cette habitude de manipuler quelque chose lorsqu’il réfléchissait l’aidait à se concentrer.

Il avait pris sa cigarette entre ses doigts et avait examiné le bateau. Il était tout mignon. Il méritait bien un petit voyage !

Il s’était approché du caniveau et avait délicatement déposé la frêle embarcation sur le mince filet d’eau.

Puis il l’avait regardé s’éloigner et avait suivi la même direction afin de rentrer chez lui. Il avait dû contourner les deux filles qui gesticulaient sur le trottoir, et le chat avait attiré son attention. Et lorsqu’il s’était souvenu du bateau, celui-ci avait disparu. Comme la fille…


Décidément, ce soir, il se torturait l’esprit ! Mais il avait vraiment espéré… Quelque chose ! Parce que s’il était vraiment honnête avec lui-même, il réaliserait qu’il souffrait surtout de la solitude. Cette fille n’était sans doute pas la bonne… Et s’il devait un jour trouver celle qui lui conviendrait, une fille joyeuse elle aussi, il fallait d’abord qu’il soit prêt à la rencontrer, et pas sur le point de tomber amoureux de la première venue qui lui ferait un sourire ! Pas dans cet état d’esprit pitoyable ! Quelle fille s’intéresserait à un pauvre type qui s’attache uniquement dans l’espoir d’avoir une vie plus agréable ? Encore fallait-il avoir quelque chose à offrir… Et pour le moment, rien ne lui venait à l’esprit : depuis quelque temps, il n’avait jamais vraiment envie de rien, ne s’intéressait plus vraiment aux autres, n’était même plus drôle,… Il se focalisait sur lui-même et sur sa situation sentimentale désastreuse. Il se détesta et prit sur-le-champ la décision de ne plus penser à tout cela. Ni à son désir de partager sa vie, ni à aucune fille d’ailleurs !



Le lendemain, au cours de la matinée, il reçut un message pour le moins énigmatique : « Ton bateau est arrivé à bon port ».

Sur le coup, il crut à une erreur, mais il se souvint soudainement de son petit navire. Intrigué, il répondit au message :

— Vous avez trouvé mon bateau ?

— Oui ! Je l’ai sauvé in extremis du gouffre des égouts !

— Ah ! D’accord.

Il ne savait qu’ajouter alors il se remit au travail.


À la pause-déjeuner, il découvrit un nouveau message : « Comme il avait pris un peu l’eau, je l’ai d’abord laissé sécher. Je l’ai retrouvé ce matin et j’ai déplié les bords pour découvrir de quel bois il était fait. »

Ne sachant toujours pas quoi répondre, il laissa le message sans réplique. Mais deux autres petits mots l’attendaient à la pause de l’après-midi. Le premier disait : « Je voulais apprendre à faire d’aussi jolis voiliers. » Et le second expliquait : « J’ai alors découvert ton numéro noté au dos du papier… Ça m’a fait penser aux immatriculations des bateaux ! »

Il répondit alors :

— Ok ! Je suis content que ma petite création ait fait plaisir à quelqu’un.

— Oui, tout à fait. Merci !



Le soir même, alors qu’il jouait sur son téléphone devant une émission sans intérêt à la TV, il reçut un nouveau SMS, mais d’un autre numéro inconnu : « L’avion a atterri sans dommage dans mon pot de géraniums ! »

Il comprit tout de suite le lien entre l’avion et son bateau, et envoya le message en copier-coller à celui, ou celle, qui l’avait trouvé en premier. Il attendit jusqu’au coucher, mais son message resta sans réponse.



Les jours se ressemblaient, alternant les temps de travail et les temps de pause. Puis, trois jours plus tard, il reçut un nouveau message, d’un nouveau numéro inconnu : « J’ai trouvé votre grenouille dans la boite de géolocalisation. Je vais moi aussi l’aider à voyager ! ». Cette fois-ci, le message était pour le moins énigmatique ! Il le fit suivre, comme le précédent, à la personne qui était à l’origine de toute cette histoire, celle qui avait trouvé son bateau. Qu’avait-elle fait pour susciter cet engouement ? Quelle drôle d’aventure ! Il était intrigué maintenant. Il avait quelques questions à lui poser ! Mais son mystérieux interlocuteur ne répondit pas.



Le temps passa. Il n’avait pas oublié cette histoire. Elle lui trottait dans la tête chaque jour pendant des heures. Pourtant, pour avoir ses réponses, il n’avait qu’à prendre son téléphone et à relancer la personne en lui renvoyant un message. Il pouvait l’appeler, et même, sans réponse de sa part, écouter son répondeur. Peut-être qu’il n’apprendrait rien, ou peut-être aussi qu’il aurait son nom.

Mais à quoi bon. Quel en serait l’intérêt ? Cette petite aventure par objet interposé avait un côté mystérieux et enchanteur. Pourquoi tout gâcher ? Et que lui apporterait le fait de savoir le nom de cette personne ?

Bref, il essayait de ne plus penser à son bateau. Il se concentrait sur son travail et se reconnectait avec lui-même, évitant les lieux de rencontres tant qu’il le pouvait. Il apprivoisait sa solitude et tentait d’éviter de briser le fragile équilibre qu’il avait tant bien que mal réussi à construire dans son quotidien.



Mais un matin, un nouveau message arriva. Il provenait encore d’un numéro inconnu. « Je ne sais pas faire les pliages comme vous alors je vais intégrer votre fleur en papier dans le dessin de mon fils et nous la ferons voyager nous aussi ! »

Il éprouva une joie qu’il ne s’expliquait pas et s’empressa de faire suivre le message, toujours à son premier interlocuteur.


Et en fin de journée, il reçut un autre petit mot, d’un nouvel envoyeur : « J’ai trouvé le joli dessin dans le train ! Je dois prendre l’avion. Je l’emmène avec moi ! ». Une photo d’un lys en papier intégré à un dessin d’enfant et posé sur un siège accompagnait le texte. Il transféra à nouveau le message, accompagné de sa photo, sans plus attendre de réponse.


C’était énorme ! Exceptionnel ! Tous ces gens qui faisaient voyager son petit bout de papier… Et lui seul était au courant de toutes les péripéties qu’avait dû connaître son bateau miniature ! Enfin, lui seul pouvait les imaginer ! Quel dommage !

Il résolut alors de réunir tous les messages qu’il avait reçu et ceux qu’il espérait encore recevoir afin de les présenter sur une page internet, avant d’envoyer le lien à tous ceux qui l’avaient contacté !

En sortant du travail, il se rendit au bar où l’histoire de son bateau en origami avait commencé et s’installa à une table avec son PC portable.

Il relisait les quelques lignes d’introduction qu’il avait rédigées lorsque quelqu’un déposa quelque chose sur le coin de sa table avant de s’éclipser.

Il crut d’abord que le serveur avait déposé un sucre supplémentaire pour son café et il leva la tête pour le remercier, mais il était déjà parti. Il vit alors que ce n’était pas un sucre, mais un minuscule bateau en papier !

Il tourna la tête, la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés, à la recherche de la personne qui avait déposé le bateau, et croisa le regard d’une jolie fille. À son sourire, il comprit que c’était elle qui avait déposé le petit objet. Et il la reconnut. Elle était son amour d’adolescence ! Ils s’étaient perdus de vue après le lycée. Elle avait rencontré un mec qu’il n’aimait pas du tout, du genre très jaloux, et ils n’avaient pas pu garder contact. Ils étaient partis pour leurs études et la voilà, qui se tenait là, dans le bar, juste devant lui ! Quelle surprise ! Il se leva, fit quelques pas vers elle et la serra brièvement dans ses bras avant de lui demander :

— Mince, il n’est pas là ? Il ne va pas être jaloux ?

— Oh ! Si tu parles de mon ex, ça fait quelques mois déjà qu’il n’est plus là ! dit-elle en riant. Ça fait un moment que je suis de retour. J’attendais de te croiser !

— Mais tu aurais dû me contacter !

— C’est ce que j’ai fait, mais tu n’étais pas très… Réceptif !

— Mais j’ai changé de numéro depuis le temps ! Je n’ai pas reçu…

— Si, si ! lui dit-elle d’un air amusé. Je peux m’asseoir avec toi ? l’interrogea-t-elle en prenant ses affaires sur la banquette sans même attendre sa réponse.

— Évidemment ! T’imagines pas à quel point je suis heureux de te voir, lui dit-il sincèrement en regrettant déjà sa réponse trop impulsive. Et, pour masquer sa gêne, il enchaîna :

— Tu ne devineras jamais ce que je suis en train de faire…

— Raconte ? L’enjoignit-elle, un sourire aux lèvres.

— Attends, va commander à boire et mets ton verre sur ma note. Je termine ça et je te raconte tout.


Il termina son paragraphe, et lorsque son amie fut enfin installée à son côté, il lui expliqua comment, lui, introverti et discret, se retrouvait au cœur d’une aventure qui l’avait ramené à ce bar. Il voulait raconter l’histoire d’un bateau qui avait traversé des rigoles, des mers, des airs, et même des rails ! Et il voulait partager ce récit avec ceux qui avaient participé à l’aventure, et pourquoi pas, à tous les autres habitants de la Terre !


Elle semblait réellement intéressée et s’amusait de son excitation. Elle l’arrêta soudain d’un geste de la main et lui annonça qu’elle avait un aveu à lui faire. Elle était au courant de toute l’histoire parce qu’il l’en avait déjà lui-même informée ! Et lorsqu’il prit son air incrédule, elle lui raconta comment il l’avait évitée ce soir-là, devant le bar, tandis qu’elle faisait son grand retour, alors qu’elle avait été accaparée par son amie, heureuse de la retrouver. Elle l’avait vu déposer quelque chose dans le caniveau et n’avait pas eu le temps de l’interpeller quand il était parti en suivant l’objet. Elle avait terminé sa conversation et avait tenté de le rattraper, mais elle n’avait finalement trouvé que le bateau, ralenti par une feuille, et l’avait attrapé juste avant qu’il ne tombe dans une bouche d’égout. Peut-être même l’avait-elle sauvé du clown Pennywise de Stephen King ?! Après un clin d’œil, elle avait ajouté qu’elle avait remarqué son air triste lorsqu’il avait commencé à suivre son petit voilier.

— Mais non ! Alors c’était toi les messages ?

— Oui, c’était moi !

— Et pourquoi tu n’as rien dit ?

— Parce que tu n’avais pas l’air en forme et parce que tu ne semblais pas intéressé. J’ai simplement attendu de te croiser à nouveau ! Je viens là presque tous les jours depuis, avoua-t-elle en rougissant adorablement.

Il fit semblant de ne pas avoir remarqué le rose qui lui était monté aux joues et se concentra sur l’histoire du bateau…

— Et pourquoi… Tout ça ? demanda-t-il en désignant à la fois son histoire à demi rédigée sur l’écran et le minuscule objet qui trônait maintenant sur son clavier.

— Au début, j’ai juste récupéré le petit bateau et je l’ai fait sécher. Et puis j’ai découvert ton numéro. Je voulais attirer ton attention… Mais ça n’a pas été très efficace ! Je l’ai ensuite collé sur une grande feuille et transformé en avion. Et ensuite, je l’ai envoyé de mon balcon !

Elle était trop mignonne, toute fière d’elle...

— D’accord. Mais les autres messages… ?

— J’y viens ! Impatient ! lui dit-elle en le poussant du coude. J’ai remis ton numéro et ajouté mes instructions : « Si tu me trouves, envoie un petit mot à ce numéro et indique où tu m’as trouvé. Renforce-moi ou transforme-moi si besoin, et fais-moi voyager le plus loin possible ! » Et voilà !

— T’es folle, lui annonça-t-il. Et comment as-tu eu cette idée ?

— Ben, je ne sais pas. C’était amusant. Mais je n’aurais pas imaginé que ça irait aussi loin ! Et comme tu n’étais pas très bavard au départ, j’ai laissé traîner jusqu’à maintenant. J’attendais de te croiser, de voir ta tête pendant que je te raconterais ! Je ne m’attendais pas à ce que ça soit finalement toi qui me racontes !


Ils terminèrent le texte relatant l’histoire de leur avion ensemble et ne quittèrent le bar qu’à la nuit tombée… La lune n’était pas pleine, mais les étoiles brillaient, et ils s’en allaient voguant, comme leur bateau, ensemble, vers de nouveaux horizons…



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