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La fuite
Fiction
Adventure
calendar Veröffentlicht am 10, Apr., 2026
calendar Aktualisiert am 10, Apr., 2026
time 9 min

La fuite

Route 30, Nord de Saint-Gabriel, Louisiane


Vendredi 19 septembre 1980, 22h00


Ça fait maintenant une vingtaine de minutes que je roule vers le nord, les mains crispées sur le volant. J’ai quitté le bar par la route 30, en direction de Bâton-Rouge, sans trop réfléchir à ma destination. Je viens de passer au niveau du bayou Elbow et je remarque les lumières bleues dans mon rétroviseur. Elles se rapprochent rapidement. La voiture devait être planquée derrière un panneau publicitaire, je ne l’ai pas repérée. Je jette un coup d’œil furtif au compteur : « merde, soixante-dix ! » Je n’ai vraiment pas besoin de ça.


Les phares sont maintenant juste derrière moi, la sirène hurle dans l’habitacle. Je me range sur le bas-côté et j’attends sagement derrière le volant. Dans le miroir, j’observe l’adjoint qui descend et s’approche de moi d’une démarche nonchalante. Je le reconnais, c’est Frankie. Frank Chance, je le connais bien, on a fréquenté le même collège à Lafayette. On a même flirté un peu plus tard, mais je n’ai pas voulu aller plus loin. Depuis, Frankie me bat froid. Il passe souvent au bar, mais j’essaie de l’éviter.


— Tiens, tiens, qui voilà ? demande le policier. Ce serait pas Jenny Boudreaux qui vient de passer devant moi à plus de soixante-dix à l’heure ? Et cette voiture, on dirait bien que c’est pas la tienne.

— Salut Frankie, tu sais bien que je n’ai pas de voiture.

— Ouais, on dirait bien la vieille poubelle de Billy. Oui, c’est ça, une Jeep Wagoneer de 1970, il n’y en a plus beaucoup dans le secteur. Surtout avec un sticker Vote Carter sur le pare-chocs. Il a le sens de l’humour Billy, pas vrai ?

— J’avais besoin de rentrer chez moi rapidement, je ne pouvais pas attendre le bus.

— Et Billy t’a gentiment dit : « bien sûr ma chérie, prends ma voiture ! »

— Non, pas tout à fait, mais je sais qu’il n’en a pas besoin, il habite au-dessus du bar. Je la ramènerai demain matin.

— Ce qui est ennuyeux, c’est qu’on a reçu un appel il y a un quart d’heure, un client du bar qui a été blessé. Il a reçu un coup à la tête, il est même salement amoché. Alors, je me disais que tu pourrais peut-être me donner quelques éléments. Commence par sortir de cette voiture, gentiment !


Je n’ai pas d’autre option. Je lâche le volant et je descends de la Jeep.


« Tourne-toi et pose les mains sur le toit. Ecarte les jambes. »


Ce salaud commence à me palper. Les bras d’abord, puis le buste, je sens ses mains qui s’attardent lourdement sur mes seins, ce que je ne lui avais jamais permis avant. Il descend, il insiste plus que nécessaire sur mes cuisses.


« Alors ma belle, quel effet ça te fait, ricane le policier. On aurait pu avoir des bons moments tous les deux. Remarque, ça peut encore se faire. Personne ne sait que je t’ai interceptée sur cette route. »


Qu’est-ce qu’il s’imagine ce gros lourdaud. Dans son uniforme, avec tout son barda sur lui et son chapeau ridicule, il se croit irrésistible. Il est accroupi derrière moi. Je prends un peu d’élan et lui balance ma botte dans le ventre, une belle ruade ! Il tombe sur les fesses, l’air étonné. Je me baisse et arrache son flingue. Je le pointe sur lui.


« Relève-toi, tout doucement, et file-moi les menottes. Pas de conneries, je sais me servir d’un revolver. »


Pour lui montrer ma détermination, je relève le chien. Il tend les mains en avant, l’air implorant.


« Tu fais moins le malin, maintenant ! Les menottes, j’ai dit et retourne à ta voiture, lentement. »


Je lui entrave les poignets sur le volant, puis j’arrache les fils de la radio.


Je désarme le revolver et le glisse dans ma ceinture. L’adrénaline retombe rapidement. Je n’ai plus que quelques minutes devant moi pour foutre le camp, m’éloigner de cet endroit. Oui, mais pour aller où ? On ne tardera pas à retrouver Frankie et tous les flics de Louisiane vont se mettre à me courir après. Je ne peux pas retourner chez moi, c’est le premier endroit où ils vont me chercher. Il me faut fuir, partir le plus loin possible.


Je décide de filer vers le nord, de toute façon, je n’ai pas trop le choix. Je suis coincée par le fleuve d’un côté et la ville de Bâton-Rouge de l’autre. Je roule un peu puis je m’arrête sur un bas-côté isolé. Je fouille dans la voiture et je mets la main sur une vieille carte Rand Mc Nally. La frontière la plus proche est à Norwood, à cinquante miles. Au moins deux heures de route si je veux éviter de traverser la ville. Dans deux heures, je peux être dans le Mississipi. Un coup d’œil à la jauge d’essence, un peu plus de la moitié, ça suffira pour aller jusque-là, mais pas beaucoup plus loin et je n’ai que trente dollars dans mon sac. J’aviserai plus tard, pour le moment, il faut mettre de la distance entre moi et la paroisse d’Iberville.


Je me demande combien de temps il leur faut pour mettre en place des barrages sur les routes. Le temps que Frankie soit en mesure de donner mon signalement, qu’ils le communiquent, en pleine nuit, je dois avoir au moins une heure devant moi. Je prends le risque de rouler jusqu’à l’entrée de la ville, puis je passe le fleuve par le premier pont. Je longe les zones industrielles et je décide de faire un crochet vers l’ouest, pour éviter la route directe, la plus évidente. Je remonte le Mississipi par la rive droite, jusqu’au John James Audubon Bridge. Saint Francisville, Wakefield, je ne suis pas inquiétée. Je roule à une allure raisonnable, mais je ne vois aucun uniforme. Je continue plein nord sur la route 61.


Il est presque une heure du matin quand je franchis la limite de l’État. Je roule encore un quart d’heure avant d’arriver à Woodville, un trou paumé qui porte bien son nom, en plein milieu de la forêt. Je m’arrête à la station-service à l’entrée du bled. J’ai besoin d’aller aux toilettes, de boire un café et de faire le point.


Je me dirige vers le comptoir, un jeune homme lève le nez et pose son livre en me voyant approcher. Je jette un coup d’œil au titre : The Bourne Identity[1]. Je lui demande de m’indiquer les toilettes et la machine à café. Il me fait un geste vague de la main, désignant le fond de la boutique et se replonge dans son bouquin. Quand je ressors, j’ai un peu meilleure mine, j’ai aussi déboutonné le haut de mon chemisier. Je me sers un gobelet d’une boisson brunâtre et reviens vers la caisse.


— Il ne doit pas passer beaucoup de monde par ici, en pleine nuit.

— Ça, vous pouvez le dire, j’ai du mal à ne pas m’endormir. Heureusement que j’ai de la lecture.

— Tu préfèrerais pas être au lit avec ta petite amie ?

— En rêve peut-être, mais ici, ça risque pas d’arriver. Tout le monde se connait, et ma copine, c’est la fille du pasteur !

— Et avec une femme de passage, alors ? Une femme comme moi, ni vu ni connu et je repars ! J’ai juste besoin de dix dollars pour payer l’essence.


En prononçant ces mots, j’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre, d’être dans une autre réalité.




[1] En français : La mémoire dans la peau, de Robert Ludlum



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