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7 mai

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Publié le 14 janv. 2022 Mis à jour le 14 janv. 2022
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7 mai

7h30

Le vent s'est établi et semble stable ce matin. Nord/Nord-Est, force 3. Le bateau a mis son foc1, sa trinquette légère, sa grand voile et sa voile d'artimon. Il gambade à 7 nœuds, léger dans la lumière grise du matin. Les équipiers s'habituent à ce nouveau rythme car les cirés et les bottes sont chronophages. Il faut du temps pour s'habiller, et un peu d'habitude pour enfiler sa tenue de combat quand le bateau gîte et tangue, et tape. C'est la séance de sport, car une fois que tu as réussi à tout mettre, c'est bon, t'es en sueur !

J'ai passé une nuit compliquée à me battre avec mon duvet. Cela faisait longtemps que je dormais seule et le voilà qui arrive, espérant partager mes nuits. J'ai accepté uniquement parce que j'ai froid, je te le jure.

La vie de couple est un combat, et cette nuit, c'était la baston dans la bannette du skipper.

Je regarde Pierre en train de dormir car je le vois de la table à carte et ça n'a pas l'air simple non plus, le retour du duvet.

Petite douche ce matin, et lavage des cheveux. Plus possible d'envisager un brossage, et même si je le fais très rarement, les équipiers m'ont convaincu que là, fallait sévir capillairement. Bientôt, le bonnet sera la cerise sur le gâteau, et plus de problème de cheveux.

Mais je sens bon, mes cheveux sont redevenus raides comme des baguettes de tambour, on dirait une fille.

Magic Cat vient de m'appeler pour me communiquer quelques infos météo, et le bulletin annonce des vents entre 25 et 30 nœuds, je sens l'air frais arriver et ça fait du bien. On va marcher sur les parois, mais plus trop questions de lambiner non plus. Ils veulent l'ambiance Fastnet, ils vont l'avoir pendant 3,4 jours. J'ai du sommeil en réserve, j'ai retrouvé une bonne forme physique, Magic Cat me court au train, et on a tous super envie d’une bière fraîche.

J'ai envie de retrouver une sensation de vraie navigation. Mais ce faible vent en début de transat était finalement le bienvenu, j'étais si fatiguée, et si déçue par les charters des Antilles que j'avais besoin de ce moment un peu différent, une attente revigorante. J'ai de nouveau envie de naviguer, de manœuvrer, de m'occuper du bateau. Et cela me rend joyeuse. Je vais me sentir utile, parce que depuis le début, je suis plutôt animatrice de bord.

 

Oula ! Ça sent le café ! Je te quitte pour le petit déj que j'attends depuis une heure.

 

13h30

Il pleut, il fait gris, il fait froid, il y a du vent.

Météo : vent d'Est, 30 nœuds tournant au Nord-Est demain en mollissant. Une transat au près serré, sans espoir d'être sous spi à 10 nœuds. Je sens bien l'amertume de certains. Ils en ont marre de barrer au près, mais ce regain de vent leur montre la puissance de ce bateau, sa facilité à passer dans une mer de face, et ils se concentrent. Il faut qu'ils gardent ce plaisir de chaque jour, et ne pas attendre que la situation ressemble à celle qu'ils ont imaginé. Je leur ai conseillé de ne rien rater, de garder en tête que seul le présent est à chérir. Et je dis ça en écrivant tous les jours à propos d'un passé merveilleux et d'un futur que j'espère si sensuel. Mais écrire, c'est mon présent. Écrire et naviguer.

Je garde le maximum de toile pour deux raisons. En premier lieu, il faut avancer, et je reste à la limite du max de toile possible. Et en second lieu, les barreurs veulent du sport. Ils s'amusent de devoir cuisiner dans ces conditions un peu musclées. Même pour aller au WC, c'est du sport donc les esprits sont occupés, tout devient éreintant.

Je retrouve les conditions dans lesquelles nous nous sommes connus. En cirés, au près, dans du gris et de la mer. Je n'avais jamais rencontré un homme tel que toi. Je t'ai approché difficilement, et je n'en croyais pas mes yeux quand tu m'accordais du temps, quand tu me souriais, quand tu me regardais. J'ai adoré toutes ces minutes où au milieu de l'eau, sur ce bateau, avec tous ces gens bizarres autour de nous, nous avons réussi a voir les mêmes choses, à avoir envie de goûter la même liberté. Peu m'importe la suite et la fin, qui se fera dans la douleur, j'en suis sûre. Peu importe. Je ne serai plus jamais la même.

C'est marrant cette météo, j'apprends tous les jours. Magic Cat m'envoie des infos météo qu'ils chopent sur internet, et la réalité ne colle jamais. Je le fais désormais avec les équipiers, nous comparons les prévisions avec la réalité. Ils en rigolent tellement les erreurs sont importantes.

Je ne suis pas tacticienne pour un sou, je prends le vent qui vient, je ne cours pas après les dépressions. Mais là, je vais essayer de ne pas me tromper et de rester dans le train de dépressions qui semblent être plus actives que prévu.

Je suis allée jeter un œil sur la fissure du bas-hauban, étant donné que nous sommes bâbord amures. Je l'ai vu bouger, c'est un peu inquiétant. Notre installation semble néanmoins soulager le pont, mais il va falloir ménager le bateau. Je n'ai pas de plan B pour solutionner cette fissure, donc nous passerons le moins de temps possible bâbord amures.

Le téléphone sonne, et mon cœur bondit à chaque fois. Je sais que tu ne vas pas m'appeler, tu travailles, loin, et ton temps ne m'est plus consacré. Fallait pas m'habituer à vouloir être à mes côtes.

Je voudrais monter sur le pont et te trouver en train de siester, ou à la barre, le regard accroché à l'étrave, et te rendre compte que je te regarde, et me sourire. Et je m'approcherai de toi, un café chaud dans la main, et je pourrai t'en proposer, et tu me dirais oui, merci. Et cela me suffirait.

Je tente de nous imaginer ailleurs que sur un voilier, et ailleurs qu'au Brésil. Sur un quai, en Bretagne ou sur un trottoir à Paris, ou dans une calanque à Marseille. Est-ce que je vais être la même à terre? Moi hors contexte, c'est sans doute moins intéressant.

Je relis cette dernière phrase et je me rends compte qu’elle résume si bien tout ce que je suis, et ce que je ne suis pas. Mon manque d'assurance, mon vide intérieur qui transpire quand je suis à terre. Qu'est-ce que je vais t'apporter à terre? Qui suis-je à terre?

Je ne veux pas être un marin à terre, je ne veux pas ressembler à toute cette troupe, qui ne parle que de voile, de départ, de trucs techniques que je ne comprends pas.

Je sens qu'il est temps que je vive autre chose. Te rencontrer, ce n'était pas seulement tomber amoureuse. C'est également être une personne que je n'ai jamais été auparavant. Une femme qui aime un homme. Et je m'accroche à ce sentiment car je veux aller chercher cette liberté.

Cela peut te paraître très commun, ou peut-être très anxiogène, mais tu es mon premier grand amour.

 

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