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6.6 – Quichotte ou Robinson ? 

6.6 – Quichotte ou Robinson ? 

Publié le 13 juil. 2022 Mis à jour le 13 juil. 2022
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6.6 – Quichotte ou Robinson ? 

Lectrices et lecteurs sont par nature des insulaires.
Ils s’installent pour un temps, comme  dans une île, dans le roman qui accapare leur attention.
Mais ce sont aussi des navigateurs, pris par la marée du texte, tantôt poussés au large, tantôt rejetés vers le rivage.

L'imaginaire des îles s'harmonise bien à ce mouvement qui se saisit du lecteur de fictions ballotté entre le monde du texte qu'il lit, et, le contexte du monde dans lequel il est en train de lire, comme balancé entre le monde et la langue qui structure notre vision du monde.

Pour les îles, comme pour les livres, les délimitations naturelles sont toujours un peu ailleurs que sur la terre ferme.
Elles sont plus loin, dans les eaux territoriales, aux confins des réalités et de l'imaginaire.

Les îles, et les voyages d'une île à une autre, dessinent une graphie qui pourrait être la fabuleuse transcription d'une méthode de lecture, une subtile géographie en écho à la double métaphore du monde comme livre et du livre comme monde, qui ainsi deviendrait l'île comme livre et le livre comme île.

Bien au-delà du célébrissime Robinson Crusoé de Daniel Defoe, ou de sa déclinaison par Michel Tournier sous le titre de Vendredi ou les Limbes du Pacifique, nous pouvons penser ici à La Tempête de Shakespeare et à Mardi de Herman Melville.

... île, le livre est aussi une enclave...

Mais île, le livre est aussi une enclave. Et c’est là que les personnages peuvent prendre, dans ce huis clos avec les lecteurs, l’importance qu’ils ont ordinairement à notre insu : celle d’esprits de la nature ou de divinités.
C’est pourquoi, pour pouvoir voyager, le lecteur doit s’affranchir de cette emprise. Il doit pouvoir naviguer dans le livre et librement d’un livre à l’autre, comme un oiseau vole d’un arbre à un autre.

Un autre exemple, avec une île précisément, et sur laquelle nous jouons sur la ligne rouge. Une île et un cachot.
Ne serait-ce pas là aussi une métaphore de la relation du lecteur au livre ?
Dans le petit archipel du Frioul, au large de Marseille, il y a une toute petite île. Cette île est entièrement occupée par un château. Un château qui était également une prison : le Château d'If.
Aujourd'hui nous pouvons le visiter et y voir les cellules d'Edmond Dantès, Comte de Monte-Cristo, et de l'abbé Faria.
Le problème est que le Comte de Monte-Cristo est un personnage imaginé en 1844 par Alexandre Dumas et Auguste Maquet dans leur roman éponyme. Quant à l'abbé Faria, prêtre catholique révolutionnaire, il aurait existé dans la réalité mais n'aurait eu de contacts, ni avec la prison du Château d'If, ni encore moins avec un personnage de fiction tel cet Edmond Dantès.

A Londres, au 221b Baker Street, nous pouvons visiter la maison de Sherlock Holmes. Seulement, Sherlock Holmes est un personnage imaginaire créé par Sir Arthur Conan Doyle. C’est comme si nous pouvions visiter à Paris l’appartement du commissaire Maigret.

Derrière l'exploitation souvent commerciale de la suspension consentie de notre incrédulité, ne pouvons-nous pas voir la poussée d'une véritable pulsion narcissique qui s'originerait dans notre désir de nous projeter au-delà des limites du réel ?

Ne devrions-nous pas alors nous poser la question de savoir si celles et ceux qui rêvent, qui essayent aujourd'hui de voyager dans des fictions, ne seraient finalement pas plus fous que ceux qui jadis pensaient qu'un jour nous pourrions voler dans les airs et voyager dans l'espace ?

Celles et ceux qui aujourd’hui éveillent en eux leurs fictionautes ne seraient-ils pas les filles et les fils spirituels des pionniers de l'aviation ?

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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