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6.18 – Une gueule de fictionaute 

6.18 – Une gueule de fictionaute 

Publié le 26 juil. 2022 Mis à jour le 26 juil. 2022
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6.18 – Une gueule de fictionaute 

Se voir ainsi comme dans un miroir, mais, sans qu'il y ait de miroir, et alors que c'est le texte seul qui dans notre esprit fait miroir.
Être ainsi dans l'image, au-dedans. Se voir dans l'image.
Se ressentir dans le livre.
Retrouver l'image de soi, son image dans le tableau ou dans l'histoire.
Se retrouver dans une élaboration purement imaginaire.
Se projeter volontairement. Projeter son image de soi dans la propre imagerie mentale de sa lecture fictionnelle. Cela, c'est se tenir sur le seuil de la porte du passage d'un monde à un autre.
C'est être en train de naviguer dans le détroit qui conduit d'un océan à un autre.

Ce que nous considérons avec des possessifs, « notre vie », « ma vie » disons-nous tous, serait, pourrait-il être, ce corps-à-corps avec son double fictif ?
Dans son roman La Belle Image, que nous avons déjà évoqué, Marcel Aymé sublime la question du rapport de notre double intérieur au monde : « le monde, écrit-il, feint d'exister, sans autre but que de m'induire en erreur, et si je pouvais me retourner d'une façon assez rapide et inopinée, je ne trouverais derrière moi que le néant… ».

Dès lors, y aurait-il vraiment encore une séparation qui pourrait jouer le rôle d'obstacle entre l'imaginaire et le réel ?
Ou bien ne serait-ce qu'une question de distances ? De juste distance ? Ou bien de niveau de lecture ?
S'éloigner, au point et au risque de ne plus se voir ; ou bien au contraire se rapprocher au point de se fondre dans le monde, au risque de s’y confondre ?

Nous verrons bientôt combien la dimension spatiale est là, dans la lecture d’un roman, essentielle.
Ce n'est pas innocemment que j’utilise le terme de fictionaute. [Suivre ici l'expérience de projection de mon fictionaute...]
En voici une nouvelle définition : un fictionaute est la densification de la part de soi qu'un lecteur de fictions littéraires projette dans ce qu'il lit.
Et une nouvelle approche : c’est un voyageur dans un espace qui travaille à lui façonner une autre réalité, précisément celle qu’il est en mesure d’acquérir dans la fiction qu’il traverse.

Les personnages principaux des romans pourraient eux-mêmes être conçus comme de multiples individuations du fictionaute des auteurs.

Notre challenge est dans ces textes de faire de la lecture littéraire une expérience, non seulement esthétique, mais aussi une expérience mentale et profondément humaine, à même d'influer sur le cours de la vie quotidienne des lectrices et des lecteurs que nous sommes.

Nous pourrions peut-être parvenir par cette voie à humaniser le merveilleux pour émerveiller l'humain, aller habiter l'autre versant de la colline, celui qui est ensoleillé.

Déjà, nous le constatons bien, même pour celles et ceux qui ne lisent pas de romans, nous sommes nombreux à passer davantage de temps dans les fictions que dans le monde réel. Imaginations intimes, séries télévisuelles, jeux vidéo, rêves nocturnes et rêveries diurnes…

Même les découvertes et les inventions qui peuplent notre quotidien sont souvent en fait des fictions qui sont devenues des réalités. Au minimum elles ont été imaginées préalablement à leurs réalisations, et ce plus ou moins longuement.
Nous pouvons aussi supposer que certaines innovations de rupture étaient d'abord des fictions dans l’esprit de leurs concepteurs, et dans ce cas de figure il apparaît alors bien indéniable que de telles fictions peuvent devenir des réalités.

Ce que nous appelons livre n’aurait-il pas été d’abord une fiction pour les lecteurs sur tablettes d’argile ?

Mais comme nous allons le voir dans les prochains textes de cette série c'est dans l'image que nous cheminons et que nous lisons.
Ce peut être l'image mentale affleurant en surimpression des profondeurs d'une fiction littéraire, ou bien celle d'une découverte encore non advenue mais à laquelle nous aspirons, d'une invention que nous imaginons…
Mais c'est là toujours et encore la double métaphore du livre comme monde et du monde comme livre qui est à l’œuvre et qui depuis la lisière du bois nous fait face.

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
Je vous remercie par avance de vous abonner à Retour à Davos ou de "Faire un don" du montant de votre choix pour me soutenir.

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