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5.7 – Casser la glace ? 

5.7 – Casser la glace ? 

Publié le 6 juil. 2022 Mis à jour le 6 juil. 2022
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5.7 – Casser la glace ? 

Parce que la chambre dans laquelle nous avons été conçu nous a symboliquement été interdite d'accès au moment même de notre conception, nous pouvons toujours en compensation imaginer lire dans une chambre ouverte sur l'univers, voire qui pourrait le contenir dans son entier.
C’est peut-être dans le mystère de cette folle prétention là que résiderait celui de l’espace intérieur du lecteur de fictions littéraires. C’est en tout cas une hypothèse comme une autre. Une éventualité. Une possibilité à envisager.

Beaucoup d’œuvres littéraires se jouent simplement de nous.
Elles ne nous permettent pas de traverser le miroir.
Nous restons les deux pieds sur la trappe du réel (relire dans un texte précédent de ce fil notre définition du passage dans le monde d’une fiction : « un phénomène d'effraction de la trappe du réel »).

Beaucoup d'histoires nous placent derrière un miroir sans tain et nous font croire que nous voyons dans la chambre. Mais, paradoxalement, l’effet ressenti à la lecture est comme si nous étions déjà dans la chambre, mais que cependant nous ne verrions en fait que l'image de la chambre dans un miroir. Son reflet. Sa réflexion. Comme Alice voit dans la grande glace au-dessus de la cheminée le salon dans le fauteuil duquel elle s’est endormie.

C’est donc comme si nous étions face au miroir.
Or, c'est précisément dans cette chambre là, où de fait la lecture nous projette, qu'il s'agirait pour nous de nous sentir physiquement présent.
Alors, puisqu’une part de nous y serait effectivement, qu’est-ce qui nous empêche d’y être ?  
Ce qui bloque serait peut-être dû à la référence symbolique que nous instituerions entre la fiction en général (les histoires que l’on nous raconte et que nous nous racontons) et la scène primitive : la scène originaire.

Il y a un seuil qu’inconsciemment nous nous interdisons de franchir.
(Je tente de passer outre dans l'expérience Retour à Davos...)

Nous nous conduisons face à la fiction comme les personnages du roman des frères Strougatski, Stalker : pique-nique au bord du chemin, magistralement adapté au cinéma par Andreï Tarkovski (Stalker).

Un stalker est un passeur, c’est-à-dire ce que nous cherchons à devenir par rapport aux mondes fictionnels.
Mais aussi un traqueur particulier : un traqueur qui évite précisément d’atteindre ce qu’il traque
C’est donc aussi quelque part un truqueur.
Son idée fixe est celle qui nous hante nous aussi quand nous sommes immergés dans une lecture : celle de s’arrêter à temps.
Nous arrêter juste avant de passer de l’autre côté. Juste avant de basculer.

Dans les territoires que nous parcourons lorsque nous lisons une fiction, les lois qui s’appliquent ne sont plus celles de la réalité, et l’on dit aussi qu’au cœur de ces étranges contrées il y aurait une chambre où tous les souhaits se réaliseraient (c’est là aussi le résumé du roman et du scénario de Stalker).
Que se passerait-il si jamais nous venions à atteindre cette chambre ?

De fait, nous nous arrêtons prudemment au seuil de la Chambre, puisqu’elle est raisonnablement censée n'exister que dans notre imagination, que dans les livres, que dans la fiction.
Celles et ceux d’entre nous qui pourraient y pénétrer effectivement, celles et ceux qui pour y accéder auraient traversé toute la région interdite de la Zone, alors, ceux-là : pourraient-ils en revenir ?

Alors faut-il casser la glace ? La briser ?
Cesser une fois pour toutes ce jeu de dupes entre le réel et l’imaginaire ?

Avons-nous seulement déjà prêté suffisamment d'attention au fait qu'en imprimerie les lettres et les signes de ponctuation se nomment des caractères ?
Que, entre guillemets, "quelque part", en deçà des récits qu’ils tracent, ils seraient peut-être eux aussi des personnages ?
Seraient-ce alors ces caractères là, que sont les lettres, qui feraient le tain du miroir ?
Seraient-ce eux qui travailleraient au corps à corps la blancheur des pages et nous donneraient l’illusion de reflets à la surface de notre psyché ?
Certes, de telles réflexions (sic) nous amènent aux lisières des théories kabbalistiques du langage. Alors restons prudents...

Mais en général, l'obscène n'est ni ce que nous croyons, ni là où nous le supposons être.
L'obscène est simplement ce qui est hors de la scène.
L'obscène est ce qui est hors de la scène et que cependant il nous faut regarder en face. Tout au moins si nous ne voulons plus lire comme des ânes savants, mais si nous sommes au contraire vraiment désireux de véritablement accéder aux mondes des histoires que nous lisons.

C'est pourquoi, dans les textes qui suivent, nous allons commencer à aborder quelques stratagèmes que certains ont élaborés pour essayer de dépasser les limites du réel.

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
Je vous remercie par avance de vous abonner à Retour à Davos ou de "Faire un don" du montant de votre choix pour me soutenir.

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