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5.5 – La Vénitienne et la tentation de passer outre 

5.5 – La Vénitienne et la tentation de passer outre 

Publié le 5 juil. 2022 Mis à jour le 5 juil. 2022
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5.5 – La Vénitienne et la tentation de passer outre 

La séduction qu'opère toujours sur nous l’artifice fictionnel du passage d’un monde à un autre montre combien nous y sommes sensibles. Probablement parce qu'il trouve au plus profond de nous un écho, un terrain propice.

Si nous écrivons toujours et si nous lisons encore au 21e siècle des œuvres de fiction littéraire c'est bien parce que cela répond à un besoin que nous avons en nous.
Et ce phénomène, en apparence limité au domaine des arts, se répand probablement dans les multiples strates successives auxquelles nous apposons le nom de : La Réalité.
Les hypothèses formulées et les postulats posés par les scientifiques et les universitaires doivent aussi compter avec ce désir enraciné en l’homme d’infiltrer la texture du monde perçu pour accéder à son envers.

N’est-ce pas aussi la même pulsion qui se manifesterait dans la multiplication des avatars que nous observons aujourd'hui sur le web, les réseaux sociaux et dans le métavers ?
Nous retrouvons là l'ancestral fantasme des créatures artificielles, déjà présent dans le mythe d'Héphaïstos.

Entrer dans l’univers d’une peinture est le thème d’une nouvelle de 1923-24 de Vladimir Nabokov : La Vénitienne.
« Voici ce qui arrive, poursuivit-il sans se hâter ; imaginez qu’au lieu de faire sortir du cadre la figure représentée, quelqu’un réussisse à entrer lui-même dans le tableau. […] Quand un tableau me plaisait particulièrement, je me plantais juste en face de lui et je concentrais toute ma volonté sur une seule pensée : y entrer. Cela me faisait peur, bien entendu. J’avais l’impression d’être un apôtre qui s’apprête à descendre d’une barque pour marcher sur la surface de l’eau. ».

Mais le voyage n’est pas sans risque...
(Je prends ce risque dans "Retour à Davos")

« cette jouissance ne durait pas longtemps ; je commençais à sentir que je me figeais mollement, que je m’engluais dans la toile, que je m’enduisais de peinture à l’huile. Alors je me renfrognais, et me tiraillant de toutes mes forces, je bondissais en dehors : il y avait un doux bruit de clapotis comme lorsqu’on retire un pied de la glaise. J’ouvrais les yeux, j’étais étendu par terre, sous un tableau magnifique, mais mort… »

Le portrait de Dorian Gray serait lui aussi un bel exemple de subtile métalepse.
Oscar Wilde y met en scène un dandy licencieux qui demeure jeune et angélique d'aspect, tandis que son portrait peint en pieds accuse lui, de plus en plus terriblement, les affres de sa débauche et en affiche les terribles stigmates. Dans ce roman un lien s'opère entre avatar et métalepse.

Résumons. De quoi s'agit-il finalement ?
Les auteurs nous placent là, avec les métalepses narratives, non pas face à un miroir, mais, derrière.
La scène de l'action imaginaire est éclairée, et probablement se dédouble-t-elle dans la glace, mais le lecteur, lui, reste à la place qui lui est assignée de fait, tant par l'auteur que par le poids du réel et des habitudes, l’éducation, c'est-à-dire dans l'ombre, dans le versant obscur de l'histoire, dans la position du voyeur impuissant et non dans celle de l'acteur agissant.
L'on trouve cela chez Proust aussi. A plusieurs reprises son narrateur se retrouve dans cette situation : en quelque sorte il reste sur le seuil de chambres où l'action se passe.

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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