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29 Avril

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Publié le 15 déc. 2021 Mis à jour le 15 déc. 2021
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29 Avril

 

15h30

Faire si peu de choses me semble assez étonnant.Toi qui me disais qu'en bateau, on arrive à bien glander, je suis devenue ton adepte. Je ne fais rien, rien d'autre que de m'occuper du bateau, ce qui relève désormais de l'automatisme. Je cuisine un peu, je dessine un peu, j'écris un peu , je lis un peu, je me baigne régulièrement et je dors. J'en suis à douze heures de sommeil par jour (pas consécutifs, faut pas non idéaliser le truc..) . Je vais arriver de l'autre côté de l'océan avec une patate d'enfer. Je sais que ce n'est que le troisième jour, mais en traversée tous les jours peuvent être soit le dernier, soit le premier. Ma fatigue et mon repos se superposent et je ne sais plus si je suis au début ou à la fin. L'ivresse de la navigation sans encombre, tout droit.

Je passe du temps à penser à toi. Tu aurais dû venir, j'aurais eu du temps à te consacrer, à nous consacrer. Je ne suis pas très sollicitée en tant que skipper. Je dis ça parce qu'ils sont tous sur le pont , et je les entends dire que la transat retour c'est plutôt facile...les doigts dans le nez, on est jour 4...

Mais j'aime les entendre parler, rire, j'aime ces voix qui proviennent du pont, un peu étouffées, un peu parsemées par le vent, un peu couvertes par le bruit des voiles et des vagues. En mer, c'est le silence qui inquiète. Quand tout le monde se tait, c'est qu'ils sont en train de regarder quelque chose. On espère toujours que ce soit une baleine, une étoile, une lune qui se lève. Mais parfois c'est le cul d'un cargo qui sort de la brume, ou un objet qui flotte, dangereux.

Le bateau est au près, pour changer, on s'y habitue. Le vent est Nord-est, donc pile dans le nez. C'est comme ça, quand ça veut pas, faut penser à autre chose. Le vent, on le bénit, on le maudit, peu importe. La mer est bien belle. Ce matin, l'équipage au complet a plongé dans le bleu de l’Atlantique, ce bleu, si parfait. C'était donc la grande toilette. L'eau est encore chaude, même si ce n'est pas White Bay de JostVanDyck Island (la plage parfaite..). Cette toilette me rappelle notre plongée au Brésil, notre escale aux Abrolhos, le bleu de Bahia, le bleu de tes yeux la dernière fois que je t'ai vu. Tu me manques tellement. Mais qu'est-ce que c'est bon d'attendre et d’espérer ce moment si beau, lorsque je vais entendre ta voix et sentir ton souffle sur ma joue. Bon et inutile à la fois.

 

J'arrête d'imaginer car des vagues inavouables montent le long de mes jambes....

 

19h00

Le vent ne m'aime pas en ce moment. Il m'ignore, voire me méprise, voire se fout carrément de moi.

Peu importe, mon bateau fait de son mieux. Qu'est-ce qu'il est beau ! Petite brise sous yankee 1, trinquette légère, Grand-voile et artimon, il avance légèrement gîté dans une lumière grandiose. On fait un cap de merde, mais bon, j'ai le temps. C'est la beauté du geste qui compte. Moi et la vitesse, nous ne nous entendons pas. Je te le dis, je vis trop au présent pour ne pas profiter du moment, et penser à la vitesse, aux dates, à l'arrivée...pas régatière pour un sous. C'est comme ça.

Ma course contre Magic Cat semble perdue d'avance quand ils m'envoient leurs performances. Mais si le temps se corse, c'est mon grand bateau noir qui passera. Je fais de mon mieux pour que tout le monde soit content.C'est un bien bel équipage que j'ai à bord ; je sais qu'il faut toujours du temps pour le voir, alors j'ai attendu. Et chaque manœuvre, chaque quart est sujet à une joie diffuse qui nous enveloppe, qui nous réconforte. Ça rit beaucoup et souvent, la transat s'annonce bien belle.

J'essaye de me remémorer toutes les minutes que j'ai vécues depuis le 13 janvier. Et pour l'instant, j'en suis à 4 belles rencontres. La première avec toi qui a embaumé mon cœur de bleu; la seconde avec le Brésil, pas besoin d'adjectif. La troisième est la rencontre avec ce bateau, car il est le pilier de toute cette histoire et son histoire me nourrit, me réconforte, alimente mon ego qui en a bien besoin. Ce bateau est un ami. Et je n'aime pas alimenter le mythe du marin qui parle à son bateau, je sais bien que c'est une montagne d’aluminium avec des cordages, du tissu, bla, bla, bla. Mais quand même ! Celui-là, c'est pas juste un bateau. ET moi, je le skippe. Je suis bien contente. Et la quatrième rencontre, c'est avec moi, tout simplement. Je suis arrivée perdue, au ras des pâquerettes , et je reviens grande, sereine malgré tous les méandres pour y arriver à cette petite crique de la sérénité. Tu y es pour beaucoup. Car au-delà de tous les freins que tu as mis à notre histoire, tu as toujours été présent et attentif à moi. Je me suis toujours sentie entourée, observée. Je n'avais jamais, jamais connue ce sentiment de protection, même petite.

 

Je me souviens du premier petit poème que j'avais écrit et déposé dans le livre que tu lisais :

Même si c'est pour te regarder dormir

Même si c'est pour t'embrasser seulement tous les deux jours

Je suis heureuse de vivre à tes côtes

Un peu plus, chaque jour

 

Il n'était pas futile, ni léger ce petit poème, et si je m'en souviens c'est parce que qu'il était l'exacte légende de mon émotion.

Chaque jour, je suis heureuse de penser à toi. Je suis heureuse que tu sois dans ma vie. Cela doit être ça l'amour : se réjouir que l'autre existe et soit présent. T'entendre me dire que mes coups de fils te font du bien me maintient dans ce doux, très doux sentiment de confiance.

Tout ce voyage , mon arrivée à Ushuaïa, la navigation, ta rencontre entre deux quarts, ces quatre mois qui viennent de passer m'ont donné tant de bonheur, tant et tant. C'est trop bien, si bien. Je veux que ça dure. Et c'est encore mieux sur un voilier au milieu de l'Atlantique. Tu aimeras ça, une transat. On a beaucoup de temps pour se dire des mots doux.

 

Il est 20h00, 2 h du matin pour toi , je regarde la lune, et j'espère que tu la regarde aussi. Je pense à toi.

 

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