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3.6 – Choisir sa prison 

3.6 – Choisir sa prison 

Publié le 27 juin 2022 Mis à jour le 27 juin 2022
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3.6 – Choisir sa prison 

Le texte littéraire est généralement étudié avec trop de sérieux.
Il s'agit ni de ressentir, ni de s'émouvoir. Il s'agit seulement d'apprendre, d’acquérir quelques savoirs partagés et consensuels.
Il ne s'agit pas de développer nos capacités naturelles pour profiter consciemment des artifices disposés par les auteurs, et ainsi de nous entraîner à amplifier notre propre imaginaire et à nous donner progressivement accès à d'autres niveaux de lecture et de compréhension de nous-mêmes, des autres et du monde.

Quand il s’agit, plus tard, de repérer les stratégies des auteurs, c’est pour apprendre, non à en jouer, mais à les déjouer, à les désamorcer en les nommant de termes savants et eux-mêmes difficiles à mémoriser.
Parfois des enseignants eux-mêmes, eux aussi déformés dans leurs parcours scolaires, sont plus rassurés d'être face à une classe qui s'ennuie, que face à une classe qui éclaterait de rire ou qui pleurerait à la lecture partagée d'un livre bouleversant.

En ce qui me concerne, par exemple, l'enseignement par lequel je suis passé de la maternelle à l’université ne m’a en tout cas jamais laissé aucun espace pour une construction réciproque entre les auteurs et mon moi de jeune lecteur. Il ne m'était pratiquement pas possible de rêver sur ces lectures et, comme beaucoup je suppose, c’est en dehors de ces cadres que j’ai trouvé l’accès aux mondes des livres.

Notre premier travail sera donc ici de nous défaire d'abord de cette lecture scolaire, dirigée et trop austère, trop sage, que nous continuons souvent à pratiquer à notre insu.

Notre premier travail sera de rompre la digue.

Pour Virginia Woolf, qui mérite toute notre attention dans notre quête littéraire, lire c'était se laisser conduire par les mots, mais sans être dupes de leurs conduites.

Quand nous lisons en nous oubliant et en oubliant notre environnement immédiat, mais, tout en ayant bien conscience cependant de lire, comme lorsque nous rêvons en ayant conscience de rêver, nous ressentons aussitôt combien notre perception du monde réel est atténuée au profit de celle du monde de notre lecture.
Nous pouvons prendre alors volontairement des actions imaginaires pour des actions effectives.
Nous pouvons ressentir des sensations abstraites aussi puissamment que s’il s’agissait de sensations concrètes et cela, même si ce n’est pas une conduite exempte de tout danger, nous le verrons, peut constituer un véritable enrichissement de notre vécu.

Nous devrions je pense pouvoir tirer parti de cette faille qui s'élargit alors dans notre raison pour partir sciemment à la découverte d'autres dimensions de notre propre univers intérieur, pour aborder des rivages inconnus, des terres qu'il nous serait sinon impossible d'atteindre dans la réalité avec des moyens physiques de locomotion.
Ce sont là des moments de lecture privilégiés dont il faut savoir se saisir, sur lesquels notre conscience doit se répandre.
Comme aurait dit un jour le poète romantique allemand Novalis : « Quand nous rêvons que nous sommes en train de rêver, l'heure du réveil est proche ».

Ces moments de lecture nous pouvons métaphoriquement les situer.
Toujours ils sont à l'orée du bois, entre chien et loup, à l'heure où les contours du monde s'estompent et que la rencontre entre la lectrice ou le lecteur, et la lecture, peut avoir lieu, là où cette rencontre peut s'inscrire dans un espace, fut-il imaginaire.
C’est le moment où l'on peut subrepticement, sans être aperçu et presque sans s'en apercevoir soi-même, passer de l'autre côté.

Les trois expériences de lecture que nous avons pointées dans les textes précédents doivent je pense, tels de vaillants Don Quichotte, nous amener à en imaginer d'autres, personnelles, plus osées, plus aventureuses encore, plus risquées toujours.
Par exemple, posons-nous cette question : si nous devions pour un temps indéterminé nous retrouver prisonniers dans l'univers d'un livre pour y vivre réellement, pour y partager vraiment la vie de ses personnages, entrer en relation directe avec eux, lequel choisirions-nous ?

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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