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Les coulisses de Davos #12

Les coulisses de Davos #12

Publié le 22 juil. 2022 Mis à jour le 22 juil. 2022
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Les coulisses de Davos #12

Si la lecture peut être un acte d’amour d’un monde à un autre, d’un monde avec un autre, une manière de se conduire en reliant à soi ce qui a priori nous serait étranger, une façon aussi de délier, de se délier du lourd et du sombre, de l’enfermant, de l’emprisonnant ; si lire peut dénouer et résonner, ce qui est le bien le cas dans dé-lire, alors en écho aux propos du précédent chapitre, au thème de la conférence imaginaire dont il était question, nous pourrions nous interroger sur la lecture comme facteur pathogénique.

Avoir relu comme je l’ai fait, quatorze, quinze, seize, combien de fois ? La Montagne magique de Thomas Mann, à raison d’une fois par an, quatorze, quinze, seize ans ? Durant combien d’années ? Si l’acte n’est pas pathologique (mais peut-être l’est-il ?) il peut être pathogénique.

La présente expérience de pensée et d’écriture en serait alors une manifestation.
Vers quoi, alors, me conduirait-elle ?

Au point où j’en suis force m’est de reconnaître que ce voyage n’en n’est pas véritablement un.
Peut-être cependant me laisserais-je abusé par une forme de nostalgie si je prétendais aujourd’hui que mon sentiment d’immersion le plus fort fut celui que je ressentis à la première lecture, à la découverte de l’œuvre.
Le reste, toutes ces années et toutes ces relectures, ne fut-il qu’un long égarement, qu'une perdition, une déperdition ?

Au point où j’en suis je me sens forcé d’énoncer le plus clairement possible deux constats.
Le premier : l’impression d’être physiquement présent sur place, au sanatorium Berghof de Davos dans les années 1907-1914, le sentiment d’y être, d’en être, était bien plus fort, bien plus prégnant, à la simple lecture.
A ce premier constat je vois deux causes. La première est qu’il y a là, dans le récit de la projection de mon fictionaute au Berghof un travail d’écriture. Ce labeur creuse une distance, élève un mur, là où, au contraire, l’apparente passivité de la simple lecture nous fait (me faisait) imperceptiblement glisser, passer de l’autre côté.

Le second constat est que je ne dois pas oublier l’accident de lecture que j’ai eu, de mémoire, en 2014. Il est à l’origine de tout.

En 2014, parvenu au terme d’une énième relecture de La Montagne magique, refermant le livre, j’ai su, durant quelques secondes à peine, deux ou trois au grand maximum, j’ai su que si je me levais et allais ouvrir la porte palière de mon appartement à Paris je serai dans un couloir du sanatorium Berghof à Davos entre 1907 et 1914.
C’était sûr. Assuré.
Je ne dirais pas que c’était : "sans l’ombre d’un doute", pour la bonne (la mauvaise) raison que, précisément, l’ombre du doute a aussitôt recouvert ma certitude.
J’ai su alors que cela était en réalité impossible.
En 2014 je n’ai rien tenté.

Mais le premier symptôme est là.
Dans cet accident de lecture.
Aussi, par honnêteté, je dois reconnaître que, tant les suites à partir de 2016 que la présente expérience de pensée et d’écriture, ne sont peut-être simplement que l’expression d’un traumatisme.

Peut-être aurais-je dû tenter l’expérience avec un autre livre ? Celui d’une récente découverte, après seulement une lecture.
Ou peut-être même aurais-je dû me lancer à retranscrire la projection de mon fictionaute en direct live au fil de la lecture d'un roman pour moi inconnu ?
Sans doute est-il aujourd’hui indispensable que d’autres lectrices et lecteurs tentent à leur tour et différemment la même expérience.

Suite à l’accident de 2014 je m’étais interdit de relire une nouvelle fois ce roman de Thomas Mann.
J’ai replongé en 2016 à l’occasion de la nouvelle traduction de l’œuvre aux éditions Fayard.
Les différences entre la traduction originelle en français de 1931 par Maurice Betz, celle que j’avais constamment relue, et celle de Claire de Oliveira de 2016, introduisirent dans mon esprit un sentiment de décalage.
Le monde fictionnel du Berghof était le même tout en étant un autre.
Peut-être comme si du fictif s’était glissé dans le fictionnel ?

Mais je réalise soudain, j'avais oublié ! vous avoir déjà confié tout cela précédemment ici même, et vous avoir même déjà précisé l’évolution qui s’opéra ensuite dans mon esprit, de 2016 jusqu’au grand confinement du printemps 2020 durant lequel je tentais une première projection de mon fictionaute dans le roman de Thomas Mann. Ces explications figurent déjà dans Les coulisses de Davos #11. J’y reviendrai probablement.

Alors pourquoi cet oubli et, au-delà des confidences, ce besoin de confession que je ressens ?
Comme si quelque part il y avait une faute de ma part dans tout cela ?

Vu son importance par rapport à l’expérience en cours ce texte est publié en accès libre, hors abonnement.
Je vous remercie pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux, et cette expérience en particulier, votre soutien m'est indispensable. Je vous remercie par avance de vous abonner à Retour à Davos ou de cliquer sur le bouton "Faire un don" pour me soutenir du montant de votre choix.

P.S. Retour à Davos – Mode d’emploi (texte publié en accès libre, hors abonnement)

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