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6.16 – Une rencontre inopinée 

6.16 – Une rencontre inopinée 

Publié le 24 juil. 2022 Mis à jour le 24 juil. 2022
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6.16 – Une rencontre inopinée 

Je trouve significatif le fait que Freud, comme nous l’avons vu dans le texte précédent, se tourne en premier lieu vers des exemples fictionnels pour tenter de déterminer les caractéristiques de l'inquiétante étrangeté.

C’est dire qu’en fait nous ne serions pas tant dans l’ambiguïté de déterminer si une "chose" serait vivante ou pas, que dans l'incertitude à pouvoir déterminer si nous sommes toujours bien dans la vie réelle, ou si nous nous sommes introduits dans un monde imaginaire.

Que voyons-nous là, dans ce que nous lisons ? Là est la question.
Pour Freud : « la crainte pour les yeux se ramène à la peur de la castration », et le parallèle avec Œdipe qui se crèvera les yeux est évident. L’évidence crève les yeux. C’est pour cela en général que nous ne la voyons pas.
Mais qui voit quand nous voyons ?

Plus exactement : qui voit quand nous lisons ?

Au final, les sources de ce sentiment désagréable d'inquiétante étrangeté sont plurielles pour Freud.
Je reconnais volontiers en avoir fait une lecture orientée pour étayer ma pulsion d'une archéologie du merveilleux qui puisse nous rendre possible une perception sensible de ce qui serait de l'ordre du fictif.

« Ce qui est étrangement inquiétant dans la fiction, écrit Freud, l'imagination, la poésie, mérite, de fait, un examen à part. L'inquiétante étrangeté dans la fiction est avant tout beaucoup plus pleine et riche que cette même étrangeté dans la vie réelle ; elle englobe complètement celle-ci et comprend de plus autre chose encore qui ne se présente pas dans les conditions de la vie. [...] le domaine de l'imagination implique, pour être mis en valeur, que ce qu'il contient soit dispensé de l'épreuve de la réalité. Le résultat, qui tourne au paradoxe en est donc, que dans la fiction bien des choses ne sont pas étrangement inquiétantes qui le seraient si elles se passaient dans la vie, et que, dans la fiction, il existe bien des moyens de provoquer des effets d'inquiétante étrangeté qui, dans la vie, n'existent pas. » (L'inquiétante étrangeté).

Freud ressent et exprime là, vis-à-vis de l'inquiétante étrangeté, ce que nous ressentons et exprimons nous-mêmes vis-à-vis des métalepses, ces impressions que nous pouvons avoir d'être sur le point de passer de l'autre côté du miroir.
Si les deux sentiments diffèrent, celui d’une inquiétante étrangeté et celui de passer de l’autre côté du miroir, peut-être s'entremêlent-ils cependant dans ce qui pourrait être une forme de non lieu que nous pourrions imaginer entre l'endroit et l'envers d'une même tapisserie qui ne serait autre que celle que nous percevrions comme étant la représentation de notre réel.

La question se pose également de déterminer alors dans quelle mesure dans la vie courante nous ne serions pas parfois aveugles à certains faits qui pourraient très bien relever du registre de l'inquiétante étrangeté.
Nous voyons et nous entendons, mais regardons-nous et écoutons-nous toujours le monde qui nous entoure avec une vigilance et une intelligence adéquates et soutenues ? Non bien sûr.

De plus, si Freud dans ce court essai aborde largement le domaine de la fiction, il ne va cependant pas jusqu'à s'interroger sur l'éventuelle parenté symbolique qu'un lecteur ou qu'une lectrice pourraient échafauder entre leur moi conscient de lecteur et la partie projetée d'eux mêmes qu'ils pourraient soudainement rencontrer comme au second plan, par exemple, de certains livres qu'ils liraient.
Or, cette rencontre inopinée ne serait-elle pas alors génératrice, elle aussi, d'un sentiment d'inquiétante étrangeté ?

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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