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#3 - Une contrefaçon de haute volée...

#3 - Une contrefaçon de haute volée...

Publié le 17 nov. 2021 Mis à jour le 22 nov. 2021
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#3 - Une contrefaçon de haute volée...

Concrètement en janvier 2022 je vais me lancer dans la réécriture du roman de Thomas Mann, La Montagne magique. Quel intérêt de prendre cette route pouvons-nous nous demander ?

D’abord, réécrire n’est pas recopier. Je ne vais pas non plus plagier Thomas Mann, et en aucune façon j’aurai la prétention d’améliorer ce chef d’œuvre qui contribua grandement à lui valoir son mérité prix Nobel de littérature en 1929. Ensuite, si je vais m’appliquer à coller le plus possible à la narration originale, pour faire corps avec elle, pour m’y fondre et m’y confondre, ce sera cependant ma propre subjectivité qui s’y exprimera et qui, je le sais déjà pour avoir lu ce roman une quinzaine de fois, verra et vivra forcément les lieux, les événements et les relations avec les autres protagonistes de l’histoire d’une façon toute différente de celle du narrateur disons "officiel", autorisé.

 

Un narrateur non-autorisé

De fait, en se mettant à écrire et à publier sans vergogne son expérience et son séjour au sanatorium suisse du Berghof de l’été 1907 à l’été 1914, mon fictionaute deviendra un narrateur non-autorisé par l’auteur. Qu’en aurait pensé Thomas Mann ? Comment de son vivant aurait-il réagi ? Et réagira-t-il plus de soixante-six ans après sa mort ?

Si les règles métaphysiques des mondes de Jorge Luis Borges étaient opérantes dans l’environnement sensoriel et cognitif auquel nos organes nous donnent accès, alors peut-être pourrais-je entrer en relation personnelle avec Thomas Mann. Peut-être aussi que tous les exemplaires existant à la surface de la Terre de La Montagne magique se modifieraient-il en conséquence en intégrant au rang de personnage à part entière de l’histoire un dénommé Lorenzo Soccavo, et qu’alors en 2023 je pourrais relire l’œuvre une seizième fois et y découvrir comment Hans Castorp, le héros de Thomas Mann, me voyait, me percevait, et ce qu’il pensait de moi lorsque tous deux étions à Davos.

 

La route des moulins à vent

Ce qui se rapproche le plus peut-être de l’expérience que je vais tenter est bel et bien cependant en germe dans l’œuvre de Borges. Je fais référence ici à sa nouvelle de 1939 : Pierre Ménard, Auteur du Quichotte.

De quoi s’agit-il ? « La méthode, écrit Borges, qu'il [Pierre Ménard, poète symboliste fictif de la ville de Nîmes en 1930] imagina était relativement simple. Bien connaître l'espagnol, retrouver la foi catholique, guerroyer contre les Maures ou contre le Turc, oublier l'histoire de l'Europe entre les années 1602 et 1918, être Miguel de Cervantès. ». Si nous nous souvenons qu’à Londres en 1915, Chaplin en personne aurait perdu à un concours de sosies de son personnage de Charlot, tout pourrait être possible. Y compris devenir Cervantès au vingtième siècle. Mais, vous l’aurez compris, il ne s’agit pas pour moi de devenir Thomas Mann, ni Hans Castorp : il s’agit de rester simplement moi, mais là-bas. Rester, mais, partir.

Une aventure fantasque

Si pour aller là-bas il faut suivre la route des moulins à vent ce n’est donc ni en devenant Cervantès, ni même en devenant Don Quichotte, mais, en devenant tel Alonso Quichano. Qui est-ce ? C'est lui en vérité le personnage principal du roman imaginé vers 1597 par Miguel de Cervantès. Oui lui. Et pas Don Quichotte. C’est Alonso Quichano l’hidalgo passionné par la lecture de romans de chevalerie et qui un jour décide de rentrer dans les histoires qu’il dévore et de se faire armer chevalier errant sous le nom de Don Quichotte.

Sous réserve que ma mémoire ne me trahisse, cela faisant quelques années que j’ai lu l’œuvre de Cervantès, Don Quichotte lui ne lit pas, jamais, il n’en a pas le temps avec toutes les aventures et mésaventures qui lui arrivent. Le lecteur, et probablement pour les siècles des siècles, le paradigme du lecteur adepte de la lecture immersive, c’est Alonso Quichano.

Aussi je me demande souvent de quoi serait le symptôme cette confusion fréquente entre l’un et l’autre et que je retrouve régulièrement, y compris chez des universitaires, et qui consiste à présenter Don Quichotte, le fictionaute donc d’Alonso Quichano (lequel était probablement le fictionaute de Cervantès) comme un lecteur devenu fou. La folie n’est-elle pas parfois dans un excès de rationalité nous faisant lire autre chose que ce qu’il y a pourtant d’écrit noir sur blanc ?

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Commentaire (1)

En réponse à votre question Lorenzo je crois que je suis bel et bien fou... Seule l'écriture pourrait me rapprocher un peu du sens des mots sans vouloir leur faire trop d'infidélité...

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