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#2 - Révélation du Fictionaute...

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Publié le 5 nov. 2021 Mis à jour le 22 nov. 2021
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#2 - Révélation du Fictionaute...

Je fais le pari que la découverte de son fictionaute par une lectrice ou par un lecteur de fictions littéraires doit être une véritable révélation.

Concrètement de quoi s’agit-il ? Le terme de fictionaute est un néologisme transparent. Il est construit sur le modèle d’astronaute (qui voyage dans les astres), de spationaute (qui voyage dans l’espace), de cosmonaute (qui voyage dans le cosmos), et également sur celui des internautes et des argonautes, ce groupe de jeunes héros grecs qui se sont embarqués avec Jason pour aller ravir la Toison d’Or.

Tout simplement le fictionaute est la part de soi-même qu’une lectrice ou qu’un lecteur de romans, de nouvelles ou de contes, projette spontanément lors de sa lecture dans le monde fictionnel de ce qu’elle ou il est en train de lire.

Le suffixe, grec comme Jason, naute, signifie navigateur. Mais, bien au-dessus des flots et des tourmentes de la vie quotidienne, nous savons que nous pouvons aussi naviguer dans les airs (pensons aux aéronautes qui voyageaient en montgolfière), ou bien encore que nous pouvons voyager dans... l’imaginaire.

Faire son cinéma…

 

Nous avons tous vécu cette expérience en sortant de la projection d’un film adapté d’un livre que nous avions lu : « Je ne voyais pas cela ainsi… Le héros n’avait pas cette allure, dans mon imagination il avait un autre visage... », etc.

L’imagerie mentale de nos lectures reste un mystère. Ces images sans image véritable n’ont, pourrait-on dire, rien à voir ni avec celles d’un spectacle audiovisuel quel qu’il soit, ni même encore avec celles de nos rêves nocturnes.

Et pourtant lorsque nous lisons nous voyons.

Proust, que je considère pour ma part comme un chaman, aborde ce mystère en filigrane tout au long de sa Recherche, lui qui, par exemple, écrivait dans Le côté de Guermantes : « Nous sentons dans un monde, nous pensons, nous nommons dans un autre, nous pouvons entre les deux établir une concordance mais non combler l'intervalle. ».

L’expérience que nous devrions partager à partir de janvier 2022 permettra-t-elle de combler cet intervalle, celui entre ce que nous ressentirons, embarqués que nous serons dans le sanatorium du Berghof comme dans un paquebot en plein océan, et, celui dans lequel nous lirons le récit de l’expérience en pensée, le récit fait par un lecteur du roman de Thomas Mann, un lecteur qui réécrit l’œuvre en s’y projetant, en s’y imposant comme un personnage supplémentaire.

Un fictionaute...

Combler l’intervalle...

 

La question formulée dans le précédent texte préliminaire de la semaine passée (Une expérience en pensée…) est apparemment cruciale : qui en 2022, sera véritablement le cobaye de cette projection spatio-temporelle dans un sanatorium suisse en 1907 ?

Moi, le moi qui écrit en ce moment, ou bien la part de moi que je projette quand je lis l’histoire écrite elle par Thomas Mann ? Et cette part se résume-t-elle, se réduit-elle, se limite-t-elle à mon fictionaute ?

Apparemment même un jeune enfant qui n’est pas encore en âge de lire et d’écrire peut se rendre compte, à en croire Pascal Quignard, et pourquoi ne pas le croire, qu’une personne qui lit s’absente du lieu où elle lit : « Une jeune Allemande s’occupa de moi jusqu’à l’âge de deux ans, nous confie Pascal Quignard dans Les Ombres errantes. Le fait qu’elle lût à mes côtés m’ôtait à la joie de me trouver près d’elle. Parce qu’il me semblait alors qu’elle ne se trouvait pas à mes côtés. Elle n’était pas là. Elle était déjà partie. Elle était ailleurs. Lisant, elle séjournait dans un autre royaume. ».

Le postulat à l’expérience en pensée de janvier 2022 est qu’il serait possible par un procédé narratif novateur d’écriture créative de conscientiser, puis, à l’extrême d’autonomiser en partie notre fictionaute.

Passer dans une fiction. Un autre royaume.

Combler l’intervalle.

Le risque, pour votre humble serviteur, serait celui de passer du statut de rat de bibliothèque à celui de rat de laboratoire ! Pour l’exprimer rapidement. Si vous y êtes sensibles, et si cette expérience vous intéresse, n’hésitez surtout pas à me manifester votre soutien et vos encouragements. Je vais en avoir besoin !

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