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Réflexions sur ma poésie

Réflexions sur ma poésie

Publié le 20 mai 2021 Mis à jour le 20 mai 2021
time 9 min

Ou pensées sur moi-même

 
J’ai toujours été captivé par la littérature et plus précisément par la création littéraire. Le fait que, à partir du néant, malgré la blancheur immaculée d’une feuille vierge, on puisse élaborer peu à peu un univers spécifique, on bâtisse tout un monde à soi, c’est fascinant ! Le pouvoir des mots et la puissance du verbe sont vertigineux. Cette force démiurgique et impétueuse de la littérature est particulièrement grisante, presque effrayante.
C’est la raison pour laquelle, sans doute, je ressens le besoin d’être guidé dans cet acte de création qu’est l’écriture. Et la poésie classique m’apporte toutes les rênes nécessaires à ce travail spirituel débridé. La rime ne m’est pas un asservissement, elle est un repère musical gracieux à mon oreille ; le compte des syllabes n’est pas une gageure inutile, c’est un jalon de juste longueur ; la forme du sonnet n’est pas une prison archaïque, mais un palais salvateur pour ma pensée frivole ! La poésie classique, c’est l’art de se libérer sous les contraintes, par les contraintes. Car trop de liberté nuit à la création. Je rejoins en tout point André Gide lorsque, jugeant François de Malherbe – l’un de nos poètes les plus admirables –, il affirmait que « sa poésie laborieuse, encothurnée, toute d’effort et de contention, atteint au lyrisme par ce qui lui semble le plus opposé : la contrainte » (1). 
 

Un héritage familial

Je suis né à Dijon, au sein d’une famille portée par l’amour des Lettres. Parents, grands-parents et arrière-grands-parents furent tous soit enseignants, soit ostensiblement attachés à la langue française. Par ailleurs mes parents ont encore publié chacun un livre, en cette année 2020 ! Et que dire de mon arrière-grand-mère Adrienne, poétesse reconnue, Commandeur des Palmes académiques, qui fut une fidèle disciple et amie de Marie-Noël ? Autant de modèles et d’inspirations pour mon cœur de poète en gestation, pour l’enfant que j’étais, pour l’adulte que je suis ! Merci, merci à eux. 
Après une scolarité somme toute banale, je me suis retrouvé tout naturellement en U.F.R. de Lettres, à l’université de Bourgogne. Ces années studieuses furent une révélation ! Je pouvais enfin étudier ce qui me plaisait : non seulement la poésie classique, recouvrant une période de François Villon à Paul Verlaine, mais aussi les subtilités de ma langue vernaculaire par la linguistique, la dialectologie, l’étymologie ou l’analyse stylistique des textes. Rapidement j’approfondis mes connaissances sur la poésie du XVIe siècle, époque fascinante emplie de contradictions, où la langue française déjà émancipée n’en finissait pas de se construire. Inévitablement j’ai été attiré par Pierre de Ronsard, dont le talent et la sensibilité ont touché vigoureusement mon âme. Cette influence marquante du Prince des poètes explique non seulement la présence foisonnante de poèmes d’amour dans mon recueil, mais aussi mon attirance viscérale pour le sonnet, sous toutes ses formes, ainsi que l’emploi – intempestif ? – de certains archaïsmes que j’utilise avec délectation : « Las ! », « ô », « encor »… 
 
Pierre de Ronsard (1524-1585)
Durant ces années universitaires, j’ai également découvert les auteurs antiques tels que Virgile, Homère, Cicéron, Sénèque, Ovide, Euripide, Aristophane… Lectures obligées – et si enrichissantes – pour qui s’intéresse à la poésie française de la Renaissance. Après la Maîtrise, j’ai préparé une thèse sur Pierre de Ronsard, travaux que les vicissitudes de la vie quotidienne ne m’ont pas permis d’achever. Toutefois je garde au cœur une admiration intacte pour l’illustre poète vendômois, si injustement tombé en disgrâce dès le XVIIe siècle et que Sainte-Beuve s’échinera à réhabiliter. 
 

Des modèles hors d'atteinte

Porté par mon amour de rimer, encouragé par mes illustres modèles, poussé par les désillusions amoureuses successives de ma vie estudiantine, je commençai à écrire quelques poèmes. Ces premiers vers, ces primes semailles, empreints de naïveté et parsemés de maladresses touchantes, figurent dans cete creative room. Je n’ai pas voulu cacher les inhabiletés de langage et les clichés de poète débutant qu’ils recèlent. Par honnêteté sans doute, envers un potentiel lecteur comme envers moi-même. 
À une exception près, que je cache à tout œil critique, je n’ai écrit qu’en vers classiques. Je veux parler des vers qui respectent les règles de la versification telles que rappelées par Charles Verfaille ou Martin Saint-René, dont le petit Précis de poésie ne quittait pas ma chambre d’étudiant. Oui, j’avais déjà l’impression d’être le seul à écrire ainsi en poésie classique, d’être une antiquité dans un vide-greniers littéraire ! Mais peu m’importait. Bientôt la joie d’écrire et le bonheur de partager mes productions me poussèrent à adhérer à l’Académie des poètes classiques de France. Je récoltai dès lors quelques médailles et prix poétiques, destinés moins à flatter mon ego qu’à m’encourager à poursuivre mes efforts auprès des Muses. Puis, à vingt-cinq ans, je fus élu Président de la feue Académie des poètes classiques de Bourgogne. 
 
La ville antique de Delphes, sur le mont Parnasse, séjour des neuf muses.
 
Suis-je poète pour autant ? Bien sûr que non ! Au regard de mes illustres modèles, grands dieux ! Bien sûr que non ! Certes, à l’instar d’un jeune Victor Hugo affirmant sans vergogne qu’il serait « Chateaubriand ou rien », je voulais à l’époque être Ronsard ou rien ! Or force est de constater, après quelques décennies que… Hugo est Hugo et que je ne suis rien. Les auteurs qui m’ont procuré un goût immodéré pour la poésie, les artistes qui m’ont réellement inspiré sont tellement hauts, ces modèles sont si élevés que j’ai vite renoncé à essayer de les atteindre. Stoppé dans mon ascension chimérique, je me suis contenté de leur baiser les pieds ! Mais quels sont-ils, ces suprêmes poètes hors de portée de ma plume ? Jugez plutôt : Ronsard, Musset, Pierre Corneille, Chénier, Vigny, Du Bellay, Baudelaire, Verlaine, Lamartine… Liste non exhaustive à laquelle j’ajoute volontiers tout poète du XIXe siècle dont le lyrisme et la sensibilité m’ont beaucoup ému : Gautier, Banville, Rostand, Heredia, Ackermann, Leconte de Lisle… Tels sont les auteurs pour lesquels je voue une admiration incommensurable et dont on peut, par une lecture attentive, sentir peu ou prou l’influence dans certains de mes vers. 
 
Et quoi ?! Pas de Victor Hugo dans cette liste ? Pas d’Arthur Rimbaud non plus ?! Non ?! Pourquoi ? Parce que je me suis toujours refusé de toucher à ces deux-là, monuments emblématiques de la culture française qu’on ne peut évoquer sans risquer de profaner. Victor Hugo n’est plus un auteur mais un parangon national dont le talent architectural et majestueux aura fait beaucoup d’ombre autour de lui, même après lui. Quant à Arthur Rimbaud, il reste trop en avance pour moi, trop mature, trop précoce, trop doué en quelque sorte pour être pris en exemple. Et quiconque cherchant à imiter l’un ou l’autre passerait pour un iconoclaste ! 
Mais si je devais retenir un modèle, s’il me fallait ne citer qu’un poète auquel j’aurais voulu emprunter, ne serait-ce qu’une Nuit, le saisissant talent, ce serait Alfred de Musset. Cette capacité rare à émouvoir avec les mots justes, sans effort apparent ; cette aptitude étonnante à bouleverser le lecteur avec des vers simples, sans fard, sans alambic… Quel génie ! Comme Théophile Gautier, j’ai toujours admiré, chez Musset, « son vers facile marchant parfois tout près de la prose et se relevant comme un oiseau d'un rapide coup d'aile, son rire trempé de larmes » (2). C’est un peu sa faute si j’écris mieux dans la souffrance, si mes meilleurs poèmes sont les plus douloureux, si ma Muse sanglote plus souvent qu’elle ne chante… 
 
Alfred de Musset (1810-1857)

Par le coeur plus que par le talent

Donc je ne me considère pas comme un véritable poète. D’ailleurs j’ai toujours été choqué par ces rimailleurs de fortune, ces "aligneurs de mots" comme disait Jules Renard (3), s’autoproclamant haut et fort poètes authentiques ! Car le vrai poète n’a guère conscience de sa divine condition. La force de son talent, la profondeur de son discours et la beauté de sa plume transcendent chacune de ses œuvres. Moi je ne suis qu’un artisan laborieux s’ingéniant à cacher la trace de l’effort. Mais si l’on considère que la poésie se cache en chacun de nous, dans notre cœur, dans nos actions bienveillantes, dans notre bonté, notre humanité, si la poésie est l’expression parfaite de l’émotion humaine… alors certes, je suis poète.
Ma poésie sera donc à chercher plutôt dans la sincérité de mes vers que dans mon supposé talent. Mais on aborde ici la question essentielle : qu’est-ce que la poésie ? D’Aristote à Paul Valéry, de Nicolas Boileau à Roland Barthes, des centaines de grands esprits se sont essayés à définir cette notion fondamentale. Je me garderai bien d’apporter ma pierre inutile à un édifice de pensées déjà grandiose et robuste. Quoi ?! C’est une prétérition ? Mais non, mais non… 
 
Pourquoi, enfin, avoir composé ce recueil de poèmes ? D’abord parce que j’avais des choses à dire. Et je ne voulais pas que, au terme de mon existence, devant l’échafaud de la vie, je déplorasse comme André Chénier se tapotant sur la tête : « Pourtant, j’avais quelque chose là ! » Ensuite, et surtout, pour mon plaisir. Plaisir d’écrire, joie d’être lu, euphorie de pouvoir procurer – qui sait ? – un peu d’émotion à quelque âme égarée. Satisfaction enfin de pouvoir surmonter une certaine timidité, outrepassant l’impudeur de mettre ainsi mon cœur à nu. Car tout poète est un peu exhibitionniste.
 
Bienvenue donc, distingué lecteur, dans les méandres insoupçonnés de mon jardin secret ! Et puisses-tu, noble complice de mon âme, prendre autant de plaisir à lire mes poèmes que j’en ai eu à les composer.
 
 
(1) Préface de l’Anthologie de la poésie française, Bibliothèque de la Pléiade, p. 12. 
(2) Rapport sur les progrès de la poésie (1868), première partie.
(3) « On cherche en vain un poète. Je ne dis pas : un rimeur, un versificateur, un aligneur de mots, mais un poète » (Jules Renard, Journal, 1887, p. 5).

 

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