facebook Marc Midgard et Mlle. Mystery - FIN
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Marc Midgard et Mlle. Mystery - FIN

Marc Midgard et Mlle. Mystery - FIN

Publié le 20 nov. 2021 Mis à jour le 20 nov. 2021
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Marc Midgard et Mlle. Mystery - FIN

Que faire à présent ? Perle était incapable de l’aider davantage. Il allait devoir se débrouiller seul pour les sauver tous les deux.

Essayer de trouver les autres pierres sombres qui le maintenaient prisonnier ? Elles pouvaient être n’importe où ; autant chercher une aiguille dans une botte de foin… Et puis quand bien même il les trouverait, comment les détruire ? Peut-être pouvait-il sortir par le fameux couloir, mais y arriverait-il tout seul ?

Il se décida à tenter le coup !

Emportant la petite hache qui ne le quittait plus, il descendit en trombe les escaliers et s’engouffra dans le couloir qui menait à la grille. Il lui sembla marcher une éternité avant d’arriver en face du noir lugubre qui lui était pour le moment interdit.

Cette fois-ci, il étudia attentivement les attaches des barreaux. Il devait y avoir un moyen de les forcer ! Il tenta de donner des petits coups sur l’une d’elles, mais le mur avait l’air solide. Autant essayer de forcer une porte blindée avec un cure-dent !

— Peut-être que si je lance la pierre suffisamment loin, le piège sera levé ? pensa-t-il. Après tout, éloigner cet artefact de Perle avait suffi à la priver de sa source de vie… 

Il se prit à espérer qu’elle allait bien, compte tenu des circonstances.

— Qui ne tente rien, n’a rien !

Il fouilla dans la poche de son pantalon et en ressortit le petit objet.

— Il faut que je l’attache à quelque chose de plus gros … sinon elle n’ira jamais assez loin.

Une fois de plus, il fit l’aller-retour avec le hall de l’hôtel. Aussitôt, un massif presse-papier en verre attira son attention. Il fouilla dans tous les tiroirs du bureau d’accueil et finit par y trouver ce qu’il cherchait : du ruban adhésif. Soigneusement, il enroula le ruban autour du presse-papier en y glissant le satané caillou noir.

Satisfait de son ouvrage de fortune, il regagna la grille et aussitôt arrivé, empoignant son projectile il le propulsa de toutes ses forces de l’autre côté.

La sphère de verre se perdit dans les ténèbres. Il s’attendait à entendre un fracas lorsque le presse papier frapperait le sol ou un mur mais rien ne se produisit. L’objet semblait avoir tout bonnement disparu.

Il attendit quelques longues minutes, espérant une conséquence à son acte.

« Tout ça pour ça … » était-il en train de songer alors qu’il s’apprêtait à rebrousser chemin.

Le pas pesant, il s’apprêta une fois de plus à longer l’interminable corridor, mais il stoppa bien vite.

L’éclairage faiblard s’était mit à clignoter par intermittence, comme si le courant électrique qui les alimentait commençait à se tarir. Indéniablement, un phénomène était en train de se produire. Quelque chose était en train de changer. Était-ce son acte désespéré qui s’avérait finalement être une réussite ? Si tel était le cas, il devait faire vite à présent. Il devait aller chercher Perle. Une fois sortis, ils pourraient forcer Maxince à lui rendre sa pierre. Combien de temps tiendraient encore les frêles ampoules ? Il devait faire vite. Reléguant dans un coin de son esprit les signaux alarmistes provenant de son genou, il avança du plus vite qu’il le put dans le couloir.

D’autres modifications ne tardèrent cependant pas à faire leur apparition. Les murs, le sol, le plafond, tout avait pris l’allure d’un papier chiffonné. Il heurta du pied un repli que le béton tordu avait créé, trébuchant et réussissant à se rattraper in-extremis. Il prit appui sur un mur et observa le temps de reprendre son souffle la distance qu’il lui restait à parcourir.

Le couloir semblait se tordre sur lui-même. De plus en plus rapidement.

Derrière lui, à une quinzaine de mètres se trouvait la grille. Il hésita. Devant lui, au bout du couloir, à l’étage, la femme était allongée qui avait besoin de son aide. Elle ne pourrait pas sortir sans lui. La porte de sortie se trouvait juste là, à quelques mètres. Pourrait il revenir une fois là-bas ? Des images venues d’une autre vie, là-bas, dans ce village reculé d’Afrique subsaharienne, s’imposèrent à lui.

« Ce n’est pas le moment ! »

Aurait-il pu les sauver ? Aurait-il pu empêcher ce massacre ?

Les hélicoptères Super Puma les avaient déposés à quelques kilomètres de l’objectif, au petit jour.

Ils devaient neutraliser un important caïd local, soupçonné tout à la fois de trafic d’armes et de terrorisme. Celui-ci avait été localisé dans un bâtiment, au centre du village, mais des informations indiquaient que des cibles se cachaient parmi la population.

Presque aussitôt après leur entrée dans le périmètre d’habitation, les premières détonations retentirent. Lui et ses hommes durent riposter.

Les cadavres jonchaient les rues et les petites maisons.

De partout à présent, on pouvait entendre des coups de feu.

Midgard progressait lentement, avec sa section, parmi ce tumulte. Il devait coute que coute atteindre le point désigné par les éclaireurs du renseignement militaire.

Il entendit un bruit et pointa immédiatement son fusil d’assaut. Caché derrière un tas de caisse, il vit une petite tête qui le regardait, tétanisée par la peur. D’un rapide coup d’œil, il s’aperçut que l’enfant n’était pas seul, mais qu’une famille se cachait là, tentant d’échapper à la barbarie. Les regards du sergent Midgard croisèrent ceux du petit bonhomme. Il devait avoir cinq ans, peut-être six. Il pouvait l’aider. Il pouvait lui venir en aide, les mettre en sécurité, lui, sa mère et ses frères et sœurs, mais il devait accomplir sa mission.

Une seconde… peut être deux passèrent ainsi, suspendues dans le temps.

Il détourna le regard, scellant ainsi leur sort.

« Ce n’est pas le moment… »

Perle, mademoiselle Mystery. Il pouvait lui venir en aide. Il pouvait la sauver, il le devait ; il ne pourrait pas supporter de vivre ainsi, en détournant une fois de plus le regard.

Des débris se mirent à s’écraser sur le sol. Des bouts du monde de Maxince qui se tordait sur lui-même. Il se mit à courir sous un éclairage à présent quasiment inexistant.

La douleur dans sa jambe était insupportable.

Tout à coup, il heurta à pleine vitesse un obstacle. Repoussé, tombant lourdement au sol, il ouvrit de grands yeux.

Le couloir n’existait plus. Un amas de béton s’était effondré et fermait la voie.

Aussitôt il tenta de déplacer un des gravats qui obstruaient le passage. Mais la tache était difficile, longue. Quelques minutes passèrent. Le sol tremblait. Plus le temps s’écoulait et plus le passage se faisait étroit. Il sentait que ce ne serait pas possible ; qu’il n’y parviendrait pas.

« Perle… Je suis désolé… »

Il recula quand une pluie de nouveaux débris vint grossir l’obstacle qui le séparait de la jeune femme, de l’autre côté. Y avait-il encore un autre côté ?

Il regarda en arrière, la grille elle-même commençait à se disloquer, à se tordre.

Il courut du plus vite qu’il le pouvait vers elle. Les barreaux, de même que le reste, étaient sur le point de rompre. Il s’acharna à la hache sur les attaches, essaya de tirer, de pousser !

Derrière lui, tout le couloir était en train de s’effondrer sur lui-même. Dans quelques instants, il n’existerait plus ! comprit-il.

Finalement, un barreau céda, puis un autre. Il pouvait passer !

S’arc-boutant, se faufilant au travers du piège, il réussit à se retrouver de l’autre côté. L’obscurité était totale à présent, d’autant que les quelques derniers éclairages encore en état de fonctionner du couloir finissaient d’exploser sous l’inexorable déformation de celui-ci.

Sortant le briquet de sa poche, il avança lentement, prudemment. Mais ici aussi, la destruction était à l’œuvre, et sa prudence laissa place à la panique. Courant aussi vite qu’il le put, le bruit de ses pas se perdant dans le fracas des pierres qui éclataient sous la pression, il ne vit pas le vide béant dans lequel il chuta.

Ses dernières pensées allèrent vers la jeune femme qu’il n’avait pas pu aider. Il n’avait rien pu faire et elle allait périr là, dans cet univers bizarre que ce fou avait créé. Son cri de surprise mêlé de rage se perdit dans le néant.

Ce furent les sirènes de pompier qui le réveillèrent. Ouvrant grands les yeux, il mit quelques instants avant de reconnaître l’endroit où il se trouvait ; la chambre miteuse de l’hôtel Mirabeau. Se jetant hors du lit, il se précipita à la fenêtre. La rue, en contrebas, était emplie de badauds en quête d’un peu de fraîcheur. La température, bien qu’estivale, était à nouveau supportable.

Un incommensurable sentiment de soulagement l’emplit tout entier.

— J’ai réussi ! cria-t-il à la fenêtre, s’attirant les regards de quelques curieux en contrebas.

Mais bien vite, ceux-là détournèrent leur attention vers les véhicules de secours qui, sirènes hurlantes, se précipitaient vers un sinistre voisin.

Ce vacarme et ce désordre finirent par rompre la béatitude de Midgard.

« Que se passe-t-il ? Ça semble tout proche … » se demanda-t-il.

Il se tourna vers son lit.

« Ai-je rêvé ? »

 

Il trouva le premier mot de mademoiselle Mystery – Perle – sur la petite table. Nulle trace de la femme, ni de son deuxième mot. L’immeuble de l’autre côté de la rue était là, lui aussi, intact ; la cheminée qu’il avait renversée en y grimpant également.

Pourtant, au fond de lui, quelque chose lui disait que ce n’était pas un rêve, et que les secours en effervescence dans le quartier étaient liés à ce cauchemar. Il rassembla ses quelques effets et sortit de sa chambre, en verrouilla la porte, et lentement descendit vers le hall. Cette fois, une hôtesse d’accueil réceptionna ses clés. Il en profita pour lui demander ce qu’il se passait.

— Je ne sais pas trop, répondit cette dernière. Je crois qu’un incendie s’est déclaré dans un commerce, un peu plus loin.

Le cœur de Midgard se serra. Le souvenir de Perle allongée, inconsciente, troubla son champ de vision. Secouant la tête pour reprendre ses esprits, il prit rapidement congé et d’un pas rapide suivit la direction des gyrophares et des sirènes.

Remontant les pavés de la rue, il arriva au bord de ce qui fut son piège. Traversant le petit carrefour, il se retrouva de l’autre côté, dans une avenue dont il ignorait le nom. Mais qu’importe ! ce n’était pas celle dont il était prisonnier !

Un peu plus loin, au-dessus des immeubles, un panache de fumée s’élevait dans le ciel. Il courut pour s’en approcher, bousculant les passants qui l’insultaient copieusement en réponse.

Un pâté de maisons plus loin, il se retrouva face à une façade noirâtre envahie par les flammes. Les habitants de l’immeuble étaient pris en charge par les secours au fur et à mesure de leurs évacuations, pendant que les lances à incendies déversaient des centaines de litres d’eau dans le brasier.

« Le petit Monde », magasin de modélisme dont la vitrine faisait l’angle du rez-de-chaussée du bâtiment sinistré, avait laissé place à une béance incandescente et n’était plus qu’un souvenir. On pouvait seulement encore distinguer l’enseigne au-dessus des flammes.

Midgard s’approcha d’un policier qui tenait les curieux à distance.

— Que s’est-il passé ? demanda-t-il. Je connais quelqu’un qui habite ici et …

— Je vous arrête tout de suite, Monsieur, je ne réponds à aucune question, le coupa le vieux flic qui de toute évidence n’avait aucune envie de converser.

Une vieille dame s’approcha d’eux et s’adressa à Midgard.

— J’ai entendu dire que c’est le sous-sol qui a pris feu, mais je ne sais pas pourquoi. P’tet que le propriétaire en sait plus. Tenez, il est là-bas. Le pauvre il a tout perdu aujourd’hui… dit la vieille en remuant la tête.

Mais Marc ne l’écoutait déjà plus. Il avait les yeux rivés sur l’homme, la cinquantaine, maigre, qui était assis à l’arrière d’une ambulance, silencieux dans sa couverture de survie.

« C’est bien lui … » songea Midgard.

Bien que plus vieux, c’était bien l’homme qu’il avait été chargé de prendre en faute, des années plus tôt, par sa femme d’alors, dont Perle était l’infortunée copie.

Il voulut alors passer par-dessous le cordon de police, mais fut stoppé dans son élan par le vieux policier qui lui hurla de sortir du périmètre.

— Mais … commença-t-il.

— Y a pas de mais ! si tu recommences, je te mets au trou !

Les cris de l’agent public attirèrent l’attention de Maxince. Il se leva alors, dans l’indifférence générale créée par le désordre ambiant, et s’approcha de Midgard.

Les yeux pleins de haine, il se tint tout près du détective.

— Comment avez-vous fait ? Vous ne pouviez pas vous échapper.

— Où est Perle ? demanda Midgard sur un ton glacial, empli de menaces.

— La marionnette ? Je pense qu’elle a brûlé avec le reste. Vous êtes responsable de tout ça ! vous avez tout détruit !

Midgard l’empoigna par le col.

— Je n’ai rien fait d’autre que m’échapper de votre piège ignoble, espèce de cinglé ! Je vais vous dénoncer ! Vous faire arrêter !

Maxince eut un sourire sardonique.

— Vraiment ? Et pour quel motif ? Je ne suis qu’un honnête fabricant de modèles réduits…

— Espèce d’ordure ! Vous l’avez tuée !

— Ho … je vois, vous teniez à la marionnette … vous n’avez pas eu assez de temps pour vous amuser avec ? rétorqua l’homme, perfide.

Midgard le lâcha et le repoussa plus loin.

— Vous avez vous-même mis le feu ! Vous l’avez tuée ! Dégage, sale ordure ! lui cria-t-il.

Le Créateur s’approcha de lui de nouveau, et continua entre ses dents serrées

— Vous l’avez tuée vous-même, en la corrompant. Je savais que vous alliez venir. Et vous ne trouverez plus rien ici. – il s’interrompit – mais ce n’est pas fini… le menaça-t-il. Ce ne sera jamais fini tant que vous n’aurez pas payé. 

Le vieux flic s’approcha d’eux.

— Il y a un problème ? – puis s’adressant au commerçant – est ce que cet homme vous importune, Monsieur ? 

Maxince, dans un rictus, répondit que c’était bon, qu’ils avaient fini ; avant de s’éloigner pour regagner l’ambulance et se rasseoir tout en fixant Midgard. Le détective regarda une dernière fois la scène et s’en alla, la tête basse.

L’appartement était silencieux. Il était tard quand il finit par rentrer chez lui, après avoir erré dans la ville le reste de la journée. Il s’ouvrit une boîte de raviolis en conserve qu’il mit à chauffer. Les yeux dans le vide, il fixait la casserole et son contenu qui commençait à bouillir.

Il s’empara d’une assiette, hésita, et ouvrit finalement un placard dont il sortit une bouteille de spiritueux ainsi qu’un verre.

Avant de s’assoir, seul, dans le salon à peine éclairé, il alluma le poste de télévision ; les journaux du soir ne parlaient que de l’incendie qui avait ravagé l’immeuble et qui s’était déclaré, selon les enquêteurs, dans le sous-sol d’un commerce de modélisme ; une vieille enseigne qui était une figure du quartier. La cause du sinistre était pour l’heure inconnue, mais la thèse de l’accident était la plus vraisemblable.

— Foutaise !

D’un geste violent, il balaya le contenu de la table qui se fracassa violemment sur le carrelage.

Il devait faire quelque chose. Maxince devait payer. Le Créateur avait raison quand il lui avait rétorqué que personne ne le croirait. Qui pourrait croire à cette histoire ?

Midgard se leva, traversa le salon, s’engouffra dans sa chambre et ouvrit un petit tiroir dans une commode dont il sortit une boite en métal verrouillée.

Il s’empara avec précaution de son contenu ; un automatique calibre 9mm. L’arme, souvenir de l’époque où il servait dans l’armée, était parfaitement entretenue. Il y inséra un plein chargeur.

Un vieux paquet de cigarettes qu’il avait conservé en cas d’urgence jouxtait la boite métallique. Il le prit également et l’engouffra dans la poche intérieure de sa veste après en avoir extrait une tige de tabac sec qu’il glissa entre ses lèvres crispées.

Qu’importe les conséquences, Maxince allait payer.

Il fouilla dans ses poches en quête de son briquet, mais il s’arrêta net. Lentement, il porta sa main fermée devant lui. Desserrant lentement les doigts, il découvrit avec effroi une pierre noire.

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