facebook Marc Midgard et Mlle Mystery - 2
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Marc Midgard et Mlle Mystery - 2

Marc Midgard et Mlle Mystery - 2

Publié le 15 nov. 2021 Mis à jour le 17 nov. 2021
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Marc Midgard et Mlle Mystery - 2

Il se réveilla à l’aube entre les draps froissés et moites. La chaleur était déjà suffocante malgré l’heure matinale. Le ventilateur tournait encore paresseusement en émettant son léger bourdonnement. Midgard le fixa un moment. Quelque chose avait changé ; quelque chose qui le dérangeait. Le murmure du moteur semblait plus fort que la veille. Le son discret d’auparavant prédominait à présent sur tous les autres. Mais à bien y écouter, ce n’était pas exactement la vérité. Son volume sonore n’avait pas varié. Ce qui le faisait paraitre plus fort, c’était bien l’absence totale d’autre bruits.

Le détective émergea difficilement de la couche et se dirigea vers la fenêtre et la petite table.

Il se saisit du message de la nuit et le relut encore une fois, tout en jetant un coup d’œil par la fenêtre. La rue était parfaitement déserte.

« Il doit bien faire 35 degrés, maugréa-t-il. Tu m’étonnes que personne ne veuille mettre le nez dehors avec une température pareille ! »

Mais … quand même … les quartiers du centre de la ville étaient connus pour se coucher tard et se lever tôt. L’absence totale d’activité avait de quoi surprendre, même en tenant compte des circonstances météorologiques exceptionnelles. Toujours bien décidé à lever le camp le plus tôt possible - il avait suffisamment perdu de temps pour cette non-affaire - il rassembla ses quelques affaires tout en repensant aux deux messages qui l’avaient mené jusqu’ici. Le fait qu’il n’est pas aperçu celui ou celle qui l’avait glissé sous la porte cette nuit, même de loin, le questionnait. Il referma la porte derrière lui et descendit une dernière fois dans le hall. Il laissa la clé de la chambre sur le comptoir de l’accueil, après avoir sonné plusieurs fois sans que personne ne daigne se déplacer pour enregistrer son départ.

La première station de métro était à moins de 200 mètres, il y serait rapidement.

Le soleil au-dehors était déjà haut dans le ciel lorsqu’il s’aventura à l’extérieur.

Marc Midgard remonta la rue. Ses pas résonnèrent dans un silence étrange pour cette heure du jour. Il passa devant une boulangerie dont le rideau levé lui indiqua qu’elle était ouverte. Il décida de prendre un croissant en guise de petit déjeuné et pénétra dans l’établissement. Une petite cloche résonna pour signaler son entrée. Le son était inhabituellement fort, dans le silence environnant, mais personne ne vint prendre sa commande.

— Ça commence à bien faire ! Personne ne veut travailler aujourd’hui ou quoi ? s’énerva-t-il à haute voix dans le commerce vide.

Il s’empara avec humeur d’une pleine poignée de mignardises, posées sur le comptoir afin d’ouvrir l’appétit d’éventuel client, et ressortit en en grignotant une, en jetant un dernier regard furieux sur la devanture.

Il continua sa route, toujours à destination de la première bouche de station de métro, et passa devant une vieille cabine téléphonique. Celle-ci semblait sortir d’un autre temps.

« Etrange, pensa-t-il. Je pensais qu’on les avait toutes retirées il y a des années… »

Mais il ne comptait pas s’attarder sur le mobilier urbain local et s’apprêtait à dépasser ce détail anachronique quand, au moment où il en était le plus proche, le téléphone à l’intérieur sonna le faisant sursauter. Il s’arrêta net, se demandant ce qu’il devait faire.

Il fixa l’appareil un moment. Les sonneries stridentes succédaient imperturbablement les unes aux autres. Plusieurs secondes passèrent ainsi, emplies seulement de ce seul et unique son.

Cédant à la curiosité et lassé de ce bruit désagréable, finalement il s’approcha, pénétra dans la cabine et décrocha le combiné qu’il porta contre son visage. Décidé à ne rien dire, il contenta d’écouter.

Une voix de femme se fit presque aussitôt entendre dans l’écouteur.

— Monsieur Midgard ? Monsieur Midgard vous m’entendez ? 

Il choisit de ne pas répondre, se demandant néanmoins s’il s’agissait de la fameuse demoiselle Mystery. La voix semblait venir de très loin comme s’il s’agissait d’un appel intercontinental.

— Monsieur Midgard, écoutez-moi. Il n’est peut-être pas trop tard. Il ne faut surtout pas que vous quittiez la rue, Monsieur Midgard. Si vous essayez de partir, vous serez son prisonnier. Il ne faut pas … je l’entends … il arrive … je dois raccrocher. Ne quittez pas la rue ! Attendez mes instructions !

Et elle raccrocha.

— Ça ressemble de plus en plus à un canular, grogna-t-il avant de reprendre son chemin. Si c’est une caméra cachée, je vous préviens que ce n’est pas drôle ! cria-t-il dans la rue déserte.

Sa voix résonna en écho dans un silence de plus en plus opaque et oppressant.

Il finit par atteindre le bout de la rue sans autre fait notable. Tout avait l’air normal si ce n’est l’absence totale de passants et la chaleur tout à fait accablante. Il regarda à droite et à gauche. La station de métro devait se trouver au prochain carrefour. Il traversa la voie pour rejoindre le trottoir d’en face et continua de marcher. Mais les bâtiments n’étaient pas ceux auxquels il s’attendait.

« Bon sang, la station devrait se trouver là non ? Peut-être un peu plus loin ? »

 Il continua ainsi quelques minutes avant de se retrouver devant l’entrée de l’hôtel Mirabeau.

« Qu’est-ce que … j’ai rebroussé chemin ? »

Il regarda derrière lui, et aperçut le bout de la rue qu’il venait de parcourir. Son front était couvert de sueur. Il sortit un mouchoir de sa poche et s’épongea lentement, tout en réfléchissant.

« Je dois être vraiment fatigué, songea-t-il. Je suis revenu sur mes pas … probablement en sortant de cette foutue boulangerie. J’ai dû me tromper de direction. »

Il repartit une nouvelle fois vers la station, repassa devant les mêmes magasins et commerces devant lesquels il était passé quelques minutes plus tôt. Il repassa également devant la boulangerie, toujours aussi vide de clients et d’employés.

Il atteignit peu de temps après la cabine téléphonique qui cette fois-ci garda le silence.

« Mais si elle est là, songea-t-il. C’est que je ne me suis pas planté tout à l’heure ? Ou alors c’en est une autre ? »

Il continua jusqu’à atteindre le croisement. A nouveau il traversa, se dirigeant toujours vers la bouche de la station de métro.

« Bon sang, mais où est cette foutue station ? » grogna-t-il pour lui-même.

Il marcha encore, avant de se retrouver encore devant l’enseigne rouillée du Mirabeau.

— Alors là, c’est fort je dois dire ! - il tourna sur lui-même, essayant de comprendre ce qu’il pouvait bien se passait - Comment vous faites ça ? s’écria-t-il à l’adresse d’un hypothétique interlocuteur invisible.

Il rentra en trombe dans l’hôtel pour vérifier quelque chose. Les clés étaient toujours là où ils les avaient laissées.

« Il doit y avoir une sortie par-derrière non ? pensa-t-il. Elle doit donner sur la ruelle, si ma mémoire est bonne. »

Il passa derrière le comptoir et ouvrit la porte de service.

« De toute façon, y a personne ! Je vais pas me gêner ! »

Le couloir étroit et mal éclairé dans lequel il déboucha s’avéra être un cul-de-sac. La porte qu’il y trouva était verrouillée et ne comportait aucune serrure. Impossible de l’ouvrir. Le détective sentit sa patience l’abandonner.

— Je vais y aller à la hache ! cria-t-il. Ce n’est pas une foutue porte qui va m’arrêter !

Il retourna dans le hall de l’hôtel et brisa la vitre du caisson réservé aux pompiers. Une petite hache s’y trouvait dont il se saisit avant de retourner à grands pas vers la porte fermée.

Le premier coup qu’il donna ne fit qu’entamer la peinture. Il frappa à nouveau, puis encore et encore. De la sueur perlait à grosse goutte de son front. La tâche n’allait pas être simple, surtout avec la température qui semblait encore avoir augmenté. Il continua de s’acharner et enfin, après presque une demi-heure d’effort, la lame de la hache passa une première fois au travers de l’armature.

— Bizarre qu’elle soit si solide… elle a tout l’air d’être simplement en bois, constata Marc en étudiant les morceaux tombés au sol.

Grâce à la première fissure créée, il put arracher d’autres parties, jusqu’à pouvoir se glisser de l’autre côté.

La lumière était encore plus faible ici. Une ampoule, un peu plus loin, n’éclairait que très faiblement l’autre partie du couloir dans laquelle il avait débouché. Il s’avança et observa la source de lumière. Celle-ci bourdonnait et clignotait erratiquement.

« Ils n’ont pas payé leur facture ou quoi, se demanda-t-il. Comment se fait-il qu’elle éclaire si peu ? »

Il continua néanmoins son chemin, s’enfonçant dans les ténèbres. Le couloir suivait une ligne droite, éclairé à intervalle régulier par les mêmes maladives ampoules. Les murs, d’abord tapissés, perdirent au fur et à mesure de son avancée, de leur superbe. Le papier peint laissa place à un crépi grisâtre qui lui-même disparut au profit du béton brut. De même, la vieille moquette bon marché des débuts n’était plus qu’un souvenir. Il marchait à présent sur un revêtement en ciment et ses pas résonnaient dans le silence absolu.

« Ça doit bien faire 10 minutes que je marche. Le bâtiment ne peut pas être aussi grand. »

Il regarda en arrière. Rien ne semblait avoir changé.

Serrant le manche de la hache, il continua de s’avancer dans l’interminable passage. Il dut stopper sa progression quand une grille d’acier aux solides barreaux bloqua l’accès à la suite du tunnel.

« Tu parles d’une sortie de secours, pesta-t-il. Qui peut être assez débile pour poser une grille ici ? »

Il essaya de deviner ce qui se trouvait de l’autre côté mais son regard ne réussit pas à percer l’obscurité parfaite qui y régnait. Fouillant dans les poches de son pantalon, il en sortit un briquet. Passant une main au travers des épais barreaux, il enclencha le mécanisme. Une mince flamme surgit.

De l’autre côté, pour ce qu’il put en deviner, le couloir semblait continuer. Les murs ainsi que le sol semblaient simplement taillés dans la roche nue.

« J’ai dû atteindre une sorte de catacombe, pensa-t-il. L’hôtel doit être construit au-dessus d’un ancien passage. C’est pour ça qu’ils l’ont fermé. Mais là, j’aimerais bien passer ! »

Il tenta en vain de faire jouer les attaches de la grille, tirant et poussant de toutes ses forces. Mais elle ne bougea pas d’un pouce.

— Bordel ! cria-t-il.

Sa voix résonna dans le couloir.

Il allait abandonner et faire marche arrière quand il entendit un bruit de l’autre côté. Il se figea, retenant son souffle. C’était bien ça ! On aurait dit... des bruits de pas ? Ils semblaient se rapprocher. Quelqu’un venait de l’autre côté.

— Bon, l’avantage, c’est qu’avec cette grille, je ne risque pas grand-chose … soupira-t-il. Peut-être qu’il pourra me faire sortir ?

Il cria vers l’obscurité.

— Il y a quelqu’un ? Je suis coincé ici !

Pas de réponse, simplement les bruits de pas qui se rapprochaient encore.

— Mademoiselle Mystery ? C’est vous ?

Cette fois, le silence se fit de l’autre côté de la grille. Qui que soit la personne qui approchait de l’autre côté, elle s’était arrêtée à l’évocation du nom de sa potentielle cliente. Il allait creuser de ce côté-là.

Un instant suspendu dans le temps passa, puis la marche de l’inconnu reprit.

— Je suis coincé ici ! Mademoiselle Mystery ? J’ai eu votre appel tout à l’heure ! Mademoiselle Mystery ? Si c’est vous, est-ce que vous pouvez me répondre !

Toujours aucun autre son, autre que celui des pas, ne lui répondit.

— S’il vous plaît … murmura-t-il, presque comme une supplique.

— Elle ne devait pas prendre contact avec vous, lui répondit une voix masculine. Je le lui avais interdit. Elle sera châtiée pour cela.

Marc avait presque abandonné l’espoir d’une réponse. Surpris, il plongea son regard dans les ténèbres, essayant de distinguer la silhouette de l’interlocuteur mystérieux. La voix lui semblait toute proche.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il en brandissant la petite hache, par réflexe.

La voix tapie dans l’ombre eut un rire bref et grinçant.

— Cela ne vous servira à rien ici. Au revoir Monsieur Midgard. Ou plutôt Adieu, car nous ne nous reverrons pas.

— Qui êtes-vous ! Ne partez pas ! Attendez ! cria le privé en entendant les pas s’éloigner.

— Ce n’est pas la peine de gesticuler, Monsieur Midgard. Vous êtes prisonnier. Fait comme un rat ! Je voulais simplement vous rencontrer avant de vous abandonner dans cette belle cage. Beau travail n’est-ce pas ? J’imagine que vous appréciez le mal que je me suis donné pour vous !

— Qu’est-ce que vous racontez ! Qui êtes-vous ! Hé ! Hé ! Attendez !

Il essaya de faire jouer la grille de tout son poids, sans qu’elle bougeât d’un pouce. De l’autre côté, les pas s’éloignaient lentement, contrastant ironiquement avec l’urgence que ressentait Midgard. Finalement, le silence s’installa à nouveau et le privé abandonna le combat. Provisoirement.

— Et merde ! cria-t-il de toutes ses forces au travers des barreaux.

Seul son écho lui répondit.

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