facebook Marc Midgard et Mlle Mystery - 1
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Marc Midgard et Mlle Mystery - 1

Marc Midgard et Mlle Mystery - 1

Publié le 15 nov. 2021 Mis à jour le 20 nov. 2021
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Marc Midgard et Mlle Mystery - 1

La chaleur écrasait les quelques passants à l’extérieur qui se hâtaient de fuir les températures estivales en vaine quête d’un peu d’ombre ou de fraîcheur. Les chapeaux colorés des femmes n’offraient que peu de réconfort à ces dernières et la rue semblait s’assoupir dans une torpeur paresseuse.

Même les garçons de café et les commerçants, si bruyants d’ordinaire, semblaient avoir rendu les armes devant l’assaut des températures caniculaires. On les voyait, avachis, aplatis à leurs tables ou leurs comptoirs, attendant un éventuel client qui se faisait bien rare.

L’homme écoutait la lente musique du dehors. Les fenêtres étaient entrouvertes et un timide courant d’air jouait avec les fins voilages tirés. Les persiennes ne laissaient entrer que de minces filets de soleil dans lesquels d’infimes grains de poussière dansaient. La chambre était petite et le lit défait sur lequel il était couché en occupait une bonne partie. Une petite penderie, ornée de miroirs passés aux angles usés par le temps, ainsi qu’une petite table et une chaise complétaient l’agencement de la pièce.

Au plafond, un ventilateur poussif brassait un air brûlant. L’homme aurait pu l’éteindre - pour ce qu’il était utile - mais il s’était habitué au léger bruissement des pales et après tout pourquoi ne pas profiter des maigres prestations que la chambre offrait ?

Il tendit le bras vers sa table de chevet et la carafe d’eau qui s’y trouvait et se servit un grand verre qu’il but d’une traite. Le geste, évidemment, ne parvint pas à lui apporter la fraicheur qu’il appelait de ses vœux. Foutue chaleur.

Il se leva et s’approcha des fentes des volets clos. La chambre était au premier étage du petit hôtel et d’ici il pouvait embrasser du regard une bonne partie de la rue. Constatant dans un soupir qu’il ne s’y passait rien de plus qu’une heure plus tôt, lorsqu’il avait déjà tenté de jeter un coup d’œil à l’extérieur, il consulta sa montre une fois de plus. Presque 3 heures de l’après-midi.

Viendrait-elle aujourd’hui ?

Il soupira et sortit de sa poche un bout de papier légèrement froissé. Une nouvelle fois, il relut le court message qu’on avait glissé sous la porte de son bureau trois jours auparavant.

Cher Monsieur Midgard,

     On m’a dit que vous étiez l’homme qu’il me faut pour la situation délicate dans laquelle je me trouve. Je vous expliquerai tous les détails lorsque nous nous rencontrerons, si vous l’acceptez, à l’hôtel Mirabeau, à l’angle des rues Trachel et Vivaldi, dans le 5e. Prenez la chambre 104. Je viendrai dans 3 jours. J’espère vivement vous y trouver.

J’ai vraiment besoin de vous…

À très bientôt,

Mlle Mystery.

Avait-il bien fait de répondre à cette invitation ?

Mystery ne pouvait évidemment être qu’un nom d’emprunt. Pourquoi faire appel à ses services et ne pas donner son vrai nom ? Pourquoi ne pas frapper comme tout le monde à la porte de son bureau plutôt que de glisser un billet au-dessous ? Et de quelle aide pouvait-elle avoir besoin ? A bien y regarder, plus il étudiait la situation, plus celle-ci lui semblait louche.

Mais c’était justement à cause de cette accumulation de mystères qui avait fait que, après avoir tergiversé un moment, il avait cédé et s’était rendu, malgré le peu d’éléments dont il disposait, dans cet hôtel miteux.

« Foutue curiosité, un jour elle m’attirera des ennuis ».

La curiosité… C’était bien elle qui avait poussé Marc Midgard des années plus tôt à choisir la profession de détective privé. Mettre son nez dans les affaires des autres, tel était son métier ; un métier dans lequel il pouvait par ailleurs se targuer d’exceller.

Cependant, il fallait bien reconnaître qu’avec les années qui s’accumulaient dangereusement derrière lui, il commençait à faire le tour du boulot. Au fond de lui, il espérait que ce n’était pas encore une de ces femmes qui voulait prouver les aventures extra-conjugales d’un mari volage. Car voilà bien ce qui représentait 90 pourcents de ses missions… mais aussi de son chiffre d’affaires… il fallait bien manger.

Cependant, même si les statistiques étaient en faveur de l’adultère à immortaliser au travers d’un puissant téléobjectif, quelque chose au fond de lui était titillé et il désirait en savoir davantage.

Pour le moment, c’était au demeurant assez facile ! Il n’y avait qu’à attendre, le plus patiemment possible. Le plus désagréable en fait était qu’il était quasiment impossible de sortir de la pièce, de pendre un peu l’air si tant est que cela fut possible, de peur de manquer l’inconnue. Les seules absences, courtes, qu’il s’autorisait consistaient à se rendre dans les toilettes qui se trouvaient sur le palier. Comment savoir, d’ailleurs, s’il n’avait pas manqué le rendez-vous pendant ses brèves absences ?

« Je dois me fixer une limite, pensa-t-il. Si elle ne vient pas d’ici 24 heures, tant pis, j’abandonne. »

Il regarda à nouveau sa montre. 16h15.

« Donc demain à 16h15, je quitte les lieux. Et tant pis pour elle. Elle n’avait qu’à venir plus tôt. » décida-t-il intérieurement.

La soirée s’annonçait tout aussi accablante de chaleur que la journée. Il regarda à nouveau la rue qui se remplissait peu à peu de promeneurs tardifs et de fêtards bien décidés à trouver du réconfort dans une boisson dont les degrés d’alcoolémie égalaient ceux de l’air ambiant.

Toujours pas traces de Mlle Mystery…

Quel nom d’emprunt ridicule, d’ailleurs ! Pourquoi ne pas signer X à la limite ?

Il réussit à s’endormir péniblement, entre les draps sentant la transpiration.

Un froissement de papier le réveilla. Il distingua dans la pénombre la feuille qu’on glissait sous sa porte.

— Encore ! Non pas cette fois ! s’écria-t-il.

Il sauta hors de son lit – heureusement qu’il avait gardé ses vêtements – traversa la pièce en deux pas et s’élança dans le corridor. Celui-ci était plongé dans l’obscurité et semblait vide de toute présence. Qui que soit la personne qui avait glissé le mot, elle ne pouvait pas être loin. Il descendit les marches quatre à quatre, traversa le minuscule hall de l’hôtel et se retrouva dans la rue. Pas âme qui vive aux alentours.

« Bizarre … pensa-t-il. J’ai peut-être rêvé… »

Il regagna rapidement sa chambre. Il lui fallait vérifier si le papier était bien là. Peut-être que la chaleur lui avait tapé sur le système.

La feuille blanche, pliée en deux, se trouvait bien là où il l’avait aperçue. Il se baissa pour la ramasser et la lut.

Cher Monsieur Midgard,

Je suis désolée … Je n’avais pas le choix.

Je ne m’attends pas à ce que vous compreniez mon action et encore moins que vous l’approuviez. Mais si je ne vous avais pas conduit dans La Rue, il ne me l’aurait jamais rendu…

Je vous souhaite bonne chance,

Adieu,

Mademoiselle Mystery

Dans La Rue ? Avec des majuscules … comme un nom de lieu … et pourquoi finit-elle par bonne chance ?

Quelle partie dans ce message était la plus bizarre ?

Celui-ci, visiblement, avait été rédigé à la hâte. L’écriture était beaucoup moins lisible que pour le précèdent. Néanmoins, pour ce qu’il pouvait en juger, c’était bien la même personne qui l’avait écrit. Aux vues de la forme des boucles et des tracés parfois maladroits, elle s’appliquait mais n’en avait pas spécialement l’habitude. Il s’agissait probablement d’une femme mais aucune certitude à ce sujet. Il essaya de mobiliser ses quelques connaissances en graphologie, mais il ne put deviner quoi que ce soit de plus.

« Bon, ça suffit … demain, à la première heure, je me tire d’ici » décida-t-il avant de regagner son lit, espérant ainsi pouvoir finir sa nuit.

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