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Le chant d'Achille, Madeline Miller ( Pocket ) 

Le chant d'Achille, Madeline Miller ( Pocket ) 

Publié le 30 nov. 2021 Mis à jour le 30 nov. 2021
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Le chant d'Achille, Madeline Miller ( Pocket ) 

Le déboulonnage de statues à le vent en poupe, j'avoue avoir été circonspect à l'idée qu'on arrache celle d'Homère à son socle de majesté.

Le poète antique est lui-même en vogue, on a vu récemment Sylvain Tesson lui consacrer un feuilleton radio transcrit en livre ( un été avec Homère, Équateurs parallèles / France Inter) et une série documentaire. Plus globalement tous ces héros de comics américains dont on use les licences jusqu'à la corde ne sont que les héritiers dégénérés des héros grecs. Tesson disait que Homère était le début et la fin de la littérature ( en substance ), en tout cas il reste une source d'inspiration intarissable.

 

Pourquoi donc Madeline Miller vient-elle donc réécrire pareille perfection? Poussé par cette question, trahi par ma curiosité, je me suis résolu à acheter et à lire ce livre. Je n'en entendais que des éloges, ce qui, à mon sens, n'est pas toujours bon signe (sauf à croire que V. Grimaldi est un génie du roman).
Cette oeuvre est plus complexe qu'il n'y paraît, car pour juger de sa valeur, il faut faire des recoupements littéraires, j'y reviendrai.
 
Premier contact... Dur... Homère le vers exalté contre Miller le récit plutôt précieux quoique joliment écrit... C'est assez inconfortable mais très rapidement la précision des descriptions et des galeries de personnages emportent l'adhésion du lecteur. L'auteure est professeure de Grec ancien et a bien su s'entourer si on s'en réfère à la longue liste de remerciements à la fin du livre (bel exercice d'humilité et d'humanité tous les auteurs ne prennent pas cette peine). Les partis pris littéraires sont documentés, on sent bien les 10 ans qui ont été nécessaires à l'élaboration de l'histoire. "Le chant d'Achille" n'est pas une réécriture complète du mythe mais un point de vue nouveau et une proposition d'hypothèses plausibles, notamment celle qui sera la fil rouge du livre : l' amour mutuel qu'éprouvent Achille et Patrocle.
Homère, contrairement à Eschyle avait éludé la nature de la relation qu'entretenaient Achille et Patrocle, après tout dans l'Illiade, tout n'est qu'affaire d'Hubris, non ? Miller reprend le postulat développé dans "les Myrmidons" à savoir que Patrocle est l'éromène d'Achille. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'y va pas avec le dos de l'aspis. Patrocle est littéralement "émasculé". Miller lui a retiré ses attributs guerriers et virils tout en donnant son point de vue au récit. Cela a rebuté beaucoup de lecteurs (cf Babelio).
 
D'abord décontenancé, je trouve finalement que c'est le tour de force du livre qui s'opère ici. Miller retire beaucoup du souffle épique et de l'Hubris homérique pour offrir une nouvelle tonalité. Féminiser une oeuvre (car c'est de ça qu'il s'agit) ce n'est pas la peindre avec sensiblerie dans le but de prolonger les clichés sexistes existants. D'ailleurs la fin du roman est violente comme peut l'être l'Illiade, pour l'eau de rose, on repassera.
 
Féminiser une oeuvre c'est lui offrir une voix qui, dans la Grèce antique, était réduit au silence. Patrocle est ici la conscience des hommes, leur contrepoint, leur modération, il sera ainsi l'avocat de Briseis et développera un savoir faire en marge de la guerre. Patrocle casse les codes, Patrocle est moderne, Patrocle, même s'il reste homme dans le récit, est un homme en négatif des autres, la haine que lui voue Thétis ( mère dysfonctionnelle et étouffante d'Achille) illustre bien ce propos. Si ce Patrocle avait été une femme en 2021, c'eût été pour défendre l'empowerment et le progrès. Si ceci n'apparaît qu'en filigrane dans le texte, cela me semble être son principal intérêt.
 
Féminiser c'est également pointer la condition de la femme, fût-elle Néréide, dans le mythe. Nous ne sommes pas dans un manifeste féministe, mais le doigt est pointé sur les horribles viols (Thétis par Pélée) et sur la réduction des femmes en esclavage par les héros grecs.
 
Madeline Miller a donc féminisé le mythe mais sans trahir le corpus littéraire qui sert de socle à son oeuvre. C'est tout à fait remarquable, fin, attractif et bien intégré.
 

Plutôt que de déboulonner le buste d'Homère, Madeline Miller le fait pivoter d'un quart de tour, regard vers la fenêtre. Ainsi, il perçoit à nouveau lalumière, la seule, la vraie, celle d'un jour de 2021.

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