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Dans l'antre des Grands Mages - Partie 2

Dans l'antre des Grands Mages - Partie 2

Publié le 4 janv. 2022 Mis à jour le 4 janv. 2022
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Dans l'antre des Grands Mages - Partie 2

Minaud suivait le Grand Mage qui s’avançait sur la grande place déserte. Face à eux se dressait l’imposant palais qui, à vrai dire, s’apparentait plus à un agrégat de tours, de passerelles, de chemins de ronde et de donjons construits sans grande uniformité. De toute évidence, l’harmonie n’était pas une priorité architecturale pour les bâtisseurs de cette Cité.

— Sa construction est perpétuelle, commenta le Grand Mage alors qu’ils approchaient de l’entrée. Chacun de mes prédécesseurs y a ajouté sa touche personnelle… J’ai d’ailleurs moi-même largement contribué à son embellissement, ajouta-t-il, pas peu fier de sa demeure.

La bâtisse emplissait tout le quart sud de la Cité Céleste ; certains de ses ajouts défiaient même la gravité, surplombant le vide avec orgueil. D’improbables terrasses, également suspendues au-dessus du néant, soutenaient de hautes tours le long desquelles s’enroulaient d’étroits et majestueux escaliers en colimaçon. Minaud comprit alors que le Palais n’était autre que la résultante d’une démonstration de grandeur entre illustres sorciers ayant occupé son trône. Le faciès empli de fierté du Grand Mage, confirma sa pensée. 

Il ne semblait y avoir qu’une unique entrée pour accéder à l’intérieur de la prodigieuse et insolite demeure.

— Je vais l’ouvrir, prévint le Grand Mage.

Il s'avança à une vingtaine de pas de la porte et s'arrêta. Il leva les bras et resta ainsi, immobile dans un silence parfait, les yeux clos. Le temps passa, une minute ou deux, durant lequel Le vieil homme resta figé ainsi. Un léger vent se leva et vint agiter la cape du sorcier. Le canari de Minaud se mit à siffler alors qu’un intense courant magique circulait désormais autour du Palais.

La porte renforcée craqua, grinça, et finit par pivoter sur ses gonds. La herse qui se trouvait derrière se releva dans un grincement sinistre, raisonnant avec fracas dans le silence angoissant qui régnait dans la ville volante. Le passage étant libéré, le Grand Mage abaissa les bras et se retourna vers Minaud

— On y va ? lui lança-t-il dans un grand sourire.

—  Je vous suis, répondit Minaud dans un murmure.

Ils pénétrèrent ensemble dans ce qui devait être la cour d’honneur du palais. Les dimensions de celle-ci étaient somme toute étonnamment raisonnables et ne s’accordaient pas vraiment avec la démesure du lieu. Des balcons et des passerelles l’encerclaient et un jeu complexe d’escaliers permettaient d’y accéder et de donner accès aux murs d’enceinte et à diverses tours qui se trouvaient là.

Minaud observa l’agencement hétéroclite avec circonspection.

Les deux sorciers traversèrent la cour et se dirigèrent vers quelques marches situées face à eux qu’ils gravirent jusqu’à une immense porte, ornée d’enjolivures d’acier et de pierres rares. Celle-ci s’ouvrit sans opposer de résistance. La grande salle dans laquelle ils pénétrèrent alors leur offrit un spectacle d’une beauté surnaturelle. Le plafond, dont les voutes s’entremêlaient dans des réseaux complexes de différentes qualité de marbre, laissant juste assez de place pour que des vitraux gigantesques puissent déverser des flots de lumière, se trouvait à une hauteur incroyable. Des grains de poussière dansaient dans les rayons de soleil qui perçaient au travers de verrières aux formes singulières.  Alors que d’immenses tapisseries et tableaux ornaient les allées latérales, de larges colonnes, gravées de signes et d’enjolivures finement ciselées semblaient, quant à elles, se perdre dans le ciel. Entre chacune d’elles reposaient d’imposants bustes si réalistes qu’on aurait pu un instant les croire vivants.

— Ce sont mes prédécesseurs, précisa le vieux sorcier. Tous les Grands Mages, d’Augustus, le premier de notre lignée - il désigna une statue - jusqu’à moi, tout là-bas, tu vois ?

— Il y en a beaucoup ! dit Minaud, visiblement impressionné.

— C’est une tradition qui remonte à la nuit des temps… mais cette tradition est en péril, souffla le Grand Mage.

— En péril, Maître ? s’étonna Minaud.

Alors qu’ils continuaient de traverser la salle, le Grand Mage reprit :

— Il y a de cela quinze ans, des hiérarques de l’Empire Céleste, et quelques-uns venant de cités autonomes, s’associèrent et créèrent une société secrète appelée l’Ordre. Ceux qui s'appellent entre eux des Frères, sont des sénéchaux, des mages, des maîtres d’armes ou bien des hauts conseillers. Ils ont vérolé l’empire petit à petit, au fil des ans. De nos jours, ils sont partout ! Leur but est d’imposer leur vision du monde de l’intérieur. Ils œuvrent secrètement pour imposer la suprématie des Cités Célestes sur le monde, et leur propre suprématie sur les autres dirigeants de l’Empire. Ils refusent, de fait, l’autorité du Grand Mage, mon autorité. Et donc de se soumettre aux dépendances magiques naturelles que sont les éléments catalystes… bois, pierres, métaux…

Minaud n’en revenait pas.

— Et que s’est-il passé ? demanda-t-il, pour alimenter la conversation.

En vérité, il sentait bien que sa relance était inutile car il voyait bien que le Grand Mage avait besoin d’en parler ; que tout cela avait duré depuis bien trop longtemps, et qu’il fallait maintenant y mettre un terme. Le Grand Mage poursuivit :

— Moi, et quelques autres, avons fini par découvrir leurs sombres projets. Ces vermines ne se contentaient pas de palabrer dans des salons ! Leurs actions étaient malheureusement très concrètes et très sombres… Ils avaient mis au point des expériences d’une ignominie sans nom ! Lorsque mes amis et moi avons mis à jour leur complot, leur réaction fut terrible. La plupart de mes alliés ont été emprisonnés ou éliminés… Quant à moi… moi… j’ai dû fuir… Moi ! le Grand Mage ! Obligé de me réfugier dans une grotte ! L’Ordre s’est alors empressé de faire courir la rumeur de ma folie soudaine, puis de ma mort.

Les deux sorciers descendaient à présent un vieil escalier dont l’entrée était dissimulée au fond de la salle.

— Et que s’est-il passé ensuite ?

— J’ai essayé de prévenir l’Empire Céleste. J’ai envoyé des centaines de missives à l’Empereur et à ses proches conseillers pour les informer du complot en cours. Il fallait qu’ils sachent à quel point l’ensemble des instances impériales étaient corrompues ! Mes lettres sont restées sans réponse, si tant est qu’elles soient jamais arrivées à leurs destinataires… J’ai alors décidé d’agir seul ! De tenter de remonter ce réseau de vermines jusqu’à sa tête, jusqu’à celui qu’ils appellent « Maître ». Mais leur organisation est solide et laisse apparaître peu de failles et à vrai dire, seul, ma marge de manœuvre était plutôt limitée. Ça fait dix ans, dix ans que je traque ces rats sans grand succès… J’ai donc décidé de frapper un grand coup pour espérer affaiblir leurs rangs et faire sortir le loup du bois. J’ai découvert que l’une de leur base par excellence, qui abritait, à ma connaissance, au moins deux de leurs frères les plus importants, était la Cité Céleste Éternelle et Merveilleuse… J’ai donc averti le Roi de cette Cité du mal qui rongeait ses rangs et en ma qualité de Grand Mage j’ai exigé qu’il s’en débarrasse sur le champ !

Minaud était suspendu à ses lèvres, bien qu’il connaisse l’issue de l’histoire. Même Cony, si habituellement détaché, semblait porter attention aux propos du vieil Homme.

— J’ai reçu une réponse cette fois-ci… pas celle attendue, je dois bien l’avouer ! Le Roi, sans égard pour mon rang, a jugé bon de m’envoyer paître ! De défier mon autorité légitime, me traitant même de vieux fou complotiste et me menaçant de me faire enfermer si je ne retournais pas m’occuper de mes zinzins de sorciers ! Pour s’adresser à moi de la sorte, j’en ai conclu qu’il devait lui-même être perverti…

Minaud n’en revenait pas que quelqu’un puisse manquer ainsi de respect au plus grand sorcier du monde.

— Probablement n’était-il alors qu’une marionnette dans les mains de Baltazar et d’Armanio, ajouta le sorcier, plus pour lui-même.

— Baltazar ?

Une boule oppressante se forma dans la poitrine de Minaud.

— Oui, mon petit, ton maître n’est autre qu’un des plus importants idéologues de l’Ordre. Et c’est même lui qui serait à l’origine de cette idée de suprématie des cités… et qui aurait développé le projet délirant visant à rejeter les traditions magiques ancestrales ! Il a d’ailleurs activement participé aux terribles expériences qui ont eu lieu !

— Mais, ce n’est pas possible ! bafouilla l’apprenti d’une voix étranglé. Baltazar… il… il est gentil ! Avec moi, il était…

Minaud, la voix brisée par l’émotion, ne termina pas sa phrase, la laissant en suspens. Le pauvre garçon, les larmes aux yeux, paraissait complètement désarçonné. Le vieil homme s’en rendit compte et, pris d’empathie, tenta tant bien que mal de le réconforter.

— Tu sais mon garçon, jamais rien n’est ni tout blanc, ni tout noir… Le pire monstre peut s’avérer être le meilleur des pères ou le mari le plus aimant aux yeux des autres. Il n’en restera pas moins monstrueux !

Face au mutisme persistant du garçon, le Grand Mage termina son histoire :

— N’ayant aucun allié, et plus aucun autre moyen que d’intervenir par moi-même, j’ai donc décidé de couper le mal à sa source, en détruisant la Cité Céleste Éternelle et Merveilleuse.

— Et tous les gens qui y habitaient et qui n’avaient rien à voir là-dedans ! lâcha Minaud d’une voix aigüe, qu’il ne put visiblement pas contrôler.

Le Grand Mage baissa sur lui un regard éprouvé.

— Parfois, les choix que nous faisons sont difficiles.

Minaud se tut à nouveau. Le Grand Mage n’ajouta rien non plus. C’est en silence qu’ils poursuivirent la traversée du palais, passant de salles en salles, toutes sans vie.

Au bout d’un certain temps, dans un mutisme qui devenait pesant, ils arrivèrent à un énième escalier. Celui-ci semblait s’enfoncer dans les profondeurs du Palais.

— Cet escalier mène à la Porte Scellée et à mon antre, annonça sobrement le vieux sorcier.

— La Porte Scellée ? demanda Minaud.

— Tu vas voir quand on y sera… déclara le vieil homme, laissant volontairement planer le mystère.

La longue volée de marches débouchait dans une salle immense et pour le moins surprenante. Elle était totalement ronde et bordée de colonnades magnifiquement travaillées. Une voûte de pierres sombres la séparait symboliquement en deux parties. Au cœur de la première, par laquelle ils étaient arrivés, une immense gravure, taillée dans le marbre du sol, représentait la Cité Céleste Mystérieuse et Magique. On pouvait y lire l’inscription suivante :

LES GRANDS MAGES BÂTIRENT

LA CITÉ CÉLESTE POUR PROTÉGER

LE MONDE

DE LA

SPLENDEUR SCELLÉE

Le Grand Mage invita Minaud à s’avancer vers la deuxième partie de la salle. En passant sous les pierres de la voûte, l’apprenti sentit un picotement dans sa nuque. Il en fit part au vieux sorcier.

— Une puissante protection magique, lui précisa ce dernier dans un clin d’œil.

L’apprenti se demanda ce qu’il serait advenu de lui s’il n’avait pas été invité à passer.

De l’autre côté de l’arche, un disque plane et verticale de deux mètres de diamètre attira immédiatement l’attention du jeune sorcier. De loin, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un miroir, soutenu de part et d’autre par un lourd pied de bois et d’or, mais en y regardant de plus près, on pouvait apercevoir que de lents mouvements se dessinaient à sa surface, comme s’il s’agissait de celle d’un lac paisible.

— C’est impossible, murmura Minaud.

— Ce que tu vois là, mon enfant, peu de personnes l’ont vu ! Il s’agit de la Porte Scellée, le cœur et la raison d’être de la Cité Céleste Mystérieuse et Magique. Celle que tous les Grands Mages ont juré de protéger ! D’ailleurs, seul un Grand Mage a le pouvoir de l’ouvrir, lança le vieux sorcier, gonflé d’orgueil.

— Mais…

Minaud réfléchit un moment.

— Quand vous l’appelez Porte Scellée ? Si c’est une porte, vers où mène-t-elle ?

— Personne ne le sait, Minaud. Enfin si, un seul Grand Mage a réussi à la franchir et à en revenir. Mais il a toujours refusé de parler de ce qu’il avait vu, de l’autre côté.

— Ho… et…  euh… nous ? Nous allons la franchir ?

Minaud se sentit défaillir, il n’avait pas prévenu que son périple avec le Grand Mage serait un voyage sans retour. Le vieil homme le voyant à ce point apeuré laissa échapper un rire, ce qui sembla détendre l’atmosphère.

— Non, non, Minaud, rassure-toi ! reprit le Grand Mage. J’ai juste besoin de l’ouvrir quelques minutes pour me servir du courant d’air métamorphe qu’elle va générer. Mais je dois rassembler quelques éléments avant ça pour fabriquer l’antidote. Attends-moi ici, je vais les chercher dans mon bureau. Je reviens vite !

Le vieil homme laissa Minaud seul et se dirigea vers une petite porte attenante. Le jeune garçon en profita pour observer tout autour de lui. Il était en plein cœur de la Cité Céleste, demeure éternelle des Grands Mages. Tout dans cet endroit respirait la puissance et le danger. Minaud se sentit soudainement tout petit face à tant de splendeur et de magie.

— Un jour, moi aussi je serai puissant ! murmura Minaud en serrant les poings.

« Le jour viendra »

Il entendit la phrase comme un murmure à peine audible alors qu’une brise légère venait lui caresser la joue.  Il secoua la tête pour se remettre les idées en place, pensant à une hallucination. 

« Décidément, cet endroit est franchement bizarre » songea-t-il dans un frisson.

Il fut coupé dans sa réflexion par le Mage qui l’interpella depuis la pièce voisine :

— Minaud ! Est-ce que tu peux installer cette petite table devant la Porte Scellée s’il te plaît ?

L’apprenti pressa le pas pour rejoindre le vieux mage dans son bureau afin de récupérer la table en question. Il entra dans une petite pièce remplie jusqu’au plafond d’objets magiques, d’artefacts, de colifichets, de matériels bizarres et autres alambics destinés à créer des potions et de puissants sortilèges.

Le Grand Mage avait rassemblé plusieurs choses, toutes vraisemblablement rares et précieuses, sur un plateau argenté qu’il posa sur la tablette que Minaud avait installée à sa demande, face à la Porte.  

— Minaud, je suis assez surpris que nous n’ayons pas eu plus de difficultés à venir ici ! Ça ne m’inspire pas vraiment confiance.

Hormis l’horrible Manticore qui lui avait fait forte impression, il est vrai que l’apprenti s’attendait à plus de résistance, voire de périls, pour en arriver jusqu’ici. Il acquiesça donc à la remarque du vieux sorcier.

— Amissy offrait jusqu’ici une protection puissante contre les intrus, déclara le vieux mage. Maintenant que j’ai dû la neutraliser pour entrer, ma Cité n’est plus inviolable et nous risquons sûrement d’avoir de la compagnie. Nous devons rester sur nos gardes Minaud !

Cette annonce ne sembla pas ravir le garçon qui déjà peu à l’aise, sentit la tension monter d’un cran.

— Va là-bas, tu veux ? lui demanda le Grand Mage en lui indiquant l’entrée de la salle. Je vais devoir ouvrir la porte pour préparer le remède. Je compte sur toi pour t’assurer que personne ne vienne ! Et si tu entends le moindre bruit, passe vite l’arche pour revenir vers moi ! Je suis un peu amoindri, il me faudra un peu de temps pour réagir…

Minaud comprit qu’il y avait urgence ; le vieux Mage s’affaiblissait à vue d’œil, et il avait cru comprendre que leur présence dans la Cité ne passerait pas encore inaperçue bien longtemps. Il alla donc faire le guet au bas des marches qu’ils avaient empruntées un peu plus tôt. Au bout d’un certain temps, qu’il ne put estimer, il entendit une profonde aspiration, suivit d’un « SPLOC » provenant du côté de la pièce où œuvrait le Grand Mage. Il se retourna pour voir ce qui s’y passait. Le verre liquide du miroir avait disparu, laissant place à une béance d’un noir profond. Cony, perché dans sa cage, commença à s’agiter comme jamais, sifflant à plein poumon.

— Cony, calme-toi… chut… chut… je t’en prie… tout va bien !

Lui-même, avec son peu d’expérience et son apprentissage non terminé, pouvait ressentir très vivement la puissance qui venait d’être libérée. Un impressionnant courant métamorphe s'échappait désormais de la porte. Sous son regard fasciné, le Grand Mage agitait ses mains avec une vitesse folle et une précision incroyable.

— Pourvu qu’il réussisse… se prit à espérer Minaud.

Il avait conscience d’assister à quelque chose d’exceptionnel et contemplait le spectacle d’un air béat.  Comme hypnotisé par la scène, il en oublia de surveiller les escaliers, tournant le dos aux marches.

Il ne put donc pas apercevoir les silhouettes furtives qui descendaient silencieusement vers lui.

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