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Dans l'antre des Grands Mages - Partie 1

Dans l'antre des Grands Mages - Partie 1

Publié le 1 janv. 2021 Mis à jour le 1 janv. 2021
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Dans l'antre des Grands Mages - Partie 1

Baltazar longeait les couloirs sans fins qui sillonnaient le palais impérial. Arrivé à un croisement, il hésita un instant, regarda par-dessus son épaule, et prit la direction qui menait vers l’aile des appartements dédiés aux plus hauts dignitaires de l’administration. Cet itinéraire, il l’avait emprunté maintes fois et il aurait pu arriver à destination les yeux fermés, mais il devait néanmoins se montrait prudent car la discrétion la plus absolue était de rigueur. Il ne devait pas être vu en ces lieux. Personne ne devait faire le lien entre lui et les autres. Personne, en tout cas, qui ne serait amené à disparaitre rapidement, foudroyé par un mal aussi subit qu’inattendu.

Ses pas solitaires s’arrêtèrent devant une porte que deux statues représentant d’impressionnants mages-soldats semblaient garder de leur froides épées. Arborant tout à la fois un couvre-chef renforcé de lames d’acier et d’une armure scintillantes enveloppée dans une robe de sorcier, les statues de marbre semblaient contempler l’infini. Chacune tenait à bout de bras une longue lame granitique qui barrait l’accès à la porte.

Baltazar s’arrêta à quelques pas des sentinelles de pierre.

— Le monde n’est pas assez grand, murmura-t-il.

Un instant passa, puis dans un même mouvement, les gardiens libérèrent l’accès. L’un d’eux souleva alors une jambe avant de descendre de son piédestal.

— Vous êtes attendu, dit la statue d’une voix caverneuse. Veuillez me suivre.

La porte s’ouvrit alors et le sorcier la franchit à la suite de la statue qui se déplaçait avec une démarche étonnamment souple compte tenu, bien sûr, de sa qualité d’être de pierre.

Ils traversèrent de nombreuses pièces, immenses et vides, dont les rideaux tirés ne laissaient jamais passer le jour.

Enfin, une dernière porte leur fit face, derrière laquelle on pouvait entendre le bruit assourdi de conversations animées. La statue s’arrêta là et s’adressa à Baltazar, en tendant une main ouverte.

— Nous sommes arrivés, Monsieur. Passez une bonne soirée.

Le sorcier grimaça avant de sortir de sa robe une bourse dont il remua le contenu un moment avant d’en sortir une petite émeraude. Il la regarda un court instant en soupirant et la glissa dans la main de pierre qui se referma sur elle.

— Merci, monsieur.

La statue s’en retourna alors garder la porte qu’elle ne quittait jamais.

Baltazar regarda le gardien s’éloigner un court instant avant de pénétrer dans un salon au luxe feutré où un certain nombre de personnes étaient déjà présentes. La décoration, chargée de magnifiques sculptures réalisées dans les bois les plus rares, tranchait avec le vide des pièces qu’il avait dû traverser pour parvenir jusqu’ici. Certains convives étaient debout, tandis que d’autres, assis dans de larges et confortables fauteuils, s’entretenaient avec leurs voisins un verre à la main dans une atmosphère saturée par la fumée des cigares.  La petite assemblée était composée de membres plus ou moins éminents de l’empire ; des sénéchaux, des conseillers et des mages qui avaient tous été convoqués à assister à cette réunion urgente.

Mermiès vint aussitôt à la rencontre de Baltazar.

— Ha ! Alors ! Que t’a-t-elle pris à toi ? demanda-t-il un sourire aux lèvres.

— Il a fallu que ce soit une émeraude, grogna le sorcier.

— Hahaha ! Moi je me suis délesté d’un diamant gros comme le pouce ! Tu vois, ça aurait pu être pire, hein ?

— Ces statues vont finir par nous couter cher, à force, marmonna encore Baltazar qui n’appréciait que peu de devoir s’acquitter d’une pierre précieuse tirée au hasard à chaque fois qu’il venait ici.

— On achète leur silence et le droit de ne pas se faire couper en morceaux, sourit le conseiller. Allez ! Oublie cela, va te prendre quelque chose à boire ! Détends-toi un peu. Ça va bientôt commencer, et on doit parler de choses importantes, si j’ai bien compris.

Le sorcier hocha la tête et s’approcha du bar qui réunissait presque tous les alcools forts, liqueurs et breuvages imaginables. Les bouteilles aux formes alambiquées étaient pour la plupart de grands crus millésimés toutes sélectionnées avec soins et un goût indéniable ; leur luxe n’ayant d’égal que leur valeur. Il consulta du regard une ou deux étiquettes et finit par choisir une liqueur de cerise dont il remplit le fond d’un verre. Tout en portant le liquide à ses lèvres, il regardait Mermiès du coin de l’œil. Celui-ci était en train de discuter tranquillement avec un nouvel arrivant et lui donnait une grande tape dans le dos, en riant.

Le sorcier grimaça, tant à cause du gout trop prononcé de la boisson que par la bonhommie gluante du conseiller qui l’avait accueilli.

Il décida de reporter son attention sur le reste de l’assemblé. Il leva son verre en inclinant la tête vers une silhouette vêtue d’une simple soutane sombre qui, assise à l’écart des autres, était tournée vers lui. Celle-ci répondit au salut du mage par un mouvement quasi imperceptible. Tout en suivant Mermiès du regard, Baltazar forma sur ses lèvres, sans prononcer le moindre mot.

« Je dois vous parler d’une affaire importante, Maître. En privé. »

Une voix grave raisonna alors dans sa tête.

« Viens me voir plus tard dans mes appartements, Baltazar. Nous parlerons. »

Il hocha à nouveau la tête vers la silhouette dont la large capuche cachait complétement le visage. Celle-ci n’avait toujours effectué le moindre mouvement. De ses manches s’étiraient de longs doigts, à la peau grisâtre et parcheminée, qui s’entouraient autour d’un haut bâton dont le bois noir et noueux était sculpté, racontait-on, dans une espèce d’arbre aujourd’hui disparue.

Tous avaient été réunis pour faire le point sur les événements récents et pour évoquer notamment le retour aussi fracassant qu’inattendu du Grand Mage. Un sénéchal se rapprocha de Baltazar et le tira de la contemplation de la liqueur de son verre.

— A-t-on des nouvelles d’Akiri ? le questionna le soldat dont l’uniforme ne laissait guère planait de doute sur le corps d’armée qu’il commandait.

Le manque de politesse dont il faisait preuve, sans s’être ni saluer, ni demander s’il ne le dérangeait pas, fit grogner le sorcier qui ne détacha pas son regard de son breuvage. Ces sénéchaux des Légions Ténèbres étaient décidément sans gêne.

— Mort. Probablement, répondit sombrement le mage.

— Alors il a échoué…

Un autre invité, qui avait capté la conversation, se joignit à eux.

— Entre nous, il y avait peu de chance qu’il réussisse ! dit ce dernier.

Baltazar hocha la tête en signe d’acquiescement.

— C’est vrai, dit-il, mais même si nous n’en avons pas la certitude, tout porte à croire qu’Akiri aurait quand même réussi à le blesser…

Le sorcier préférait rester prudent lorsqu’il s’agissait de parler du vieux mage ; la ruse dont ce dernier savait faire preuve était quasiment légendaire. Aussi Baltazar n’accordait-il qu’une confiance modérée à ce qu’il savait et donc à ce qu’il pouvait en rapporter à ses frères.

Un bruit sourd interrompit brusquement leur conversation. Leur maître venait en effet de frapper le sol de son bâton. Un silence absolu s’abattit aussitôt sur la petite assemblée et tous se tournèrent vers l’homme encapuchonné.

— Tu dis qu’il serait blessé Baltazar ? Peux-tu nous en dire plus ? demanda ce dernier d’une voix froide et caverneuse.

— Bien sûr Grand Maître… - il s’inclina profondément – Je vous remercie infiniment de me permettre de m’exprimer devant vous.

Après avoir fait sa révérence, devant l’assemblée toujours parfaitement silencieuse, le sorcier reprit :

— Comme vous le saviez, Grand Maître, Akiri avait sélectionné parmi ses meilleurs soldats un commando d’assassins pour traquer le Grand Mage et s’en débarrasser. Sans nouvelles de lui depuis plusieurs jours, ni d’aucun de ceux qui l’accompagnaient d’ailleurs, j’ai pris la décision de constituer un nouveau groupe, dont j’ai pris le commandement, pour rejoindre les Montagnes du Nord et essayer de retrouver sa trace. Nous avons suivi leur piste jusque dans une grotte. C’est dans ce trou misérable que devait se cacher le Grand Mage depuis toutes ces années. Mais à notre arrivée, les lieux étaient déserts. Enfin… je veux dire que le Grand Mage n’y était plus. Par contre nous y avons bien retrouvé les soldats d’Akiri. Enfin, précisa-t-il en arborant un sourire vicieux, ce qu’il en restait. De toute évidence, Akiri n’a pas survécu à sa rencontre avec le Grand Mage. Au vu des restes que nous avons retrouvés sur place, il semblerait qu’il ait été dévoré de l’intérieur par un mal inconnu.

Des sourires mauvais apparurent sur les visages de membres de l’assistance. Il ne s’agissait pas là d’hommes à pleurer la disparition d’un des leurs. Quelques-uns commencèrent à chuchoter dans l’oreille de leurs voisins. Le brouhaha stoppa net lorsque le Grand Maître de l’Ordre frappa à nouveau de son bâton.

Baltazar, visiblement satisfait de l’effet de sa nouvelle, reprit avec le consentement de l’homme toujours assis : 

— J’ai donc essayé de comprendre ce qui avait bien pu se passer en inspectant la caverne.  C’est comme ça que nous avons trouvé des traces de sang sur le trône du mage. Akiri et ses hommes étaient munis d’arbalètes, que nous avons retrouvées, et dont les traits étaient empoisonnés… Il semblerait que l’un d’eux, probablement Akiri, ait réussi à toucher le mage. Il en a payé de sa vie mais Akiri a bien mené sa mission.

— Bien… bien… excellent… et sais-tu de quel poison il s’agit, Baltazar ? demanda le Grand Maître.

— Oui. Il s’agit de notre cinquième poison magique… ça ne fait aucun doute. Le plus efficace de tous.

Un murmure balaya à nouveau la petite assemblée. Les nouvelles étaient bonnes. Le Grand Maître imposa à nouveau le silence et invita Baltazar à poursuivre.

— Mes frères, ce n’est pas fini ! Ne nous réjouissons pas trop vite. Comme je vous l’ai dit, le mage n’était plus là. Ce qui veut dire qu’il en a donc réchappé pour le moment. Mes hommes ont aussi remarqué des empreintes de pas récentes qui laissent penser que le Grand Mage n’était pas seul au moment de l’attaque.

— Tiens donc, et as-tu une idée de qui l’accompagne ? demanda le Grand Maître coupant court à l’agitation qui commençait à s’insuffler à nouveau dans l’assemblée.

— Malheureusement non, Grand Maître. Nous n’avons aucune certitude à ce propos. Nous savons juste que les traces de pas se séparent à la sortie de la grotte. Un groupe de deux personnes semble être parti en direction du sud tandis que l’autre, probablement à cheval, serait allé en direction de l’est. Nous ne savons pas pourquoi ils se sont séparés. Nous avons tenté de remonter leur piste mais le temps avait déjà effacé leurs traces.

— Et penses-tu que le Grand Mage fasse partie de l’un de ces deux groupes ?

— Il fait certainement partie du groupe allant vers l’est, répondit Baltazar.

— Comment peux-tu en être sûr ? lança un membre assis dans un des coins de la pièce.

Baltazar lui jeta un regard mauvais, alors que celui qui l’avait interpellé semblait s’être recroquevillé, conscient d’avoir pris la parole sans y avoir été invité.

Le sorcier reprit d’un ton grinçant :

— D’après vous mes frères ? Où pensez-vous que le Grand Mage veuille aller à présent s’il veut survivre ? Il va avoir besoin d’ingrédients très spéciaux pour réussir à fabriquer un antidote. Il lui faudrait au moins un séparateur et deux contre-venin dont un magique pour stopper les effets des cristaux catalystes. Alors mes frères… d’après vous ? Où croyez-vous qu’il puisse trouver ce genre d’ingrédients ?

Les autres, bien qu’ayant chacun une idée de la réponse, restèrent mutiques pour ne pas commettre le même impair que leur frère un peu plus tôt.

— Il y a fort à parier que le Grand Mage et celui qui l’accompagne vont essayer de pénétrer dans la Cité Céleste Mystérieuse et Magique, vous l’aurez bien compris.

— Merci Baltazar... Voilà une situation fort intéressante. Peut-être pouvons-nous faire d’une pierre deux coups, réfléchit le Grand Maître à voix haute ; nous débarrasser du Grand Mage, et mettre la main sur ses trésors. Ce vieux fou va devoir ouvrir la Porte Scellée pour préparer son remède, et nous allons en profiter. Une fois que celle-ci sera ouverte, nous le rayerons des vivants !

Les frères parurent satisfaits à cette idée.

— Baltazar, reprit le Maître. Tu vas aller avec Sakine. À vous deux, prenez autant d’hommes que vous jugerez nécessaires. Attendez le Grand Mage dans sa cité et débarrassez-vous de lui une fois qu’il aura ouvert la Porte !

Sakine s’était levé de son siège et avait rejoint Baltazar face au Maître.

— Il en sera fait ainsi, répondirent-ils d’une même voix.

Ils saluèrent l’homme assis du signe distinctif de l’Ordre et sortirent de la salle. En franchissant une à une les salles vides et obscures, Baltazar s’adressa à Sakine.

— Nous ne savons rien de celui qui accompagne le Grand Mage. Il faudra rester prudent. Il est certainement très puissant. Ne prenons aucun risque.

Sakine, le visage barré d’une profonde cicatrice, hocha la tête. Sakine ne parlait pas souvent, mais il était un combattant hors pair.

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