facebook L’inquiétant survivant - Partie 3
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L’inquiétant survivant - Partie 3

L’inquiétant survivant - Partie 3

Publié le 21 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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L’inquiétant survivant - Partie 3

Ils reprirent ensuite la route à un rythme moins effréné. Karl en profita pour reposer la question qui le taraudait.

— C’est qui alors ce Sénéchal Armanio dont ils ont parlé ? demanda-t-il à qui voudrait bien lui répondre.

— C’est le Sénéchal de la Cité Céleste Éternelle et Merveilleuse, répondit Minaud.

L’absence de réaction de Karl à cette annonce encouragea Kirly à poursuivre :

— En gros, c’était le chef de l’armée de la cité que tu as vue tomber. Faut croire qu’il s’en est sorti. - elle fit une pause avant de continuer - C’est une belle ordure !

Minaud n’ajouta rien pour tenter de défendre le Sénéchal. Probablement était-il d’accord, ce qui n’augurait rien de bon tellement il était rare de voir ces deux-là du même avis.

La forêt se faisait de moins en moins dense à mesure de leur avancée. Lentement, le décor changeait et les arbres laissaient peu à peu la place à de petites parcelles cultivées. Quelques paysans y travaillaient inlassablement et quelques-uns relevèrent à peine la tête pour saluer rapidement la jeune femme. Le chemin montait vers une petite colline au sommet de laquelle un village était installé. Ils passèrent une vague clôture qui devait faire office de protection contre les attaques tout autant qu’enclos pour les bêtes.

Kirly informa ses compagnons de route que ce village se nommait Akara, de même que la petite région qui l’entourait. On y vivait d’ordinaire du commerce, des cultures et de l’élevage mais ces derniers temps, les villageois devaient également se défendre avec les moyens du bord contre les attaques de plus en plus régulières des chasseurs d’esclaves. Une centaine d’âmes y vivaient, dans une trentaine de modestes chaumières.

Minaud regardait les alentours d’un air à moitié dégouté.

— Ça a l’air très pauvre, constata-t-il. Qu’est-ce qu’on vient faire ici ?

Kirly le dévisagea.

— Je ne sais pas si tu as remarqué, lui rétorqua-t-elle sèchement, mais on n’a ni abris ni nourriture et on est poursuivis par des soldats à la solde d’Armanio. Alors si tu as une meilleure idée, je t’en prie. Nous t’écoutons.

Minaud restant muet, Kirly conclut d’un ton péremptoire :

— Si ces braves gens veulent bien nous aider, on aura beaucoup de chance.

« Un point pour Kirly » pensa Karl en souriant. Il regarda le visage ronchon de Minaud qui venait de se faire mettre au tapis.

Ils suivirent en silence la jeune femme qui avait l’air de connaître le chemin. De temps en temps, elle saluait de la main des villageois qui lui rendaient son salut et ils finirent par s’arrêter devant une petite chaumière un peu à l’écart des autres. Elle frappa trois coups à la porte. Entre-temps, elle avertit ses deux compères :

— Sacha est une puissante guérisseuse alors tenez votre langue ! Ne la contrariez pas ! Surtout toi, Minaud !

Minaud marmonna qu’on s’en prenait toujours à lui et qu’il savait faire attention quand même. Puis il réfléchit un instant avant de réaliser.

— Une sorcière ? Dans un endroit pareil ?

Mais la porte s’ouvrit refermant dans la foulée toute réponse possible. Une petite dame un peu rondelette, arborant une chevelure grise toute bouclée et impressionnante d’abondance, leur fit face. Elle les toisa en demandant, d’un air détaché et glaçant :

— Qu’est-ce qu’il a cet endroit, mon petit ? Il ne te plaît pas ?

Minaud devint plus blanc qu’un linge tandis que les deux autres le regardèrent ahuris. Il avait réussi à agacer la sorcière avant même de rentrer !

— Euh… dit-il essayant de se rattraper. C’est une bien jolie maison que vous avez là, Madame ! affublé de son sourire le plus attendrissant.

Ça n’eut pas l’air d’avoir le moindre effet sur la guérisseuse qui regardait autour d’elle.

— Je sais, dit-elle d’un air hautain avant de se tourner vers la jeune fille. Kirly ! Ça me fait si plaisir de te voir ! - elle la serra dans ses bras - Ces petits louveteaux sont avec toi ?

Kirly fut obligée d’admettre que oui, bien que ça lui coûtait un peu de le reconnaître, surtout concernant l’apprenti sorcier. Elle espérait que Sacha ne lui en tiendrait pas rigueur.

— Alors si ce sont tes amis ils peuvent entrer, dit simplement la vieille sorcière.

Au moment où Minaud passait le seuil, elle lui tapota le chapeau.

— Par contre, pas de sorts, ou de charabia chez moi, jeune homme ! lui intima-t-elle.

— Ho, pas de risque pour ça, Sacha, ne t’en fais pas, se moqua Kirly depuis la bâtisse dans laquelle elle venait de pénétrer.

Karl étouffa un rire.

L’apprenti mage se renfrogna et rentra.

— Promis, m’dame, dit-il en passant.

Ils avaient pénétré dans une petite pièce de laquelle une vieille table en bois polie par les ans occupait le centre. Elle était entourée de quatre chaises tout aussi âgées et aux airs peu confortables. Karl jeta un coup d’œil éberlué vers l’autre meuble occupant le modeste espace ; une impressionnante étagère faisant office tout à la fois de bibliothèque et de rangement pour tout un amoncellement d’objets et de flacons vraisemblablement magiques. Se côtoyaient ainsi, sans ordre apparent, des livres de recettes de cuisine, de vieux grimoires dont les reliures seules suffisaient à donner des cauchemars et des bocaux aux étranges contenus.

— Asseyez-vous, les enfants, pendant que je vous prépare des rafraîchissements.

On l’entendit farfouiller dans la cuisine attenante avant de revenir avec un plateau chargé d’eau, de sirops et de tout un assortiment de petits gâteaux secs.

— Ce n’est pas souvent qu’on a de la visite par ici, dit-elle en souriant. Toi ma petite, je te connais, mais qui sont tes amis ? Il ne me semble pas les avoir déjà rencontrés. Tu me fais les présentations ?

— Ce ne sont pas mes… commença à se défendre la jeune femme.

Mais Karl la coupa de justesse :

— Je m’appelle Karl, Madame, et voici Minaud.

La sorcière étudia alors attentivement les deux garçons.

— D’où tu sors ces vêtements bizarres, demanda-t-elle à Karl.

Le jeune homme regarda une seconde son jean délavé, ses baskets boueuses et son t-shirt déchiré en de multiples endroits.

— Ce ne sont pas des vêtements bizarres, répondit le jeune homme un peu offusqué, ils sont très communs ! Enfin … - crut il bon d’ajouter - de là d’où je viens…

La sorcière demanda alors, visiblement intriguée.

— Ha ? Et d’où viens-tu ? J’ai un peu voyagé dans ma vie, et je n’ai jamais vu personne vêtu de la sorte.

— Je me suis perdu en me promenant dans les bois, soupira Karl. D’un seul coup, tout est devenu bizarre, puis il y a eu cette bête et…

— Ouh là ! Doucement mon garçon ! Tu sais je me fais vieille et à mon âge, il faut m’expliquer tout ça plus lentement, dit Sacha les yeux brillants de malice.

Alors Karl, Kirly et Minaud racontèrent leurs histoires. Pour ainsi dire, ils les racontèrent tous les trois en même temps, dans un cafouillage certain durant lequel ils s’interrompirent souvent les uns les autres pour ajouter un détail. Sacha essayait de suivre ce méli-mélo en posant quelques questions quand un point restait à éclaircir et finalement, après un bon moment et pas mal de petits gâteaux engloutis, c’eût l’air d’être un peu plus clair dans l’esprit de la sorcière.

— Donc, si je comprends bien, dit-elle comme pour résumer le tout, toi tu es un oiseau tombé du nid, toi tu n’as plus de maison, et toi - désignant Karl - hum… toi, c’est un peu plus compliqué. Et tous les trois, vous êtes probablement recherchés par Armanio … c’est ça ?

Somme toute satisfaits de cette synthèse assez juste, les trois invités opinèrent.

— Ce qui m’embête le plus dans l’immédiat, c’est ce satané sénéchal ! Ce cafard aurait pu avoir le bon goût de s’écraser avec sa cité quand même ! Ça aurait été la moindre des choses après tout ce qu’il a fait …

— Le problème c’est qu’il n’est pas tout seul, il a une petite armée avec lui, ajouta Kirly.

La vieille dame se frotta le menton en signe de réflexion.

—Oui, ça ne sent pas bon tout ça… il va falloir qu’on aille en toucher deux mots au Sage dès demain. - elle se tourna alors vers Karl - quant à toi mon bonhomme… hummm …

Le jeune homme la regarda plein d’espoir ; peut-être que la vieille sorcière pouvait faire quelque chose pour lui ?

— Je suis désolée, dit-elle. J’aimerais pouvoir t’aider crois le bien, mais ton problème dépasse de très loin l’étendue de mes pouvoirs. Je ne comprends pas bien ce qui a pu t’arriver, alors de là à pouvoir t’aider …

La phrase resta en suspens, emportant avec elle les espoirs de Karl. Le jeune homme essaya de faire bonne figure avec un sourire poli mais le cœur n’y était pas.  

— Je comprends, je comprends… murmura-t-il. Pas de soucis…

— Cependant… peut-être qu’il y aurait quand même quelque chose à tenter… ajouta la guérisseuse.

Karl releva la tête de surprise pendant que la vieille continuait :

— Tu sais, ajouta-t-elle en souriant, nous autres détenteurs du Don, nous sommes un peu comme les chiens, on se renifle de loin ! C’est comme ça que je sais que dans les Montagnes du Nord, à quelques jours de marche d’ici, un puissant sorcier s’est installé il y a quelques temps déjà.  Malheureusement… je n’ai aucun moyen de savoir de qui il s’agit, ni s’il voudra bien t’aider… mais qui sait ? Peut-être qu’il pourrait faire quelque chose pour toi ?

Ça faisait beaucoup de « si » et de « peut-être » mais c’était déjà mieux que rien, se dit Karl. Kirly réfléchit à haute voix.

— Quelques jours de marche … en longeant les frontières de l’empire en plus … ce n’est pas sans danger …

La sorcière afficha un air soudainement grave en s’adressant à la jeune femme :

— Ton ami a une chance d’y arriver en vie, mais ce serait mieux que tu l’accompagnes. Seul, je ne donne pas cher de sa peau.

Minaud alors s’exclama comme animé d’une subite et nouvelle détermination :

— On va l’accompagner ! Hein Kirly ?

Kirly grogna quelque chose d’inaudible. Elle regarda Minaud d’un air furieux. Pour qui se prenait-il ? Il n’avait pas à décider pour elle, bon sang !

À deux doigts de lui apprendre la vie, par principe, elle préféra finalement se raviser et finit par déclarer, un peu à contre-cœur :

— Hummm… bon… c’est d’accord, j’irai avec eux.

Karl, visiblement soulagé d’un poids énorme, affichait un grand sourire tandis que Minaud, très enthousiaste, se réjouissait d’une nouvelle aventure.

Soudain, le ventre de l’apprenti sorcier émit un gargouillis sourd qui ne trompa personne.

— Mais voilà que j’en oublie les règles les plus élémentaires d’hospitalité ! – Sacha se releva brusquement d’un bond - Et si nous dînions les enfants ? Vous devez avoir faim ! J’ai justement préparé un bon ragoût dont vous me direz des nouvelles !

La sorcière disparut comme par magie dans la cuisine où les trois jeunes l’entendirent s’affairer.

— Quatre chaises … un ragout … vous pensez qu’elle savait qu’on allait venir ? s’étonna Karl tout bas.

— C’est une sorcière, expliqua doctement Minaud, une consœur !  Elle a dû sentir que nous arrivions, c’est sûr ! Mon maître m’a déjà expliqué que dans certains cas …

— Sacha est très forte, le coupa Kirly qui décidément n’aimait pas beaucoup les exposés magiques.

La vieille guérisseuse apporta assez à manger pour un régiment de soldats affamés, sans parler de tout un assortiment de sirops et de pâtisseries. Le repas, bien entendu, s’avéra délicieux et Sacha et ses trois convives continuèrent de discuter un bon moment autour de la table. Ce fut l’occasion pour elle de faire un résumé détaillé à Kirly des derniers cancans en cours dans le village.  La jeune femme, dont il était difficile de savoir si elle était réellement intéressée par ce flot d’informations, joua néanmoins parfaitement son rôle de convive en alimentant régulièrement la conversation. Comme quoi, Kirly pouvait se montrer de bonne compagnie quand elle le voulait… Minaud, quant à lui lorgnait régulièrement les épais grimoires de la bibliothèque. Il mourrait d’envie d’y jeter un coup d’œil. Discrètement il tenta d’aller les voir de plus près pendant que les deux femmes se racontaient les histoires d’un certaine Palola qui aurait refusé les avances de Bello, un homme du village. Un petit « Tsss Tsss » le rappela à l’ordre.

— On ne zieute pas les livres des autres, jeune homme !

Lorsque le dîner fut terminé et tous les participants repus, la sorcière se leva pour débarrasser. Karl lui emboita le pas pour l’aider et se rendit avec elle dans la cuisine.

Il écarquilla les yeux tellement cette nouvelle pièce dénotait de celle qu’il venait de quitter. Un immense poêle sur lequel mijotait un énorme chaudron occupait une bonne partie de l’espace. Tout était parfaitement propre et rangé avec soin.

— Tu peux poser tout ça ici, l’invita la vieille femme. Merci Karl ! Je m’occupe du reste, tu peux rejoindre tes amis.

Le jeune homme comprit que Sacha n’aimait pas trop que des intrus se trouvent dans sa précieuse cuisine, le véritable cœur de la petite chaumière.

Il se faisait tard et la nuit était déjà bien installée dehors. Ils aidèrent la vieille femme à aménager un coin dans la petite pièce pour qu’ils puissent dormir confortablement tous les trois. Sacha leur apporta d’épaisses couvertures et un lot de coussins confortables.

— Ce n’est pas le grand luxe mais vous aurez chaud et vous serez à l'abri, dit-elle. Demain, nous irons voir le sage ensemble. Bonne nuit à vous trois, les enfants.

Ils la remercièrent chaleureusement pour son hospitalité et s’endormirent rapidement.

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