facebook L’inquiétant survivant - Partie 2
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L’inquiétant survivant - Partie 2

L’inquiétant survivant - Partie 2

Publié le 20 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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L’inquiétant survivant - Partie 2

Au bout de quelques kilomètres qui leur semblèrent interminables, ils commencèrent à s’éloigner un peu de la route. Le chemin qu’ils suivaient, dont le parcours à peine visible sillonnait les bois, se faisait à présent plus escarpé. Celui-ci finit par déboucher, au terme d’une centaine de mètres particulièrement difficiles, sur une petite étendue ensoleillée. Karl se réjouissait d’être enfin sorti de la forêt quand il remarqua qu’ils se trouvaient en fait sur un promontoire circulaire surplombant une large fosse. Le fond de celle-ci, une vingtaine de mètres plus bas, grouillait d’activité. Des dizaines de silhouettes étaient affairées à des tâches diverses, se mouvant au milieu de longs baraquements disséminés un peu partout en ordre disparate. Au sud, on pouvait distinguait la route qui se frayait un chemin au travers des falaises, passait au milieu des constructions, et continuait vers le nord.

— Venez voir, mais soyez très prudents ! leur chuchota Kirly.

Ils s'avancèrent à plat ventre vers le bord de la falaise jusqu’à atteindre un petit arbuste derrière lequel ils se dissimulèrent.

— Si j’étais vous, leur dit la jeune femme, j’éviterais de mettre mon nez dans des bruyères gratteuses. Ça risque de ne pas être agréable pour vous.

Minaud se gonfla comme un coq et lui répondit sèchement :

— Je sais encore reconnaître une Pustula Demangis quand j’en vois une !

Tout en la toisant du regard, il s’éloigna tout de même de la plante l’air de rien, en se grattant discrètement la main. Karl en fit de même en se frottant le nez.

De là où ils se trouvaient, ils pouvaient embrasser d’un regard l’entièreté de la mine. Celle-ci s’étendait sur l’ensemble de la fosse et des centaines d’hommes et de femmes semblaient travailler là.

L’entrée du puits, qui ressemblait à une sorte de caverne, était située au centre de tout cet enchevêtrement de constructions basses et austères. Ils n’y avaient pas particulièrement d’aménagements qui indiquaient qu’il s’agissait effectivement de l’entrée de quoi que ce soit. Une dizaine d’hommes en guenille attendaient là, surveillés de près par des lanciers aux airs patibulaires.

— On dirait une prison, murmura Karl qui observait attentivement.

Les deux autres ne répondirent rien.

Une agitation s’empara soudainement des hommes de l’entrée quand d’autres silhouettes sortirent de la grotte. Ils avaient l’air nombreux et entouraient un chariot lesté de lourdes pierres. Au centre du plateau, on pouvait distinguer un tout petit coffre maintenu par d’épaisses chaînes.

— Qu’est-ce qu’ils font ? demanda Karl à voix basse.

— Ils ont sorti une pierre volante, souffla Kirly.

Minaud suivait la scène en silence, captivé par l’étrange spectacle.

Les hommes miséreux qui patientaient jusqu’à présent prirent le relais autour de l’engin. Sur injonction des lanciers, ils s’efforcèrent à déplacer la lourde charrue, certains la poussant tandis que d’autres la tiraient avec difficulté.

Le convoi prit alors la direction d’un bâtiment trapu qui se trouvait non loin. À mi-chemin du but, une roue se prit soudain dans un cahot et la charrette bascula un peu en tressautant. L’une des lourdes pierres lestant le plateau, qui avait sans-doute été mal fixée, tomba alors lourdement sur le sol. Une grande agitation s’empara aussitôt des mineurs autour du chariot. Celui-ci commença à se soulever du côté où se trouvait le leste et la nouvelle inclinaison fit glisser le reste des poids.

Les forçats essayèrent tant bien que mal de retenir la cargaison, tirant de toutes leurs forces ou se suspendant carrément aux cordes qui pendaient de part et d’autre mais c’était peine perdue.

Les roues de la charrette se détachèrent du sol les unes après les autres et bientôt l’ensemble s’envola. L’un des hommes n’eut pas le réflexe de lâcher prise en même temps que les autres et on le voyait désormais s’agripper de toutes ses forces à une corde, une dizaine de mètres au-dessus du sol tandis qu’il prenait encore de l’altitude.

— Le malheureux, chuchota Kirly. Il est perdu…

Karl et Minaud regardaient la scène, impuissants au drame qui se déroulait sous leurs yeux.

L’homme finit par lâcher la corde d’épuisement, et chuta d’une centaine de mètres avant de s’abattre au sol dans un bruit sourd.

Les mineurs rescapés tentèrent d’aller se porter au secours de leur camarade, mais ils furent violemment rappelés à l’ordre par les soldats en faction. Ceux-ci les menacèrent de leurs armes, rouant de coups les récalcitrants en leur ordonnant de se remettre au travail. Le corps du mineur resta là, inanimé, gisant à l’endroit même où il était tombé.

Karl était extrêmement pâle. Il tenta de se relever mais Kirly le retint par la manche.

— Il est … il est sans doute blessé ! Il faut qu’on aille l’aider !

— Non ! On ne peut rien pour lui ! Il est mort. Et nous on ne bouge pas d’ici.

— Mais … on doit …

— On ne doit rien du tout ! Il est mort. C’est tout. Et si on se fait remarquer, on rejoindra ces pauvres gens.

— Minaud ! Toi, tu comprends hin ? On doit l’aider !

Le jeune sorcier affichait un air inhabituellement grave. Il fit non de la tête, n’ajoutant rien de plus. Karl détourna la tête. C’était la première fois qu’il voyait un homme mourir.

— J’en ai assez vu… partons d’ici… s’il vous plait…  réussit-il à articuler, au bord de la nausée.

Il était profondément choqué par ce qu’il venait de vivre… sur le point d’accéder à sa demande, la jeune fille se ravisa soudain :

— Par-là ! dit-elle. Regardez !

Elle indiquait la route par laquelle des soldats étaient en train d’arriver. Ils devaient être une centaine à entourer une carriole traînée par un cheval visiblement épuisé. Le pauvre équidé n’était pas animal de trait et de toute évidence, il n’avait pas l’habitude de tirer du chargement sur de longues distances.

Un homme recouvert d’une cape sombre souillée de boue montait un destrier à l’avant de la troupe. Un lourd casque de métal noir, arborant une large plume bleue, lui protégeait la tête et le nez.

— Je reconnaitrais ce casque entre mille … c’est celui de… non, ce n’est pas possible, c’est le Sénéchal ! s’exclama Minaud en plissant ses yeux pour mieux voir.

De leur poste d’observation et à cette distance il était dur de distinguer avec certitude le visage de l’homme. L’apprenti se tourna vers Kirly.

— Il aurait survécu ?! s’étonna Minaud, l’air soudain inquiet.

— Ça ne m’étonnerait même pas, répondit Kirly. Les sales cafards de son genre sont difficiles à tuer.

— Qui c’est ? demanda Karl à ses deux compagnons.

Mais il n’obtint pas de réponse.

— Taisez-vous ! ordonna Kirly. Regardez !

Karl ravala sa question en ronchonnant un peu et reprit son observation.

 

Un homme dont les riches vêtements colorés dénotaient au milieu de ce paysage sinistre sortit de l’une des constructions entourant la mine. Il se dirigea vers les nouveaux venus, accompagné d’une escorte d’une dizaine d’hommes. Le Sénéchal était entre-temps descendu de sa monture et les attendait tranquillement.

L’homme bien vêtu, un responsable de la mine probablement, et le Sénéchal se saluèrent comme deux vieux amis et commencèrent à parlementer. Ils semblaient bien se connaître. Le gradé accompagna alors le responsable vers la charrette fraîchement arrivée et lui en montra le contenu. Le responsable jaugea la marchandise avec attention et il en parut pleinement satisfait. Commencèrent alors ce qui semblaient être des tractations entre les deux partenaires.

— Qu’est-ce qu’ils font ? demanda Karl qui cette fois-ci espérait une réponse.

— Ce n’est pas bon … cette vermine vient vendre des esclaves, grogna Kirly, les mâchoires serrées de colère.

Minaud, estomaqué, ne semblait pas en croire ses yeux.

— Est-ce que quelqu’un veut bien finir par me dire de qui il s’agit ? ! Tout le monde a l’air de le connaître sauf moi ! s'énerva un peu plus fort Karl.

— Lui, mon gars, c’est le Sénéchal Armanio.

Des rires éclatèrent derrière eux, les faisant sursauter. Ils se relevèrent aussitôt pour découvrir que trois soldats aux allures pas commodes se tenaient à quelques pas.

— Regardez qui on a là, les gars, dit l’un d’eux. C’est le chef qui va être content, je vous le dis !

Ils affichaient des sourires mauvais.

Kirly s’était muni, les sortant d’on ne sait où, d’une épée dans une main et d’un poignard dans l’autre, et s’était mise immédiatement en garde. Par réflexe défensif, Karl avait quant à lui levé les mains à hauteur de son visage. Surpris, Minaud avait sauté d’un pas en arrière.

Les soldats se ployèrent de rire en regardant la posture de Kirly.

— Ho dit donc les gars, on dirait qu’on a affaire à une guerrière !

Celui qui se tenait le plus à droite, se déplaça lentement de manière à les encercler tout en ajoutant :

— Hé ! mignonne, tu vas faire quoi avec tes joujoux ?

Kirly leur adressa un regard plein de froideur, mais ne prononça pas un mot. Elle avait les yeux rivés sur eux.

— Ça fera trois esclaves de plus à vendre, dit le premier soldat, visiblement très content de sa trouvaille.

Celui le plus à gauche examinait Kirly d’un œil expert.

— Celle-là, je pense que le chef la vendra à un bordel.

— Ou il préférera la garder pour lui, plaisanta celui de droite. Le chef aime bien s’amuser.

Il avait dit cela tout en fixant la jeune femme, comme un prédateur ne quittant pas sa proie du regard, sur un ton plein de menaces.

— Allez ça suffit ! Fini de rigoler ! On les capture et on les amène au Sénéchal ! 

Les trois soldats s'avancèrent soudainement. Surpris, Minaud recula d’un pas, heurtant de plein fouet Karl, qui lui s’avançait pour porter renfort à Kirly.

Les deux garçons perdirent l’équilibre et tombèrent l’arrière-train en plein dans la bruyère gratteuse. Minaud laissa tomber son bâton dans sa chute ce qui énerva profondément le volatile qui s’y trouvait. Celui-ci se mit à siffler ce qui devait être des injures en canari. Ils se mirent tous deux à éternuer sans discontinuer.

Les trois soldats s’étaient arrêtés net devant le piteux spectacle et riaient à présent à gorge déployée. Kirly s’était retournée et roula des yeux en soupirant, dépitée par la scène qu’offraient ses compagnons de route.

Soudain, le canari du jeune sorcier se mit à s’agiter tout en poussant des sifflements frénétiques. Il semblait hystérique, comme si on allait le passer à la broche. Un vent violent venu de nulle part se mit alors à souffler et tout à coup un puissant mur d’air balaya les soldats comme des fétus de paille. Ils furent projetés en roulant quelques mètres plus loin. Kirly, qui avait également subi les effets du souffle mais qui était plus agile, se releva plus vite. Elle sauta sur le premier garde qui se relevait déjà et le plaqua au sol tout en lui assénant un violent coup avec le manche de son épée. L’homme perdit aussitôt connaissance. Karl hésita une seconde ne sachant que faire tandis que le deuxième soldat commençait également à de relever. Sans réfléchir davantage, presque par reflexe, il ramassa une pierre, se jeta sur lui avant de le frapper à la tête. Celui-ci chancela un peu avant de s’écrouler.

Le jeune homme se regardait les mains, incrédule.

— Je l’ai tué ? je l’ai tué ? je ne voulais pas … je suis désolé … monsieur ? ça va ?

Il commençait à s’approcher du corps de son adversaire pour lui venir en aide quand Kirly s’interposa.

— Rassure-toi, il n’est pas mort, juste inconscient… ces hommes là sont solides malheureusement … ils en ont vu d’autres …

Tandis qu’elle disait cela, elle regardait le troisième soldat qui avait pris ses jambes à son cou et était déjà bien loin. Elle lâcha un juron et se tourna vers ses deux acolytes.

— Il faut qu’on s’en aille ! Vite ! 

Karl et Minaud se grattaient compulsivement sous les effets urticants de l’arbuste qu’ils avaient écrasé. La main droite de Minaud avait doublé de volume tandis que tout le côté droit du visage de Karl était rouge, enflé et le démangeait. Ils faisaient peine à voir mais cela n’attendrit pas Kirly le moins du monde qui les pressa davantage. L’apprenti eut juste le temps de ramasser son bâton avant de courir à toutes jambes derrière les deux autres qui s’enfuyaient déjà.

— Ça gratte, c’est horrible ! gémissait Minaud durant la course.

— Arrête de râler ! Garde ton souffle plutôt ! Ça va passer d’ici une heure ou deux, lui lança Kirly. Par contre, si Armanio nous rattrape, ça va être beaucoup plus désagréable pour nous tous.

— Qu’est-ce que c’était ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? C’était quoi ce vent ? demanda Karl en haletant.

— Tu le sais toi ? répondit Kirly. On est en vie c’est ce qui compte !

— Et où on va maintenant ?

— Il y a un village plus loin, à quelques kilomètres au nord. C’est là où nous allons. J’y connais quelqu’un. Nous y serons en sécurité, répondit-elle sans ralentir son allure.

Derrière eux, Minaud tentait de suivre la cadence mais se laissait de plus en plus distancer.

— On peut ralentir un peu, lança Karl qui avait un peu de peine pour le jeune garçon. On est assez loin, non ?

L’apprenti sorcier ne pouvait plus suivre et soit ils ralentissaient soit ils devaient l’abandonner derrière eux. De mauvaise grâce, Kirly se résigna à faire une pause pour l’attendre et lui laisser le temps de reprendre son souffle. Le village n’était plus très loin désormais et ils y seraient avant la nuit.

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