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L’inquiétant survivant - Partie 1

L’inquiétant survivant - Partie 1

Publié le 19 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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L’inquiétant survivant - Partie 1

Les trois jeunes gens longeaient depuis un bon moment déjà la rivière en direction du sud. Le paysage monotone faisait défiler sans imagination les mêmes étendues d’arbres se trouvant à quelques distances du cours d’eau d’apparence si calme. Le soleil quant à lui étendait ses rayons qui prenaient désormais une teinte orangée. La nuit allait bientôt prendre son tour de garde autour du monde, et il était temps pour les trois compagnons de route de trouver un abri afin d’être en sécurité durant les heures nocturnes.

— Nous allons nous arrêter ici.  - Kirly désigna un petit renfoncement dans la forêt voisine – Vous deux, trouvez de quoi allumer un feu ! Moi je vais voir si je peux nous trouver quelque chose à nous mettre sous la dent. 

Elle s'enfonça rapidement dans les bois pendant que les deux garçons se regardèrent en silence.

— Bon, soupira Karl, exténué et visiblement dépassé par les évènements. Faisons comme elle a dit, allons chercher de quoi allumer un feu…

Il s’approcha de la lisière et commença à rassembler quelques petites branches mortes. Minaud fit de même, mais de moins bonne grâce, cependant. Il était fatigué par la marche et il avait du mal à se remettre de ces deux derniers jours aux cours desquels il avait tout perdu. La Cité, sa maison, son maître, tout son univers confortable avait disparu en l’espace d’un instant, et tout cela faisait évidemment beaucoup à supporter pour ses frêles épaules. Lui avait survécu à cette tragédie, mais il se sentait mal. Pourquoi lui ? Il avait eu de la chance … si on pouvait appeler ça comme ça … et voilà que maintenant, venant s’ajouter au reste de ce drame, une fille vêtue de guenilles, une vagabonde, une … une habitante du Sol quoi ! Voilà qu’elle osait lui dire quoi faire, à lui, un apprenti mage, un honorable citoyen de la Cité Céleste Eternelle et Merveilleuse ! Pour qui diable se prenait elle ? Tout cela n’était pas normal. Tout cela n’était pas, mais alors pas du tout, dans l’ordre des choses. Et Karl … il avait l’air plutôt gentil mais … il n’avait pas l’air … enfin il était bizarre. Oui voilà, bizarre. C’était le mot qui convenait le mieux ! La même brindille à la main depuis cinq bonnes minutes, immobile au milieu de la berge sous la voute céleste qui commençait à scintiller de myriades d’étoiles, le jeune apprenti, perdu dans ses pensées, était perdu. Il décida alors d’en savoir plus sur eux deux et s’approcha de Karl tout en prenant un air détaché.

— Dis donc, elle n’est pas commode Kirly, pas vrai ?

Karl haussa les épaules.

— C’est vrai qu’elle a un caractère pas facile, reconnut-il.

— C’est ta femme ? demanda Minaud de l’air finaud de celui qui savait qui portait la culotte dans le ménage.

Karl faillit s’étrangler de surprise.

— Mais non ! Pas du tout ! On s’est rencontrés il y a trois jours ! Je ne la connais pas plus que toi.

— Hum ! répondit Minaud qui ramassait quelques brindilles, pour la forme. Et toi, du coup ? Tu vivais aussi sur la Cité ? Je ne t’ai jamais vu là-bas…

— Non… la cité comme tu dis, je l’ai juste vu tomber … je n’en sais pas plus.

— Ah ? mais du coup … tu vis au Sol toi aussi ? demanda Minaud en fronçant les sourcils.

— Ben, c’est-à-dire que je ne savais pas qu’on pouvait habiter ailleurs, tu vois ? Je me promenais dans la forêt… ça devait être ma dernière randonnée avant la fin des vacances tu vois ? Et … je ne sais pas, j’ai dû me perdre … puis j’ai vu ce dragon qui détruisait cette cité … je me suis retrouvé dans cet endroit bizarre … je me suis enfui et Kirly m’a fait prisonnier, enfin je crois…

— Ha ! je le savais qu’elle était malhonnête, peut-être même dangereuse ! le coupa Minaud les yeux plissés. On doit se débarrasser d’elle !

— Mais non Minaud, je n’ai pas dit ça ! Je ne crois pas qu’elle soit mauvaise. Enfin, j’espère ! Elle ne m’a fait aucun mal en tout cas…

— Moui… n’empêche qu’elle se balade toujours avec tous ses couteaux là …

La courte conversation n’alla pas plus loin, la fatigue étant finalement venu à bout de l’envie de converser des deux garçons. Ils rassemblèrent en silence les branches ramassées çà et là et préparèrent le campement pour la nuit. À vrai dire, ce ne fut pas très long tellement leurs conditions étaient précaires.

C’est à ce moment-là que Kirly revint, se faufilant sans bruit au travers des arbres et des hautes herbes telle un félin. Elle déposa à ses pieds le petit baluchon qu’elle transportait.

— J’ai notre dîner, dit-elle avant de contempler le petit monticule de branches d’un air découragé. Le feu n’est pas encore allumé… soupira-t-elle tout en sortant un petit appareil de sa poche.

Il s’agissait d’un petit mécanisme en bois dans lequel une petite manivelle venait se faire rencontrer deux pierres au moyen d’un petit engrenage usé par le temps. Un petit réservoir était fixé au-dessus du tout par une cordelette artisanale. L’objet avait l’air très ancien et avait l’air d’avoir été rafistolé un bon nombre de fois. Ça ne ressemblait à rien de ce que Karl avait déjà pu voir.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il curieux, sans toutefois obtenir de réponse.

— Et zut ! Je n’ai plus de pollen à feu. Faut que j’aille en chercher… à moins que… - elle toisa du regard l’apprenti sorcier - un sort d’embrasement peut-être ?

Minaud haussa les épaules. Il n’avait pas encore appris les sorts de feu, sinon c’est sûr que ce n’est pas sur le bois qu’il l’aurait utilisé, pensa-t-il secrètement tout en arborant un sourire plein de malice.

Il fut tiré de cette agréable pensée par Karl qui s’écria :

— Dans mon sac ! 

Il fouilla avec empressement celui-ci et non sans satisfaction, en sortit la petite boîte d’allumettes de secours. Les deux autres le regardèrent faire avec une certaine circonspection.

— Merci papa d’avoir tant insister pour que je les emmène ! Regardez ce que j’ai trouvé ! On va pouvoir faire du feu !

— Qu’est-ce que tu comptes faire avec ces petits bâtons exactement ? demanda Kirly.

— Vous n’avez jamais vu d’allumettes ? leur demanda-t-il surpris, avant de se raviser. Non, bien que sur non…

— Des … allumettes ? demanda l’apprenti sorcier visiblement intéressé ? je peux voir ?

Il commença à approcher ses mains du trésor de Karl mais Kirly lui enserra le poigné comme dans un étau.

— Le feu d’abord, si ça ne te fait rien, articula-t-elle sur un ton particulièrement menaçant.

Minaud la regarda, surpris.

— Oui… oui le feu bien sûr, tu peux me lâcher ? tu me fais mal !

Il frotta son poigné douloureux tout en alternant un regard noir vers la jeune femme et un autre empli de curiosité vers Karl qui frotta le petit bout de bois sur le côté de la boite.

L’allumette s’embrasa alors sous les regards ébahis.

— C’est de la magie ! chuchota Minaud qui ne quittait pas des yeux l’étrange ustensile.

Bientôt le feu se mit à crépiter et Kirly, bien que brièvement intéressée par ce tour de passe-passe, se remit rapidement à sa tâche première. Elle sortit alors trois bestioles qui ressemblaient à s’y méprendre à de très gros écureuils, s’éloigna et commença à les vider en se débarrassant des abats dans la rivière à la surface de laquelle apparurent aussitôt de gros remous.

Tout en la regardant faire en se laissant réchauffer par les flammes, Karl jeta un coup d’œil à Minaud. Celui-ci était toujours très intrigué par la boîte d’allumettes. Il l’inspectait sous tous les angles et finit à force d’obstination par trouver comment l’ouvrir. Il en sortit avec une infinie prudence un des petits bâtons qu’elle contenait et se mit à l’étudier attentivement. Il entreprit d’en passer le bout rouge sous son nez, le huma à plusieurs reprises puis, de l’air rassuré de celui qui a compris l’astuce, décida de le frotter sur le bout de sa langue. S’ensuivit alors une grimace lourde de sens. L’apprenti sorcier regarda discrètement aux alentours, voulant s’assurer que personne ne l’avait vu, et rangea l’allumette dans son étui ; ni vu ni connu ! Karl, qui l’observait du coin de l’œil, ne put s’empêcher de sourire.

Les rongeurs étaient à présent en train de griller au-dessus des flammes sous les regards un peu écœurés de Karl et Minaud. La perspective de goûter ce qui ressemblait furieusement à une sorte de gros rat ne les enchantait pas particulièrement.

Une fois cuits, Kirly tendit à chacun une brochette mais l’un comme l’autre, malgré la faim qui les tenaillaient, n’avaient pas l’air spécialement pressés de manger. Ils s’entre-regardèrent un peu aux abois en essayant de désigner muettement celui des deux qui tenterait en premier l’aventure.

La jeune femme quant à elle déchiquetait la viande avec bon appétit. Karl la regarda faire et constata qu’elle avait l’air de se régaler. Au moins, elle n’était pas tombée raide morte dès les premières bouchées ce qui le rassura un peu. Prenant son courage à deux mains, il finit par se lancer. Sage décision et heureuse surprise car la viande s’avéra délicieuse ! Il remercia beaucoup Kirly pour le repas. Minaud qui ne supporta pas bien longtemps d’être le dernier à mourir de faim, finit par céder et mangea finalement de bon cœur.

— Ch’est délichieux ! Merchi  Kirly ! dit-il la bouche pleine, mettant de côté un instant tous ses griefs envers la jeune femme.

 

Une fois leur ventre plein, tous s’endormirent à la belle étoile. Se regroupant aussi près que possible du foyer, afin de profiter de sa douce chaleur, chacun se protégeait du froid comme il le pouvait. Minaud était recroquevillé sous sa cape de sorcier, comme lui-même l’avait présentée avec un air fier et hautain. La jeune femme avait fait de même, même si elle semblait moins atteinte par les rigueurs du froid nocturne. Elle tenait dans sa main une longue dague. Lorsque les deux autres lui avaient demandé pourquoi elle avait sorti cette arme, elle avait levé les yeux au ciel.

— On fait une cible facile … et en plus je n’ai aucune confiance en vous ! leur avait-elle donné en guise d’explication.

Le jeune apprenti avait alors fait un signe éloquent à Karl qui aurait pu se traduire par « Tu vois, je te l’avais bien dit qu’elle était dangereuse ! »

 

La jeune femme les avait bien prévenus un peu plus tôt que le lendemain serait une longue journée. Emmitouflé dans son mince couchage, Karl avait du mal à trouver le sommeil malgré l’immense fatigue qu’il ressentait. Tout en écoutant avec vigilance les bruits nocturnes inconnus de cette forêt mystérieuse, il contemplait le ciel empli d’étoiles en pensant à sa famille qui lui manquait tant. Il ne comprenait rien de ce qui lui arrivait. Tout semblait différent, étranger, anormale … mais ce n’était pas seulement ça … il se sentait constamment en danger et ce sentiment désagréable était nouveau pour lui.

— Faites que tout ça finisse vite … je n’aime pas être ici … s’il vous plait, aidez-moi … je veux rentrer chez moi … murmura-t-il comme une prière bien qu’il ne fût pas spécialement croyant.

Trouverait-il un jour le chemin du retour ? Il se sentait comme pris dans une nasse, avec l’impression que rien de ce qu’il pouvait faire ne pourrait le sortir de là.

"Je ne peux pas abandonner … je dois continuer ! Je rentrerai chez moi ! "se promit-il en serrant les poings, retenant ses larmes de toutes ses forces.

 

Il crut alors entendre des pleurs étouffés dans le noir, tout près de lui. Se tournant légèrement, le plus discrètement possible, il essaya d’apercevoir ses deux camarades mais ceux-ci avaient l’air de dormir profondément. Il ne chercha pas à en savoir plus, ferma finalement les yeux et finit par sombrer dans un sommeil sans rêves.

 

Lorsque Karl ouvrit les yeux, le jour était déjà levé et Kirly avait déjà rempaqueté ses quelques affaires. Elle était en fait prête à partir et s’impatientait quelque peu. Le visage soucieux de Minaud était penché au-dessus de celui du jeune homme dans un déferlement de cheveux en bataille.  

— Allez debout ! lui dit-il tout en le secouant. Sinon, tu sais, Kirly va encore se fâcher !

— Je t’entends tu sais, Minaud, marmonna Kirly.

Minaud se redressa d’un seul bloc et adressa un sourire forcé à cette dernière en se frottant la tête de l’air le plus innocent qu’il put trouver dans la vaste panoplie qu’il avait lui-même baptisé « mimiques apitoyantes pour quand on se fait prendre. »

— Ben quoi ?

La jeune femme lui lança à peine un regard, haussa les épaules et alla pester un peu à l’écart contre la lenteur des deux garçons. Minaud jubilait secrètement.

—On dirait qu’elles commencent à marcher mes mimiques ! se réjouit-il. Je n’ai même pas été battu cette fois !

— Pourquoi ? Tu es battu d’habitude ? demanda Karl occupé à replier sa couverture

Minaud le regarda avec effroi.

— Tu sais lire dans les pensées ?

— Euh… non… tu as dit ça tout haut, c’est tout…

 

Cinq minutes plus tard, ils purent alors se remettre en route. Une route ponctuée des soufflements de la jeune femme qui n’avait pas du tout apprécié d’attendre.

— Nous serons bientôt au gué de la mine, leur indiqua-t-elle avec froideur. Il faudra être prudent ! – elle se tourna vers Karl - C’est bien compris ? On n’aide personne. S’il y a un problème, on se cache et on attend.

Karl hocha la tête et maugréa :

— Compris oui …

Minaud les regarda tour à tour, interloqué.

— Qu’est-ce qu’elle insinue ? Elle te reproche de m’avoir sauvé, c’est ça ? demanda-t-il un peu choqué.

Kirly se retourna vers lui.

— Écoute Minaud, tu as l’air d’être un garçon… euh… plutôt… correct, enfin… inoffensif en tout cas. 

Devant un Minaud à l’air outré et prêt à rappeler son statut supérieur de sorcier, elle poursuivit en lui coupant ainsi le sifflet.

— Mais on a eu de la chance de tomber sur toi, Minaud et pas un autre. Et de la chance, on n’en a pas une quantité infinie donc à partir de maintenant on arrête de prendre des risques et on essaie de continuer à rester en vie.

Le ton péremptoire de la jeune femme ne laissait aucune place à une argumentation supplémentaire.

— Bien chef, finit par répondre Minaud sur un ton frisant le sarcasme.

 

Le lit de la rivière s'élargissait avec leur descente vers le sud et le cours d’eau semblait être également moins profond. On pouvait y passer à pied, parfois même à sec semblait-il. Les poissons monstrueux qu’ils avaient aperçus, mais dont ils se rappelaient très bien, en amont de la rivière ne pouvaient certainement pas arriver jusqu’ici. L’endroit devait sans doute être le fameux gué dont la jeune femme leur avait parlé la veille.

Kirly s’arrêta pour examiner le sol et les traces qui y apparaissaient. Elle distingua dans la terre humide de profondes rainures ainsi que de nombreuses empreintes.

— Une charrette et des hommes à pied sont passés par ici… il y a peu de temps, constata-t-elle. - elle scruta autour d’elle - Il ne semble pas y avoir de guetteurs, mais restons prudents. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Voir sans être vu, c’est leur métier.

Une route carrossable s’éloignait de part et d’autre du passage et on la voyait qui s’enfonçait dans la forêt.

— Où mène cette route ? demanda Karl à Minaud qui était resté à ses côtés.

C’était la première fois depuis son arrivée que Karl voyait une route. Voir quelque chose de connue était pour lui profondément réconfortant même s’il ne s’agissait que d’une route … enfin c’est comme cela que les deux autres l’avaient nommée car lui ne voyait qu’un sentier boueux. Il se garda pourtant bien d’émettre le moindre commentaire désobligeant.

— Aucune idée, répondit Minaud. Je ne m’étais jamais aventuré jusqu’ici auparavant.

Kirly revint vers eux.

— Cette route est utilisée pour aller de la mine à la Cité, dit-elle. Enfin, c’était comme ça jusqu’à présent.

— C’est la route principale ? demanda Minaud.

— Elle-même, oui.

Minaud avait jusqu’alors la conviction que cette route reliait uniquement la Cité Céleste à l’Empire et s’étonna de la trouver si loin au sud.

— C’est quand même bizarre ton histoire-là, Kirly … je le saurais quand même si la route principale venait jusqu’ici !

— Ah oui ? tu ne sais pas tout, toi ? En voilà une nouvelle !

Et pour la première fois depuis longtemps Kirly esquissa un sourire qui, bien que fugace, éclaira son visage d’ordinaire si sérieux.

Karl fut heureux de voir que la jeune femme put exprimer autre chose que de la colère ou de la menace ; qu’elle était un peu humaine, en quelque sorte… Il s’en réjouit intérieurement mais quelque chose d’autre avait également retenu son attention.

— La mine ? demanda-t-il.

La jeune femme haussa les épaules. 

—Vous verrez bien…

 

Karl se demandait bien pourquoi ils n’avaient pas emprunté cette voie plus tôt. Cela leur aurait grandement facilité la tâche et évité d’avoir à crapahuter dans les bois ou longer la rivière ce qui n’était guère mieux. C’était d’autant plus étonnant car Kirly avait l’air parfaitement au courant de son existence … Celle-ci, comme si elle lisait dans ses pensées, répondit à ses interrogations silencieuses :

— Cette route est utilisée par les Soldats Célestes et les esclavagistes. Elle n’est pas sûre, croyez-moi ! Quand nous serons passés de l’autre côté, nous la longerons… mais à bonne distance.

 

A peu près cinq cents mètres les séparaient de l’épaisse masse de végétation foisonnante sur l’autre rive. Cinq cents mètres durant lesquels ils seraient complétement à découvert et feraient des cibles faciles.

— J’imagine que ce n’est pas la peine de demander un sort d’invisibilité ? tacla la jeune femme à l’endroit de l’apprenti.

— Je n’ai pas encore étudié les sorts d’illusions … marmonna Minaud.

— Ça nous aurait été utile pourtant … bien ! - elle haussa les épaules - il va falloir être rapides et discrets ! tenez-vous prêts ! On y va !

Et elle s’élança à toute vitesse au travers de la mince bande de terre boueuse avec une élégance de panthère.

À sa suite, Minaud et Karl se précipitèrent vers le gué, courant courbés – ce qui n’est pas vraiment facile pour qui n’est pas habitué - afin de traverser la rivière en étant les moins visibles possible.

Quelques longs instants plus tard, à bout de souffle, ils se retrouvèrent sur l’autre rive et tentèrent toujours de rattraper Kirly qui ne demanda pas son reste et se rua aussitôt parmi les hautes herbes de la dense et protectrice végétation. Une fois la pression retombée et les rythmes cardiaques redevenus à peu près normaux, Karl ôta ses chaussures pour les vider de l’eau dont elles s’étaient gorgées lors de la traversée. Minaud fit de même en y ajoutant quelques soupirs et pas mal de ronchonnements.

Sous l’impulsion pressante de la jeune femme, et malgré les demandes répétées de pause de la part des deux garçons, ils reprirent leur chemin… mais en direction du nord cette fois-ci.

Karl s’aperçut bien vite du changement soudain de direction et s’en étonna auprès de la fille.

— Le gué était au sud. Pas le choix. Mais le village que je veux rejoindre est au nord, lui.

À cette annonce, Minaud exprima bruyamment son mécontentement :

— Mais c’est n’importe quoi ! s’emporta-t-il. Ça fait je ne sais combien d’heures qu’on marche dans un sens et tout ça pour maintenant faire le chemin en sens inverse ! Je suis sûr qu’on pouvait trouver une meilleure solution ! Si tu nous écoutais aussi un peu de temps en temps au lieu d’en faire qu’à ta tête ! On n’en serait pas là !

— Si Minaud, moi je serais exactement là où je suis maintenant. Toi, en revanche, tu serais ailleurs oui … dans l’estomac d’un poisson-sabre plus précisément ! rétorqua aussitôt la jeune femme.

« C’est bien envoyé ! » pensa Karl qui ne put s’empêcher de retenir un rire. La réflexion en boomerang tira même un sourire au visage toujours contrarié et boudeur de l’apprenti sorcier. Après tout, Kirly était peut-être une pince-sans-rire sous son épais caractère de cochon.

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