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Auberge et vilénies - Partie 2

Auberge et vilénies - Partie 2

Publié le 24 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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Auberge et vilénies - Partie 2

Le lendemain, ils eurent droit à un copieux petit-déjeuner au cours duquel Sacha leur servit diverses confitures, du lait frais et une énorme miche de pain à chacun.

— C’est délicieux ! constata Karl après avoir gouté une des tartines qu’il s’était soigneusement préparé. Mais, je ne reconnais pas le gout, qu’est-ce que c’est ? ça ressemble un peu à …

— C’est de la confiture de kayaya, enfin ! lui répondit le jeune apprenti. Tout le monde connait la confiture de kayaya ! T’en as jamais mangé ?

— Ben… ça ressemble un peu à de la fraise, mais non, je ne connais pas, reconnut Karl.

— À de la fraise ? je ne connais pas ça … c’est bon ? surement moins que le kayaya, en tout cas !

La remarque de Minaud fit sourire tout le monde.

— Je suis contente qu’elle vous plaise en tout cas, ma confiture ! se réjouit la guérisseuse.

Les trois amis accompagnés de Sacha, prirent ensuite la direction de la demeure du Sage du village. De demeure, en vérité elle n’en avait que le nom ; il s’agissait tout au plus d’une petite chaumière aux allures modeste qui trônait au centre des autres habitations. Seule cette place de choix pouvait donner un indice sur l’importance de celui qui y vivait. Il fallait pour y accéder, passer au milieu d’un petit potager, contourner des clapiers à lapins et même un petit poulailler.

Le sage était là et c’est lui qui leur ouvrit la porte quand ils s’y présentèrent. Il salua Sacha comme une vieille amie sans porter une grande attention aux trois autres. C’était un homme de petite taille dont la peau parcheminée trahissait un grand âge. Son regard d’un bleu presque blanc pétillait cependant d’intelligence et la vieillesse de toute évidence n’avait aucune prise sur ses capacités intellectuelles.

— Tu tombes bien, Sacha. Je voulais justement te voir au sujet du traitement que tu m’as prescrit la dernière fois… je n’en ai presque plus !

— Déjà ? s’étonna la guérisseuse. Je t’en avais pourtant préparé assez pour tenir au moins un an !

Le vieil homme prit un air un peu gêné.

— Ben, c’est-à-dire que… c’est délicieux…

— Oh ! Mais il faut respecter les quantités, enfin ! Bon… bon … on en reparlera si tu veux bien. On est venus te voir pour une affaire urgente, en fait.

Le sage les invita alors dans sa modeste demeure et tous prirent place dans la pièce à vivre. Le seul mobilier qui s’y trouvait étaient une table à manger et deux chaises contre un mur. Le reste de l’espace était composé d’un foyer au centre où crépitaient de petites flammes. Une dizaine de coussins étaient réparti autour, à même le sol. L’endroit, de toute évidence, faisait aussi office de salle de réunion du village quand le besoin se présentait. Le vieil homme se tourna vers la jeune femme.

— Ha ! Et j’avais complétement oublié ! Merci beaucoup Kirly pour les peaux que tu nous as vendues ! Micha était ravie et elle nous a cousus des vêtements très confortables avec.

Tous les regards se tournèrent vers elle qui, un peu gênée, remercia le sage.

Sacha prit alors la parole et rapporta au vieil homme ce que lui avaient dit les trois compagnons.

— Ainsi, Armanio et des gardes célestes traînent dans les bois, résuma-t-il une fois que la sorcière eût terminé.

— Oui vieil homme sage, c’est ce que disent les petits…

— On sait combien d’hommes l’accompagnent ?

— D'après Kirly, une compagnie à peu près, soupira la guérisseuse.

— Une centaine de soldats… c’est quasiment plus que toute la population du village…

Le vieil homme n’était visiblement pas ravi par la nouvelle.

— Je sais, vieil homme sage, répondit Sacha.

— Que pouvons-nous faire ? - le vieil homme semblait abattu - La situation est encore pire que lorsque nous avions la cité céleste au-dessus de nos têtes ! Sans être bon, au moins le roi Igor était un souverain raisonnable. Armanio tout seul, c’est un grand malheur !

— Ils sont encore loin, intervint Kirly pour essayer de le rassurer. Et ils ne semblent pas spécialement pressés de venir jusqu’ici.

— La petite a raison, ajouta Sacha. - elle fit une pause pour réfléchir - Je pense qu’ils vont d’abord s’en prendre aux fermes isolées. Peut-être devriez-vous faire prévenir ces gens pour qu’ils se mettent à l'abri ?

Le vieil homme opina.

— Tu as raison, je vais immédiatement envoyer notre meilleur cavalier pour les mettre au courant… s’il n’est pas déjà trop tard…

— Peut-être devriez-vous également convoquer le conseil des sages ?

La proposition fit légèrement grimacer le vieillard.

— Ces vieux grincheux ? Tu sais aussi bien que moi qu’il n’en sortira rien.

Sacha opina. Elle connaissait aussi bien que le sage les membres du conseil. Pour ainsi dire, elle en faisait également partie et elle reconnut que le vieil homme n’avait pas tort.

— Que peut-on faire d’autre ?

Karl leva timidement un doigt pour prendre la parole, comme s’il se trouvait dans une salle de classe. Cependant, il se trouvait que c’était également l’usage lors des entrevus avec le sage. La sorcière avait rapidement expliqué les us aux trois jeunes gens afin de ne pas heurter la sensibilité du vieil homme pour qui les traditions étaient d’une grande importance.

— Oui mon enfant ?

— Peut-être que le mage dont a parlé Sacha pourrait nous aider ?

Le chef du village se tourna vers la guérisseuse.

— De quel mage parle ce jeune homme ?

— J’ai senti une puissance magique provenant des Montagnes du Nord, expliqua Sacha. Elle est l’œuvre d’un mage exceptionnellement puissant et j’ai conseillé aux gamins d’aller le voir pour résoudre le problème de Karl qui se serait apparemment… perdu.

— Je n’ai jamais entendu parler d’un mage qui aide les simples gens comme nous, se lamenta le vieil homme. Celui-là ne nous aidera pas plus qu’un autre, et certainement pas les gamins.

— Laissez-nous essayer ! s’exclamèrent Kirly, Minaud, et Karl d’une seule voix.

— Vous pouvez essayer mes petits. Qui ne tente rien n’a rien… conclut le vieil homme sans grande conviction. Je vais également ordonner qu’on dresse une barricade et des pièges autour du village pour retarder l’arrivée de cette crapule d’Armanio.

— Et vous allez convoquer le conseil, ajouta Sacha, qui pouvait se montrer têtue visiblement.

— Oui… oui, d’accord. Je vais voir avec les grincheux, maugréa le vieil homme.

Il se tourna vers les trois enfants.

— En attendant mes petits, il faut vous trouver des vêtements et des armes ! Pour les vêtements, voyez avec Micha, mon épouse. À cette heure-ci elle doit être en train de faire des coutures. Vous la trouverez dans son petit atelier. Pour les armes, allez voir Kalios le forgeron. Sacha vous indiquera le chemin.

— Il va leur falloir des montures, ajouta la guérisseuse.

— Malheureusement, je ne peux pas vous aider sur ce point. Je suis obligé de garder les quelques chevaux que nous avons pour nous protéger, se désola le vieil homme.

Après bien des négociations, le sage consentit à leur prêter une vieille mule, pour porter les vivres et les armes nécessaires à leur long voyage.

— Désolé, les enfants, je ne peux pas faire plus pour vous… Je ne peux même pas demander à un de nos trappeurs de vous accompagner. Nous en aurons trop besoin ici…

 

***

 

Micha était une très gentille dame. Un peu moins âgée et un peu plus grande que son époux, elle était affublée d’un visage toujours souriant. Elle accueillit à petit pas la sorcière et les trois jeunes qu’elle installa dans son modeste atelier, du plus confortablement qu’elle le put. La petite pièce était pleine à ras bord de draperies, de tissus diverses et colorés ainsi que de peaux d’animaux. Kirly s’installa sur un haut tabouret à côté d’une minuscule fenêtre. Minaud s’avachit sur un tas de chutes dans lequel il s’enfonça avec plaisir. Karl et la sorcière, quant à eux, restèrent debout. Sacha lui fit part de la discussion avec le sage et de ses décisions et demanda donc si par hasard elle ne disposait pas de vêtements adaptés au voyage qu’allaient effectuer Kirly, Karl et Minaud.

— Dans les montagnes du nord, c’est bien cela ? demanda Micha pour être sûre de comprendre. Il fait très froid là-bas, pour ce que j’en sais… Il va leur falloir d’épaisses peaux, et de la fourrure… peut-être bien du mouton, ou de l’ours… voyons voir.

Elle tourna autour des trois compagnons et les examina d’un œil expert.

— Je ne pense pas avoir besoin de quoi que ce soit, lui expliqua Kirly qui prit la parole la première. J’ai ce qu’il faut pour n’avoir jamais froid, même au cœur de l’hivers.

La vieille femme étudia un moment les vêtements de la jeune femme, fit passer le tissu de sa cape entre ses doigts pour en jauger l’épaisseur.

— Tu as raison, Kirly. Tu pourrais même te rendre au Septentrion que tu n’aurais pas froid. Par contre … - elle jeta un coup d’œil en biais vers les deux garçons – ceux-là, ils vont avoir besoin de pas mal d’arrangements.

— Hors de question que je change quoi que ce soit à ma tenue, prévint Minaud. C’est comme cela que s’habillent les sorciers. Personne n’y touchera.

Il croisa les bras, l’air boudeur et têtu. La vieille prit un air inquiet :

— Tu es sûr mon garçon ? Tu ne risques pas d’avoir froid ? – elle consulta Sacha du regard qui haussa les épaules – Bon, comme tu voudras… tu pourrais au moins changer de chaussures ?

— Pas sûr qu’il soit d’accord, intervint Kirly d’un air moqueur. C’est la partie la plus importante de sa tenue ! Elles lui servent à s’enfuir rapidement quand ses sorts ne marchent pas !

— Ha … ha … ha … très drôle, rétorqua l’apprenti vexé. Mes chaussures sont très bien, madame. Mon maître les a faites fabriquer sur mesure par un maître cordonnier de la Cité. Elles ont couté fort cher !

— Oui je vois qu’elles sont de bonnes factures, répondit Micha pour ne pas vexer le jeune sorcier. Mais elles sont bien trop fines. Pour la Cité, elles sont probablement parfaites, mais pas pour les Montagnes du Nord.

— Bah, si ses pieds gèlent ou pourrissent à cause de l’humidité, on aura qu’à les amputer, expliqua la jeune femme d’une voix doucereuse. Ça tombe bien car j’ai tout ce qu’il faut sur moi. Ne t’en fais pas Minaud, je me ferai un plaisir de t’aider.

— Hum … bon … d’accord, finit par accepter le jeune garçon face aux arguments de Kirly.

Ayant trouvé de robustes et épaisses bottes à Minaud, Micha s’intéressa à Karl pour finir.

— Qu’est ce qu’on a là, murmura-t-elle en étudiant les tissus que portait le jeune homme. C’est très fin, et ces coutures … je n’ai jamais rien vu de telle de ma vie ! Où as-tu eu ces vêtements mon garçon ?

Karl évidemment ne pouvait pas répondre qu’il les avait eus en promotion à l’hypermarché du coin.

— Je les ai achetés… euh… loin d’ici !

— Karl n’est pas du coin, crut bon d’ajouter Sacha en guise d’explication.

— Enfin… - la couturière avait fini son inspection – tes vêtements sont beaucoup trop fins et pas de très bonne qualité qui plus est. Et tu n’as même pas de cape ! Allez, enlève-moi tout ça ! Je pense avoir justement ce qu’il te faut.

Le jeune homme regarda désespérément autour de lui, essayant de trouver la cabine d’essayage pour se changer, mais il ne semblait rien y avoir de tel ici.

— Hé bien ? Si tu veux de nouveaux vêtements, il faut que tu ôtes les anciens ! sourit gentiment la vieille femme.

— Mais… ici ? Devant… tout le monde ?

Il jeta un coup d’œil furtif en direction de Kirly qui, indifférente à la discussion regardait par la fenêtre. Un éclair amusé brilla dans les yeux de la couturière qui se posèrent tour à tour sur le jeune homme et la fille.

— Ha ! je vois ce que c’est, dit-elle dans un rire pendant que Karl s’empourprait. Ha ! On oublie ce que c’est que d’être jeune à mon âge… viens, suis-moi !

Pendant qu’ils disparaissaient dans la pièce voisine, Minaud affichait un sourire jubilatoire.

— Pourquoi ils sont partis ? se moqua-t-il tourné vers la jeune femme. Il a quelque chose à cacher Karl tu crois ?

— Mets là en veilleuse cinq minutes Minaud, tu veux ? Moi non plus je voudrais pas enlever mes vêtements devant toi !

— Et pourquoi ça ? demanda-t-il d’un air boudeur. Toi aussi tu caches quelque-chose ?

— Non… c’est que j’aurais plus mes couteaux à porter de main pour t’arracher les yeux.

— Allons, allons les enfants, voulut les calmer Micha qui revenait déjà. Karl ! Allez viens te montrer à tes amis !

Karl passa une tête timide par l’ouverture, puis se décida à se présenter devant eux. Il était véritablement métamorphosé. Une longue cape brune lui tombait élégamment des épaules tandis qu’une chemises en laine épaisse et un gilet de cuire le protégeraient surement bien mieux des rigueurs du voyage.

Pour compléter le tout, de bonnes bottes montantes lui arrivaient à hauteur des genoux tandis qu’un large chapeau l’abriterait en cas de pluie.

Kirly jeta un regard approbatif à la nouvelle tenue.

— Voilà qui est mieux ! dit-elle. Mais Micha, ces vêtements ne vous manqueront pas ? Nous n’avons pas de quoi vous payer…

— Ne vous en faites pas pour ça ! sourit la vieille dame. C’étaient ceux de notre fils. Il n’en a plus besoin maintenant qu’il est un homme ! Je suis contente qu’ils soient encore utiles à quelqu’un, au contraire !

Les derniers mots de la couturière requinquèrent instantanément Minaud :

— Ho ! Tu entends Karl ? Tu n’es pas encore un homme ! gloussa-t-il.

Mais sa moquerie s’interrompit presque aussitôt car Kirly venait de lui appliquer un coup de pied dans le mollet. Le sorcier préféra alors se réfugier dans une moue bougonne et n’émit plus que quelques ronchonnements outrés.

— Moi je le trouve plutôt joli garçon, ainsi vêtu, commenta Sacha.

La remarque fit légèrement rosir les joues du jeune homme.

Au moment où ils allaient prendre congés la vieille femme prit Sacha à part :

— Les Montagnes du Nord ne sont pas un endroit pour eux, Sacha. C’est risqué là-bas. Il y a des bruits qui courent… beaucoup de voyageurs bien plus aguerris qu’eux n’en sont jamais revenus ! Sans parler du voyage pour y aller !

Je sais, Micha… mais c’est leur décision, et nous devons la respecter. J’ai confiance en Kirly, elle fera ce qu’il faut. Je la connais, c’est une fille au courage sans faille. Elle n’a pas une vie facile tu sais. Elle les ramènera, j’en suis certaine ! Ton mari t’en parlera surement, mais il faut absolument qu’ils réussissent… sinon… sinon nous sommes tous en grand danger ! Il en va de la survie d’Akara !

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