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Auberge et vilénies - Partie 1

Auberge et vilénies - Partie 1

Publié le 23 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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Auberge et vilénies - Partie 1

Derrière les hautes murailles de la forteresse de la Cité Céleste Protectrice et Puissante, le conseil des Éminences, qui avait pris un retard considérable suite aux évènements de la matinée, prenait fin. De nombreux conseillers, grands gardiens, mages et sénéchaux restèrent cependant longtemps dans les couloirs attenants à la grande salle pour continuer de se consulter et de discourir. Un certain nombre d’entre eux s’étaient rejoints, par petits groupes, dans un vaste patio, bordé de coursives abritées. De fines colonnades de marbres soutenaient les édifices que des plantes grimpantes recouvraient par endroit. Une fontaine occupait le centre du petit jardin et venait alimenter en eau un bassin dans lequel des poissons nageaient paresseusement. Ce décor calme et apaisant contrastait avec le reste de la forteresse mais aussi avec les discussions qui se faisaient animées.

Se tenant près du point d’eau, quelques éminences s’entretenaient sur le déroulé de la journée.

—  Le retour du Grand Mage est un réel problème, dit un homme qui arborait la toge blanche des hauts conseillers.

—  Que peut-il faire contre l’armée céleste ? Il sera réduit à l’état de mauvais souvenir en un rien de temps ! vociféra un autre dont la brigandine pourpre était le signe d’un capitaine de la garde prétorienne.

—  Qu'en savez-vous ? Personne n’a déclaré l’état de guerre, ni même l’instauration de la loi martiale, que je sache ! Je trouve pour ma part les mesures prises par l’administration de Sa Majesté un peu légères ! pesta un troisième.

—  Sa Majesté l’Empereur fera ce qu’il faut en temps voulu, j’en suis convaincu, trancha un autre dont la capuche dissimulait le visage et qui écoutait en silence depuis le début.

Les trois premiers firent la moue.

—  Décréter la loi martiale ou un état de guerre ne se fait pas si facilement. Je pense qu’envoyer un commando d’assassins pourrait résoudre le problème beaucoup plus rapidement. Si on choisit les meilleurs, ils en viendront à bout. J’en suis convaincu, affirma le militaire.

—  Et… vous en prendriez le commandement, Capitaine ? défia l’homme encapuchonné, un rictus mauvais se dessinant au coin de ses lèvres.

Le gradé eut un mouvement de recul.

—  Ce n’était qu’une idée… une proposition, rien de plus… bafouilla-t-il.

—  Je sais… je sais… c’est une idée intéressante cependant que je proposerai au Grand Conseil.

—  Je vous remercie Grand Conseiller, dit en s’inclinant bien bas le capitaine, tentant de masquer le tremblement nerveux de ses mains.

Un peu plus loin, abrité sous une coursive, un autre conciliabule avait lieu. Deux individus discutaient à l’écart de leurs confrères quand un troisième, coiffé d’un de ces chapeaux propres aux mages, s’approcha d’eux.

—  Baltazar ! se réjouirent les deux premiers en le voyant les rejoindre. Ainsi donc, ce qui se disait était vrai. Tu es vivant !

—  Les nouvelles vont vites, à ce que je vois, sourit le sorcier. Oui, j’étais absent au moment où la cité a été détruite… J’ai eu… de la chance, semblerait-il.

—  Parbleu, certainement ! se réjouit Akiri. Ta disparition aurait été une grande perte pour nous.

—  Ha ! Que tu es flatteur, Sénéchal ! Mais assez parlé de moi, je viens d’arriver dans la Cité et j’ai cru comprendre que des choses ont eu lieu ce matin qui …

—  Il est revenu … se désola le troisième homme tout de blanc vêtu.

—  Qui donc ? demanda le sorcier.

—  Tu sais bien… ce sympathique vieux fou qu’est le grand mage… il a fait une apparition plus que remarquée lors de la session matinale.

Cette information plongea Baltazar dans un abîme de réflexions.

—  Ce n’est pas bon… il est au courant pour nous… il va chercher à se venger, c’est certain.

—  Allons, allons, intervint Akiri. Ce grand mage n’a pas l’air si terrifiant. Il m’a bien amusé, moi, en tout cas. Sans sa présence, cette réunion aurait été d’un ennui mortel ! N’est-ce pas Mermiès ?

—  Certes … reconnut ce dernier. Cependant s’il parle …

—  Qu’il parle ? Ho … il ne parlera pas, sois en sûr. Je le connais bien comme tu sais. Il n’est pas du genre à palabrer. Plutôt à agir de manière impulsive et violente … C’est d’ailleurs lui qui a détruit la Cité Céleste Eternelle et Merveilleuse, si j’ai bien compris, le coupa Baltazar.

—  Il l’a quasiment avoué devant toute l’assemblée, opina Akiri dans un sourire. J’étais aux côtés de son frère à ce moment-là d’ailleurs, vous savez, le Haut Conseiller Ebenezer… Il tirait une de ces têtes ! Vous auriez dû voir ça !

—  Est-on au moins sûr que c’est bien lui qui a détruit la Cité ? Il pourrait très bien s’en attribuer l’attaque… ça a toujours été un opportuniste, tenta de temporiser le haut fonctionnaire reconnaissable à son accoutrement entièrement blanc.

—  Et qui d’autre ? Les dragons n'apparaissent pas comme ça ! Il faut les convoquer avec un flux magique d’une rare intensité, affirma le sorcier.

—  Si tu as raison, Baltazar, comment peut-on faire ?

Le mage n’eut pas le temps de répondre, car ce fut le Sénéchal Akiri qui reprit la parole.

—  On a qu’à aller le débusquer ce grand mage… avant que soit lui qui nous déniche ! s’exclama-t-il.

—  Et donc, que proposes-tu ? demandèrent les autres, d’un air volontairement détaché.

—  J’ai entendu d’autres conseillers parler de monter un commando d’assassins là-bas. - il désigna vaguement l’un des groupes qui palabraient près de la fontaine. - Il faut qu’on en fasse partie et qu’on s’assure que le Grand Mage n’en réchappe pas.

—  Oui, tu as raison, on ne peut pas confier cette mission à ces idiots, concéda le mage, en secouant légèrement la tête.

—  Tout à fait ! On traquera le Grand Mage jusque dans son terrier, on le trouvera et on l'empêchera de nous nuire définitivement ! s’enorgueillit-il. Maintenant, mes frères, pardonnez-moi, je vais œuvrer à la création de ce commando.

Les autres le saluèrent alors d’un signe de main complexe, signe distinctif de leur Ordre.

Le commandant s’en alla alors rejoindre l’autre groupe d’une démarche assurée tout en arborant un sourire satisfait. Il s’inséra parmi ses pairs, donnant des tapes qui se voulaient amicales, serrant de nombreuses mains et s’inclinant respectueusement, parfois.

—  Alors mes amis ! Que faisons-nous pour ce Grand Mage de malheur ?

Il avait désormais revêtu son costume de politicien chevronné, de charmeur de serpents…

Une fois qu’il se fut éloigné, les deux autres reprirent leur conversation en le regardant faire, en souriant à demi.

—  Si ce plan échoue… et il échouera, reprit le mage, il faudra passer aux choses sérieuses. Laissons Akiri s’amuser avec son commando d’assassins. Nous savons tous les deux qu’il court à sa perte. Mais enfin… avec un peu de chance, ses spadassins réussiront à affaiblir le vieux, va savoir… 

L’autre acquiesça.

—  Tu as raison, Baltazar, une fois de plus… As-tu un plan ?

—  L’armée céleste aussi se cassera les dents contre le Grand Mage. Je le connais, c’est un idiot et un entêté… il n’a jamais accepté nos propositions d’alliance… Mais on doit bien lui reconnaître une chose, son pouvoir est grand ! Il ne se laissera pas avoir comme ça et déchaînera un déluge de feux et d’ombres si on lance une attaque frontale !

—  À quoi penses-tu ?

—  Ce qu’on ne peut obtenir par la force, on peut parfois l’obtenir par la ruse ! - le sorcier caressa sa petite barbe pointue - Voyons comment Akiri s’en sortira. On avisera ensuite… En attendant, rien ne nous empêche de nous renseigner un peu… Peut-être que l’un de ses anciens amis, ou son frère, pourrait nous dévoiler un point faible. Le Grand Mage, aussi puissant soit-il, en a certainement un.

—  D’accord, Baltazar, mais pas d’esclandre, le Grand Maître n’apprécierait pas, le prévint l’autre.

—  Sois sans crainte, mon ami. Au fait, en parlant d’ami, a-t-on des nouvelles de ce cher Armanio ?

—  Aucune… j’imagine qu’il a péri dans l’attaque.

—  Sois-en sûr, de l’imagination ne fait pas un plan. Armanio en sait trop et il est maladroit. Trouve-le s’il est encore de ce monde et garde-le à l’œil ! Fais-le taire au besoin. Définitivement ! J’ai dans l’idée qu’une crapule pareille ne se fait pas avoir par un simple dragon. Ah oui j’allais oublier ! Essaye aussi de savoir ce que sont devenus ses … jouets … il ne faudrait pas qu’ils tombent entre de mauvaises mains… enfin… autres que les nôtres, j’entends !

—  Bien Baltazar, je vais faire ça, répondit Mermiès dans un sourire. Et ton protégé ? Minaud ? Qu’est-il devenu ?

—  J’imagine qu’il a dû disparaître avec le reste de la Cité, répondit Baltazar d’une voix lointaine.

—  Tu imagines ? Tu n’es pas sûr ?

L’autre obliqua un regard torve, un léger sourire pinçait ses lèvres fines.

Le sorcier posa son regard au loin.

—  Il est encore trop tôt pour en avoir la certitude… cependant, je vois mal comment Minaud aurait pu en réchapper.

—  J’imagine que tu as pris toutes les dispositions nécessaires pour en être persuadé, n’est-ce pas ?

—  Des hommes sont chargés de m’informer dès qu’ils auront pu localiser sa dépouille.

—  As-tu prévenu le Grand Maître de tout cela ?

—  En doutes-tu ? répliqua Baltazar sur le ton du défi.

—  Nous connaissons tous l’intérêt que tu portes à ton apprenti et nous ne saurions tolérer que ton jugement en soit altéré, répondit l’autre dont le ton bienveillant masquait à peine une menace.

Baltazar choisit de l’ignorer et décida de couper court à la conversation.

—  Si Minaud est encore en vie, ce qui me semble peu vraisemblable, je le retrouverai !

—  Bien, Baltazar, mais si les choses tournent mal…

—  Nous ne serons plus là pour en parler, mon ami. Pour l’heure, le Grand Mage est la seule menace qui devrait retenir notre attention !

L’autre en convint.

Ils regardèrent tous deux en silence leur frère Akiri faire sa roue politicienne quelques instants.

—  Au fait…

—  Oui, Mermiès ? répondit le sorcier.

—  As-tu eu le temps de penser à ma proposition ?

—  Quelle proposition ? s’étonna le sorcier.

—  Tu ne t’en souviens pas ? Bien… - il hésita tout en se raclant la gorge – ce n’était pas important de toute façon… oubli ce que j’ai dit.

Laissant là leur conversation, ils disparurent dans la foule des conseillers, chacun de son côté. Baltazar, tout en s’éloignant, affichait un sourire cruel. Il se souvenait parfaitement de la proposition que lui avait faite le haut conseiller et la gardait précieusement sous le coude pour plus tard.

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