facebook Chapitre 3 - Pente glissante - Kaya
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Chapitre 3 - Pente glissante - Kaya

Chapitre 3 - Pente glissante - Kaya

Publié le 10 sept. 2021 Mis à jour le 17 sept. 2021
time 12 min

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Chapitre 3 - Pente glissante - Kaya

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14 Mars 2041

Le ciel demeurait gris depuis notre départ. Nous avions roulé sans faire de pause et cela commençait à se sentir dans les jambes. Lumen ne se trouvait plus qu'à quelques mètres devant nous maintenant. Je soufflai avant de donner un coup vif, déstabilisant Caden au passage. L'espace d'un instant, j'avais oublié que nous étions sur un Tandem. Seul Josh était sur un vélo classique. Nous arrivâmes rapidement au niveau du panneau d'entrée où s'affichait en grand : LUMEN, la ville lumière où tous vos espoirs prennent vie.

Elle paraissait aussi abandonnée que les villages précédents. Les magasins fermés, et même pour certains barricadés, et les rues silencieuses me collaient des frissons dans le dos. Je n'avais qu'une hâte : prendre le convoi et retrouver mon homme et mon fils. Il va se passer un moment avant que je retourne à l'aventure... songeai-je avec un pincement au cœur. Vraiment, toute cette situation m'énervait autant qu'elle m'inquiétait. Je n'avais aucune envie de vivre dans la peur. Nous connaissions enfin une tranquillité durement acquise...

Arrivés au niveau de la place centrale, tout s'accéléra au point où j'eus l'impression d'être une simple spectatrice devant une scène irréelle. Des soldats armés faisaient monter des gens dans les fourgons d'une manière expéditive. À peine nous eurent-ils remarqués, qu'ils nous crièrent dessus :
— Montez dans ce camion ! Vous dans l'autre ! dit l'un des gars armés à Tom, Ellie et Josh.
— On va pas se séparer quand même ! m'indignai-je en regardant mes amis tour à tour, il y a de la place dans celui-là pour que vous veniez !
— Montez dans ce camion, répéta l'homme de façon agressive en se rapprochant de nous en resserrant sa prise sur son outil métallique.
— Mais...

Tom posa sa main sur mon épaule et en le regardant, je compris. Il ne voulait pas que je fasse de vagues. On devait écouter les directives. L'idée ne m'enchantait pas et lui non plus, mais il comptait s'asseoir sur son égo de mâle alpha visiblement. Tout ça ne me disait rien qui vaille et de nouveau l'inquiétude me gagnait. Un vieux pressentiment qui me fit frémir. Quelque chose cloche, cela se répétait en boucle dans ma tête comme une litanie sans fin.
— On se retrouvera à l'arrivée, me lança-t-il en allant dans le fourgon pendant qu'Ellie me serrait fort avant de les rejoindre.

Le garde nous poussa dans le deuxième fourgon sans ménagement et fit monter Caden nous privant de quelques secondes supplémentaires avec eux. Cela ne ressemblait en rien au fonctionnement du G.A.C.U. Des armes, des injonctions, aucune empathie, pas d'explications. Ce n'était pas normal. Ils avaient décidé que l'on n'utiliserait plus la force, ni les menaces, même contre les Muraliens. Le fourgon démarrant en trombe, nous voilà partis je ne sais où. Fuis, me répétait ma petite voix intérieure. Mais fuir où ? Pourquoi ?

La seule lumière présente était celle de la lucarne à l'avant, mais après plusieurs questions sans réponse de Caden, ils la fermèrent.
— Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Le G.A.C.U est en situation de crise oui, mais ils n’ont pas à nous traiter comme ça, pesta-t-il.
— Calme-toi, osai-je alors que moi-même je bouillais de frustration et de tout un mélange d'émotions plus désagréables les unes que les autres, ils doivent avoir leurs raisons. Attendons d'arriver à... enfin je ne sais pas où ils nous emmènent, mais attendons et gardons notre énergie. Vu le peu de repas que l'on a fait aujourd'hui, il est préférable de rester calme. Tu l'as bien vu, ils ne nous répondent pas de toute manière.
— Je sais et c'est bien ce qui m'énerve au plus haut point ! Je déteste ne pas savoir.

J'inspirai un grand coup, croisai les bras sur mon torse et fermai les yeux. Le silence gagna les lieux. Les trois autres personnes ne prononçaient pas un mot, ils s'obstinaient à fixer le sol, sûrement par peur et incompréhension. La fatigue due à notre journée épuisante - et visiblement loin d'être finie - me gagnait rapidement et la chaleur mêlée au ronronnement du fourgon n'arrangeait en rien la chose. Petit à petit, je me laissais capturer par cette toile éreintante et elle remporta sa victoire lorsque mes yeux se fermèrent définitivement pour se laisser aller à une sieste temporaire. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi éreintée.

Lorsque je m'éveillai, le camion était à l'arrêt et la porte s'ouvrait sur nous, laissant rentrer une vague de lumière qui m'aveugla quelques instants, jusqu'à ce que la grande porte se ferme derrière nous. Du regard, je cherchai le deuxième fourgon pour savoir s'ils étaient arrivés eux aussi, mais en dépit de toutes les personnes visibles, je ne les trouvai pas. Caden fit de même, en restant près de moi. Lui aussi sentait que tout ça ne collait pas. Nous étions une cinquantaine de personnes maintenant, isolées au milieu de la pièce sur des bancs en bois sans dossier et entourés de gardes armés, qui parlaient entre eux et faisaient les cent pas.
L'un d'eux se posta devant nous et prit la parole :
—Que tout le monde m'écoute ! Vous allez être inspectés par groupe, des Muraliens sont peut-être parmi vous. Réunissez-vous en groupe de cinq et mettez-vous dans votre coin. À notre signal, vous avancerez vers un des gardes ayant cet outil.
Il montra une machine rectangulaire à moitié holographique qui semblait scanner quelque chose dans le vide.
— Cela permettra de savoir si vous êtes bien ce que vous prétendez.

Pourquoi avaient-ils besoin de cette technologie pour savoir si nous en étions ou pas ? Ils n'avaient pas une marque visible pour ça justement ?
— Groupe 1, par ici.

Au passage d’une jeune femme, la machine s’enclencha, résonnant dans toute la salle de ses bips stridents. Elle hurla lorsque les militaires l’emmenèrent dans une salle annexe. Elle niait avoir un lien quelconque avec eux, mais personne ne broncha. Pas même nous. J’exécrais leur existence, je ne comprenais pas ce qu'ils voulaient faire en rompant la paix encore fragile qui régnait enfin.

Après plusieurs groupes et d'autres personnes jugées positives au scan, ce fut notre tour. Rangés les uns à côté des autres, ils commencèrent pas un homme d'une soixantaine d'années, suivi d'une petite mamie qui tenait difficilement debout. R.A.S. pour eux, tout allait bien. J'étais confiante, pensant que cela ne serait qu'une simple formalité avant de revoir Matthew. Arrivée à notre niveau, la machine sonna devant moi et Caden. Le sang me monta d'un coup aux joues et j'avais l'impression qu'un gouffre venait de s'ouvrir sous mes pieds. Par réflexe, je fis un pas en arrière. Je ne suis pas une Muralienne ! J'ai jamais rien entrepris contre le G.A.C.U ! Caden non plus ! C'est quoi cette histoire ?

Caden passa son bras devant moi d'un air protecteur et me fit reculer derrière lui en cherchant une échappatoire du regard. Les gens nous toisaient d'un air lourd et médisant. Je sentais tout leur dégoût et j'étais sûrement pareil tout à l'heure concernant les autres. Mais on n'est pas des Muraliens et si la machine se trompait pour nous, elle faisait sûrement erreur pour les autres ! Je me sentais mal pour ces gens que j'avais jugés à la hâte. Combien d'autres avaient-ils pris par erreur ? Je voulus protester, leur faire prendre conscience du problème, mais il me faisait reculer à tel point que je rencontrai le mur en métal froid derrière moi qui m'empêchait d'aller plus loin.
— Arrêtez de reculer et suivez-nous !
— Non, on n'est pas des...
— La ferme ! grinça un individu dont le visage était tatoué par des arabesques sur la gauche.

Je décidais d'intervenir avant que l'un de nous ne soit blessé par les gardes qui n'avaient pas l'air prêts à nous écouter. La seule solution dans l'immédiat, c'était de jouer leur jeu pour rencontrer quelqu'un qui saurait se montrer plus... disponible. Je doutais moi-même de mon choix, mais de toute façon que pouvions-nous faire d'autre ?
— Laisse-les faire, murmurai-je
— Non ! On n'est pas des...
— Je sais ! Tu te répètes ! Mais si on cherche à fuir, on va leur faire croire le contraire. Coopérons et je suis sûre que nous pourrons leur faire comprendre qu'ils se trompent.

Il me fixa un moment qui me parut durer des heures, puis soupira et opina du chef.
— D'accord, mais s'ils te font le moindre mal, je les défonce ! J'ai une promesse à tenir hermana.

Ils ne nous laissèrent pas le temps de finir et nous attrapèrent par les bras en nous entraînant dans une des salles à côté pendant que des murmures s'élevaient dans le hangar. Le battant claqua derrière nous, coupant ainsi les discussions extérieures, ce qui me soulagea l'air de rien. La haine que j'avais pu lire dans leurs yeux me faisait froid dans le dos. En fait, j'avais aussi peur de moi maintenant. Quelques minutes plus tôt, j'étais comme eux. Comment pouvais-je être dénuée d'humanité quand ça les concernait ? Je pouvais ne pas adhérer à leur cause, mais cette haine ? Ça ne me ressemblait pas.
— Asseyez-vous ! ordonna sèchement un homme dont le visage était traversé par une grande balafre.
— Attendez, on n'est pas...

Ils nous arrachèrent nos sacs et nous forcèrent à nous asseoir avant que Caden ait pu achever sa phrase. Ok, là aussi, nous ne serons pas entendus. Ça commençait à sentir mauvais pour notre matricule, très mauvais.
— Quand je dis quelque chose, vous le faites. Tendez vos mains.

Je sentais mon corps tout entier se raidir, pas seulement de peur, mais aussi de colère. Comment le G.A.C.U. pouvait-il traiter ainsi les gens ? Du coin de l’œil, j'aperçus mon meilleur ami qui serrait les poings avant de tenter une nouvelle fois de prendre la parole. Vainement. Celui qui semblait décider de tout dans cette pièce claqua des doigts et ils nous prirent les poignets de force avant de nous les faire poser sur la table, tandis qu'ils nous maintenaient sur les chaises.
— Mettez votre index sur l'écran, reprit-il en nous tendant deux engins électroniques à la surface bleue.

Pas le choix, pour l'instant, on devait se plier à leurs ordres pour en savoir plus. Au besoin, on réagira. Alors nous apposions nos doigts sur ce qui ressemblait à une tablette. Tout un tas de chiffres et de colonnes montait et descendait d'un graphique. Une fois en contact avec l'appareil, celui-ci bipa. Une fois pour Caden, deux pour moi. Un pourcentage de soixante était indiqué sur son écran, tandis que le mien affichait quatre-vingt-dix. Quatre-vingt-dix quoi ? À quoi ça correspond ? Sans prendre le temps de nous expliquer quoi que ce soit et avec un sourire à faire pâlir les morts, il fit un signe de tête en faisant tournoyer sa main dans les airs une fois. Nous fûmes alors soulevés sans avertissement ce qui manqua de nous faire tomber et il s'approcha de nous. Nauséeuse, je sentais son haleine fétide pourrir mon oxygène.
— Envoyez-les au camp D. Ce sont des sujets prometteurs !
— Des sujets ? Mais de quoi vous parlez ? Nous ne sommes pas des Muraliens ! Nous..., mais avant de pouvoir ajouter quoi que ce soit, je me pris une claque qui me sonna un court instant.

Décidément, ils ne savaient pas communiquer ici ! Je ne comprenais toujours rien à ce qu'il se passait, mais je me sentais bouillir intérieurement. Je n'étais pas du genre à me taire et me laisser faire comme un gentil toutou. Des coups, j'en avais reçus quand j'osais m'opposer aux autres pour protéger plus faibles que moi. C'était comme ça que nous avions rencontré Josh et que notre bande s'était soudée. J'allais dire quelque chose, lorsque mon meilleur ami prit la parole. Il n'avait qu'une envie, lui rendre le coup qu'il venait de me donner, mais je l'en dissuadai du regard et il retint sa colère une énième fois. Les autres nous maintenaient toujours fermement les mains dans le dos.
— Qu'allez-vous faire de nous ?

Encore une fois, aucune réponse. Nous cherchions à nous débattre, mais ils tenaient fermement nos poignets, resserrant leur prise un peu plus à chaque seconde qui passait. Ce qui m'arracha un gémissement de douleur, mais ne cassait en rien ma volonté de me défaire de leur prise. Caden réussit à se dégager, je ne sais comment et d'un coup de tête, il envoya un de ces connards au sol avant de lui prendre sa matraque et de s'en servir pour frapper un des autres gardes dans le ventre et au visage pour finir par l’assommer de son coude. Il envoya valser celui qui me tenait, contre le mur et je pus me défendre à mon tour. D'un coup de poing, je fis reculer ce vieux con dont le sourire disparut pour laisser place à une grimace de douleur. Intérieurement, je jubilais de pouvoir leur rendre la monnaie de leur pièce, mais tout ça n'était possible que grace à l'effet de surprise. Sans ça, face à des gens de l'armée, nous n'avions aucune chance. C'est leur excès de confiance qui nous avait permis de renverser la situation, mais combien de temps ? Je fis un croche-pied à un autre qui s'avançait vers moi avant de lui prendre son arme. Vive les cours de défense que mon père nous avait fait prendre !

Nous avions aussi appris à nous servir des armes durant un camp d'été avec l'oncle de Tom, ce qui me permit d'enlever le cran de sécurité sans difficulté. Elles étaient devenues compliquées à trouver, voire impossibles, mais lui avait réussi par je ne sais quel moyen à s'en procurer et avait tenu à nous former. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais dans l'immédiat, cela nous était bien utile. Peu importe ce qu'il se passait ici, on ne se laisserait pas faire sans rien dire.
— Bordel, mais vous allez nous écouter ? On n'est pas des Muraliens ! On tente de vous le dire depuis tout à l'heure ! Laissez-nous partir, hurlai-je à pleins poumons.
— Kaya, attention ! cria Caden tandis que je sentis une brûlure vive irradier mon cou, avant de se propager dans tout mon corps.

Je tombai à genoux, sans pouvoir maîtriser mon corps qui tressauta et j'entendis les cris de mon meilleur ami qui résonnaient dans la pièce. Autour de moi, tout devint flou, j'eus à peine le temps de l'apercevoir tomber lui aussi. Les chiens ! Ils s'étaient servis de paralysants ou je ne sais quelle autre merde ! Ils n'étaient pas censés pouvoir les utiliser depuis la Grande Guerre, ils avaient trop de pouvoir, grâce à ça, c'était pourtant dans la loi ! Comme les armes et le reste d'ailleurs, alors pourquoi ? Le mec à la balafre s'approcha de moi, s'accroupit, le nez en sang et malgré sa blessure, il souriait de toutes ses dents. Il savait ! Cette enflure savait ! Tandis que je prenais conscience que la situation était bien plus tordue que je le pensais, je sentais mes forces qui m'abandonnaient, et peu à peu la réalité se disloqua pour laisser place au silence et à l'obscurité.

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