facebook Marc Midgard et Mlle Mystery - 3
Félicitations ! Ton soutien à bien été envoyé à l’auteur
Marc Midgard et Mlle Mystery - 3

Marc Midgard et Mlle Mystery - 3

Publié le 17 nov. 2021 Mis à jour le 17 nov. 2021
time 12 min
1
J'adore
0
Solidaire
0
Waouh
thumb 0 commentaire
lecture 8 lectures
1 réaction

Sur Panodyssey, tu peux lire 5 articles par mois sans être connecté. Profite encore de 4 articles à découvrir ce mois-ci.

Pour ne pas être limité, connecte-toi ou créé un compte en cliquant ci-dessous, c’est gratuit ! Se connecter

Marc Midgard et Mlle Mystery - 3

Finissant par se raisonner, il se résigna à faire demi-tour. Le retour vers l’hôtel, dans ce corridor lugubre et mal éclairé lui sembla encore plus long, interminable.

Il en profita néanmoins pour faire le point sur la situation. Quel que put être le traquenard dans lequel il pataugeait désormais, force était de reconnaitre que celui-ci était sacrément bien ficelé. Il avait fallu boucler une rue entière de la ville, vider un hôtel de ses clients et de ses personnels et le plus fort peut être, cet interminable tunnel dans lequel il avançait. Sans parler, bien sûr du fait que la rue tournait en boucle, comme un de ces objets mathématiques qu’il avait vu une fois dans un reportage. Le ruban de Moebius, le symbole de l’infinie. Tout cela voulait-il dire quelque chose ? Qui que soient ceux qui avaient mis ça au point, ils avaient du pouvoir et des moyens.

Finalement, il parvint à la première porte défoncée et finit par reparaitre dans le petit hall désert. Que faire à présent ? Il lorgna du côté de l’escalier. Inutile. Il savait bien ce qu’il y avait à l’étage et ça n’avait pas grand intérêt. Il se décida et sortit dans la rue.

A l’extérieur, une chape de plomb l’attendait. La chaleur y était toujours suffocante, et l’endroit toujours aussi désert. Il lui fallait plus d’informations sur ce qu’il était en train d’affronter bien malgré lui.

« Les habitants sont forcément quelque part, réfléchit-il en étudiant les façades des immeubles de la rue. Ils doivent être chez eux, cloitrés ? Peut-être en savent-ils davantage ? Peut-être même que certains pourraient m’aider ? »

Il traversa la voie pavée et rejoignit le trottoir opposé. Du même pas décidé, il se rapprocha de la porte cochère d’un vieil immeuble, typique de ce quartier central de la ville. Seul un digicode était visible sur le côté. Il tenta vainement de frapper sur la lourde porte mais sans aucun succès.

Le bâtiment voisin présentait une longue liste de noms sur son parlophone. Il essaya d’appuyer sur tous les boutons, s’entêtant parfois pendant plus d’une minute mais sans obtenir la moindre réponse.

— Cette fois, ça suffit !

S’avançant vers une fenêtre du rez-de-chaussée, il essaya de regarder au travers ; par chance, ou par insouciance de ses occupants, les volets étaient ouverts. Tout était sombre de l’autre côté et il ne pouvait rien distinguer d’où il se tenait. Il sortit alors la petite hache de pompier qu’il avait enfoncée dans la poche arrière de son pantalon et d’un coup net brisa un carreau.

— On va quand même pas se laisser emmerder par une vieille fenêtre ! jura-t-il tout haut.

Il passa délicatement le bras par l’ouverture et réussit à déverrouiller le montant. Non sans prudence, il s’aventura alors à l’intérieur. Les bouts de verre brisés craquèrent sous ses semelles.

La pièce dans laquelle il avait pénétré était plongée dans l’obscurité. Seule la lumière provenant de la rue, derrière lui, permettait de distinguer le vide qui l’entourait. Aucun meuble, aucun signe d’une quelconque vie ne se trouvaient là.

Au fond, une porte non verrouillée cette fois donnait sur une autre pièce aux dimensions exiguës et tout aussi déserte que la précédente. Exception faite toutefois d’un guéridon solitaire sur lequel se trouvait un vieux téléphone à cadran.

— Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? maugréa-t-il. Je n’ai qu’à appeler quelqu’un pour qu’il me sorte de là !

Il décrocha le combiné et se mit à composer un numéro qu’il connaissait par cœur ; celui de Jack, son ancien associé. La tonalité, bien que présente, était noyée dans une insupportable friture. Jack ne répondit pas. Il ne tomba même pas sur son répondeur.

« Bizarre, c’est bien son numéro, pourtant … »

Pensif, il raccrocha mais une idée lui vint et il ressaisit aussitôt le combiné.

« Il n’y a qu’un seul numéro qui répond tout le temps ! L’horloge parlante ! »

Il composa le numéro et attendit. La friture était de plus en plus forte, au point qu’il ne put distinguer si son appel avait ou non aboutit.

La patience se mit soudain à lui manquer cruellement et il raccrocha avec violence.

Aussitôt, le téléphone se mit à sonner. Une horrible sonnerie stridente, presque insupportable.

— Encore !

Il décrocha mais cette fois-ci, contrairement à l’appel de la cabine téléphonique, il ne garda pas le silence.

— Qui que vous soyez, sortez-moi de là ! On a fini de rigoler ! hurla-t-il aussitôt.

— Je n’ai pas beaucoup de temps, monsieur Midgard. 

La voix féminine était la même que lors du premier appel.

— Mademoiselle Mystery ? Qu’est-ce qui se passe bon sang ?

— Monsieur Midgard, vous avez essayé de sortir de la rue, je vous avais dit de ne pas le faire.

— Mais bon sang ! Expliquez-moi ce qu’il se passe ? Pourquoi je suis coincé ici ?

Comme si elle n’entendait pas la réponse, son interlocutrice continua.

— Vous êtes tombé dans son piège. Je ne connais pas de moyen de vous libérer. Il m’a obligée, vous comprenez ? Je n’avais pas le choix.

— Obligée à quoi ? Écoutez … - il tenta de recouvrer son calme, prit une grande inspiration, et continua – je ne comprends rien à ce que vous dites. Est-ce que vous pouvez m’expliquer ce qu’il se passe ?

— Je n’ai pas le temps. Il va bientôt revenir. N’essayez plus de sortir de la rue, ou le piège se refermera encore.

— Qui ça, il ? Et que suis-je sensé faire si je ne peux pas partir ?

— Mon créateur, il dit qu’il vous fera payer. Il vous a enfermé ici.

— Votre quoi … ? – c’était une façon bizarre de l’appeler ainsi mais bon – Votre père ? Je le connais ?

Il y eut un silence puis la femme reprit.

— Mon créateur … Vous ne pouvez pas comprendre, pardon. Je ne sais pas si vous le connaissez, veuillez m’excuser.

— Arrêtez de vous confondre en excuses et sortez-moi de là !

Il entendit alors une autre voix de l’autre côté. Une voix en colère.

— Perle ! Je t’avais prévenu !

La même voix que celle du couloir de l’hôtel. Avant que la communication ne soit brutalement interrompue, il entendit la femme qui hurlait.

— Mademoiselle Mystery ? Mademoiselle Mystery ? – il hésita une seconde – Perle ?

Mais personne ne lui répondit.

Il contempla quelques secondes l’appareil qu’il tenait dans la main et le reposa lentement. Il sortit un mouchoir de sa poche et épongea à nouveau son front dégoulinant de sueur. Qui que soit cette Perle, ou cette mademoiselle Mystery, elle avait l’air d’avoir de sérieux problèmes elle aussi.

Mais que pouvait-il faire ?

« Dans l’immédiat, rien du tout » pensa-t-il amèrement.

Il lui fallait trouver un moyen de sortir de ce piège, puisqu’apparemment c’était de cela dont il s’agissait, et le plus rapidement serait le mieux. Il aviserait ensuite de comment il allait pouvoir aider cette femme qu’il ne connaissait pas à priori. Une intuition lui susurrait que ce n’était certainement pas aussi simple que cela.

Il prit le parti de continuer son exploration du bâtiment, de toute évidence désert, dans lequel il avait pénétré par effraction.

La pièce suivante devait être le hall de l’immeuble ; un long escalier s’enfonçait dans les ténèbres au-dessus de lui.

— Mais oui ! Par les toits ! 

Il devait certainement pouvoir passer de toit en toit jusqu’à sortir de cette rue. C’était risqué, dangereux, probablement un peu suicidaire mais avait-il le choix ? Il se maudit intérieurement de ne pas y avoir penser plus tôt.

Il gravit les marches du plus vite qu’il le put, fit rapidement sauter la serrure de l’ouverture qui servait aux ramoneurs pour intervenir et posa le pied sur les ardoises glissantes et brûlantes de la toiture.

Il jeta un regard prudent en contrebas.

La rue qui s’étendait sous ses yeux était celle qui le maintenait prisonnier.

« C’est bien ma veine, il a fallu que je tombe sur le mauvais côté… »

Il regarda un moment l’hôtel Mirabeau qui se dressait face à lui, vide et silencieux. Sa basse façade crasseuse soutenait son regard avec arrogance. Il commença à se frayer un chemin parmi les cheminées vers le faîte du toit.

Les ardoises sombres, inondées de lumière, étaient surchauffées et chaque fois qu’il devait se mettre à quatre pattes pour ne pas tomber, la morsure des brûlures se faisait plus intense.

Grimaçant sous la douleur, il parvint néanmoins à se hisser jusqu’au sommet.

C’est alors que ses espoirs de fuites furent douchés, anéantis en une fraction de seconde.

De l’autre côté de l’immeuble se dressaient, avec la même laideur, les trois étages de l’hôtel. Il se mit à le haïr, à le détester.

Il regarda derrière lui, devant lui. Il lui sembla avoir une hallucination. Le Mirabeau était partout ! Comme la suite infinie de reflets de deux miroirs se faisant face.

C’est alors qu’il entendit un bruit qui n’était d’abord qu’un lointain martèlement.

— C’est bizarre, songea-t-il. On dirait… - il tendit l’oreille - on dirait un cheval ?

N’en croyant toujours pas ce qu’il entendait, il ouvrit de grands yeux lorsqu’au bout de la rue il vit, comme sortant d’un rêve, apparaître une calèche tirée par deux immenses chevaux complétement noirs. Celle-ci, de la même couleur sombre, se dirigeait vers l’hôtel. Il essaya de distinguer le cochet mais plus il se concentrait vers la silhouette qui guidait l’attelage et plus sa vision se troublait.

Pris d’un soudain vertige, il manqua glisser et se rattrapa à une cheminée qui se déroba sous son poids. Un morceau imposant se détacha et roula le long des ardoises pour s’écraser plus bas, dans la rue dans un choc sourd.

« Du calme… pensa-t-il, tentant de reprendre une respiration normale. »

Il haleta quelques instants mais il devait faire vite pour tenter de rejoindre le nouvel arrivant avant qu’il ne s’en aille ! C’était là probablement sa seule et unique chance de pouvoir sortir de là.

Dans la précipitation, il glissa et ne put se rattraper qu’au bord de la toiture ; ses deux jambes ballotaient déjà dans le vide. La gouttière émit un grincement sinistre, torturée par le poids du détective. Il comprit qu’elle ne tiendrait pas longtemps, et qu’il devait faire quelque chose, de toute urgence. Faisant appel à toutes la force dont il disposait, il banda ses muscles et parvint à se hisser en entier sur les ardoises brulantes.

« Finalement, toutes ces années à l’armée n’auront pas été inutiles… »

L’effort physique qu’il avait dû faire l’avait exténué mais il n’avait pas le temps de se reposer ni même de reprendre son souffle.

Il osa à peine regarder en bas et glissa un regard pour apercevoir la calèche qui s’était arrêtée devant l’hôtel. Il tenta de mieux la distinguer mais le vertige le reprit à nouveau. Il fallait aller voir de plus près, au plus vite. Il se précita vers les escaliers.  

Le peu de lumière rendit sa descente précipitée dangereuse. Ses yeux étaient toujours habitués à l’éclat du soleil et l’obscurité était maintenant quasiment absolue. Il manqua une marche et chuta lourdement. Sa jambe gauche le lancinait douloureusement au niveau du genou. Pas le temps de regarder.

Boitant le reste de sa descente, il courut du mieux qu’il put au travers des deux pièces vides vers la fenêtre faisant abstraction de la douleur, et atterrit au-dehors.

Il ne put que constater avec effroi que l’attelage traînant la calèche s’éloignait dans le lointain, avant de disparaître complètement.  

— Attendez !! cria-t-il de toutes ses forces en courant pour rattraper la voiture.

Mais c’était peine perdue. Il avait raté sa chance.

— C’est pas vrai ! Merde ! ragea-t-il, au milieu de la chaussée redevenue déserte.

Traînant les pieds, claudiquant toujours à cause de son genou gauche qui le faisait souffrir, il regagna sans espoir sa chambre d’hôtel. Son corps n’était plus que douleur et lassitude. Il avait besoin de repos et devait également réfléchir aux derniers évènements.

Parvenu dans la pièce austère du hall d’entrée, il se figea.

Devant lui, deux valises étaient posées à même le sol. Faites d’un cuir luxueux et probablement hors de prix, elles dénotaient dans ce lieu si peu raffiné.

Il crut avoir la berlue tellement ce spectacle, pourtant d’une banalité parfaite, lui parut incroyable. Il s’approcha d’elles, et en fit le tour. Que pouvaient-elles contenir ? Il s’empara d’une poignée et en soupesa une. Son poids n’était pas surprenant, mais ça ne voulait rien dire.  Qu’avait-il à perdre à en ouvrir une, après tout ? Son propriétaire n’allait certainement pas appeler la police. Son propriétaire… où était-il, d’ailleurs ? Était-il ici ? Il faudrait répondre à ces questions rapidement. Il avait déjà commencé à faire glisser la fermeture-éclaire de la plus grosse des deux quand il crut entendre un bruit provenant de l’étage.

Lâchant la valise qui retomba sur la moquette, il se saisit aussitôt de la hache qu’il avait encore et serra le manche si fort que ses phalanges blanchirent. Il retint son souffle tout en gravissant lentement, silencieusement, les marches qui le menèrent au couloir de sa chambre.

Marc Midgard avait l’habitude de marcher sans faire le moindre bruit, d’autant que la moquette élimée par les multiples allées et venues des visiteurs du Mirabeau, lui facilitait la tâche.

Il se concentra sur le faible son qui lui parvenait. Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Tout à coup, il comprit que ce qu’il entendait n’était autre que des sanglots étouffés. Sanglots qui provenaient vraisemblablement de sa chambre. De sa chambre à lui. Avec les évènements de la journée, il avait imprudemment laissé ses clés sur le comptoir et cette personne avait dû les prendre en arrivant. Cette personne dont les valises se trouvaient toujours dans le hall en bas. Par chance, la porte de était entrebâillée, et tout doucement, serrant toujours sa petite hache dans la main droite, il la poussa sans bruit.

lecture 8 lectures
thumb 0 commentaire
1 réaction
Partager l'article
copylink copylink

Commentaire (0)

Tu aimes les articles Panodyssey ?
Soutiens leurs auteurs indépendants !

Prolonger le voyage dans l'univers Culture
Le Mans 1955
Le Mans 1955

Circuit des 24 heures du Mans, 11 juin 1955, 18h28    « Je m'appelle Pierre Levegh, j'ai 49 ans je suis aux com...

Fabrice Laurendon
6 min
CDL November challenge
CDL November challenge

Coucou les belettes ! Ce mois-ci, j'ai participé au challenge de la Confrérie...

Marine Dunstetter
7 min
LE TERMINAL
LE TERMINAL

Le voilà ce matin de Juin tant attendu, le terminal est encore quasi désert. Le virus a-t-il défait tant de vocations de vo...

Fabrice Laurendon
6 min

donate Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur