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Tout commença par une fin - Partie 2

Tout commença par une fin - Partie 2

Publié le 15 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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Tout commença par une fin - Partie 2

Les premières lueurs de l’aube venaient caresser l’immense canopée qui s’étalait sous ses yeux encore ensommeillés. La brume nocturne ne semblait pas pressée de se retirer et s’attardait encore sur la vallée, la recouvrant de son voile apaisant. Le jeune homme resta un moment à contempler ce spectacle que seule la nature savait offrir. Les congés estivaux touchaient à leurs fins et c’était le jour idéal pour effectuer sa dernière traversée de la forêt, avant le retour à la vie quotidienne. Dans quelques jours, sa famille et lui regagneraient la ville et son tumulte habituel, loin du calme des montagnes. Du promontoire sur lequel il se trouvait, l’adolescent pouvait embrasser du regard l’entièreté du parcours qu’il avait prévu d’effectuer. Le soleil venait d’apparaitre à l’est, se hissant lentement au-dessus des pics, et ses premiers rayons vinrent réchauffer son visage comme un cadeau. C’est le moment qu’il choisit pour s’élancer d’un bon pas.

La veille, son père et lui avaient passé en revue jusqu’au moindre détail. La grande table de la salle à manger, au cœur de la vieille maison familiale, était devenue leur quartier général. Durant tout l’après-midi, encerclés par le vaisselier aux angles arrondis par les ans, et le buffet tout aussi ancien, ils avaient étudié ensemble le parcours. Son père avait déniché une vieille carte du coin, trouvée avec bonheur dans le fond d’une vieille armoire. Tout en précisant, le regard pétillant, qu’elle avait dû appartenir à son grand-père, il l’avait étalée devant eux avec le plus grand soin. Il aimait le papier et se méfiait par-dessus tout des « bidule électroniques » qui, toujours selon lui, « tombaient en rade dès qu’on avait besoin d’eux ». Il n’y avait qu’à le voir, découpant chaque son avec dédain, lorsqu’il devait prononcer le mot maudit « G-P-S ». Seul le démon avait pu apporter une telle malfaisance dans ce monde.

Tout cela pour dire qu’aussi loin que remontaient ses souvenirs, le jeune homme était baigné de cette tradition familiale des longues marches au cœur de la nature. Et, « la préparation de celles-ci était tout aussi importante que la randonnée elle-même » ne cessait-on de lui rabâcher.

Aussi, nonobstant l’insouciance toujours pressée de ses quelques dix-sept printemps, il se prêtait au jeu. En vérité, il n’avait pas vraiment le choix.

Après avoir longuement discuté de chaque détour, de chaque étape, venant à chaque fois mettre des coups de boutoirs dans la forteresse de patience du jeune homme, ils s’attelèrent à la vérification du sac.

Étape obligée, capitale même, mais ô combien ennuyeuse quand on est un adolescent en quête d’aventures ! Il dut néanmoins se plier à pointer chaque élément de la liste que son père sortit d’un petit carnet.

— Le plus important pour commencer, ton téléphone.

Il faut en toute rigueur admettre l’ambivalence du père dès lors qu’il s’agissait des téléphones portables. Son fils aurait pu lui faire remarquer, non sans une certaine impertinence, que ces objets là aussi entraient dans la famille honnie des « bidules électroniques ». Mais le père était partagé entre son dégoût d’un côté, et la tranquillité d’esprit de pouvoir être joint de l’autre. Pour se donner une chance d’en avoir fini avant le dîner, le jeune homme prit le parti de ne pas relever cette contradiction sans conséquence. Il aurait de toute façon apporté le précieux appareil.

— Il est chargé, ne t’en fais pas, papa.

— Les allumettes ?

Pour une raison que probablement il ignorerait toujours, aucune marche en montagne ne pouvait avoir lieu sans allumettes, même lorsqu’elle avait lieu de jour, en été, par une belle journée ensoleillée.

— Je les ai prises, oui.

— La couverture de survie ?

Et la longue litanie continua ainsi. Dans la suite furent évoqués pêle-mêle la gourde, les gâteaux secs et ainsi de suite…

Mais à présent qu’il pénétrait dans la dense végétation, le jeune homme souriait à l’idée d’avoir su surmonter cette longue contrainte. Ça valait le coup, il n’en doutait pas ; de toute façon son père ne l’aurait jamais laissé partir s’il ne s’y était pas plié.

L’adolescent marchait depuis deux heures, se laissant aller à la rêverie, bercé par la douce musique du chant des oiseaux lorsqu’une brise glacée le fit frissonner. Ajustant son col pour se protéger du froid, il émergea de ses pensées et regarda autour de lui. Les arbres centenaires l’entouraient toujours de leurs branches noueuses mais semblaient différents dans cette partie de la forêt. Il ne reconnut pas cette variété, bien qu’ayant acquis une bonne connaissance de la végétation locale. Les plantes et les mousses également étaient colorées de teintes plus vives qu’à l’accoutumée. Tout en notant intérieurement d’éclaircir ce point avec son père une fois rentré, il jeta un coup d’œil vers le ciel. Les services météo consultés la veille mais également lors de son départ avaient été formels : la journée serait magnifique. Force était de constater qu’ils s’étaient vraisemblablement trompés car les nuages sombres qui s’amoncelaient au-dessus de sa tête ne lui dirent rien qui vaille.

Karl connaissait par cœur les histoires que son père lui racontait au sujet d’orages de montagne qui l’avaient autrefois surpris et mis en grand péril. Il était fort probable qu’une bonne part de son anxiété à laisser partir son fils seul devait découler de ces mauvais moments.

Par prudence, il décida donc de rebrousser chemin jugeant inutile d’inquiéter tout le monde chez lui. Tant pis pour sa randonnée, les montagnes en avaient décidé autrement.

Il chercha la dernière balise du sentier qu’il avait dépassée un peu plus tôt afin d’emprunter son itinéraire en sens inverse. Mais au bout de quelques minutes, après avoir scruté tous les troncs des arbres alentours, Karl dut se rendre à l’évidence, il n’était plus sur le chemin prévu.

Des marques gravées à intervalles réguliers, il ne trouva nulle trace. Se serait-il perdu ? A quel moment avait-il bifurqué ?

Un sentiment de panique diffus s’insinua en lui. Le jeune homme courut d’arbre en arbre, cherchant de plus en plus frénétiquement les signes qui le remettraient sur le bon chemin. Rien à faire.

C’est alors qu’une rafale de vent vint plier les cimes soulevant dans le même temps un important nuage de poussière qui l’obligea à se protéger les yeux.

— Du calme, du calme, se répéta-t-il en essayant de reprendre ses esprits. Inutile de paniquer. Je ne suis pas loin de la lisière. A une ou deux heures, tout au plus. Je peux rentrer tout seul. Et puis j’ai toujours le GPS !

Karl sortit de sa poche son téléphone qu’il entreprit d’allumer lorsqu’un bruit inhabituel le fit tressauter. Tout d’abord discret, le son sourd gagnait en intensité de seconde en seconde.

Qu’est ce qui pouvait bien faire un bruit pareil ? Un avion ? Le tonnerre ?

Mais cela ne ressemblait à rien de ce que le jeune homme connaissait. Forçant le pas malgré le vent qui gagnait en puissance, il déboucha sur une petite clairière.

Son inquiétude grandit lorsqu’il s’aperçut qu’il n’était pas passé par là.

C’est alors que, se souvenant qu’il avait commencé à allumer son smartphone qu’il tenait d’ailleurs toujours en main, il recommença à appuyer sur le bouton. Un froid subit vint le glacer, lui mordant le visage et les mains.

L’écran du petit appareil restait obstinément noir mais il n’eut pas le temps de l’étudier davantage car le bruit venait de recommencer.

Levant le regard vers les cieux, il ne put retenir un tressautement de surprise qui se mua très rapidement en panique.

Là-bas, bien au-dessus de la plus haute cime des arbres se trouvait une immense ville flottant dans le ciel. Elle devait se trouver à quelques kilomètres de distance pour ce qu’il pouvait en juger mais son immensité faisait qu’elle occupait une bonne partie de son champ de vision. Tout un côté de celle-ci était occupé par un bâtiment dont l’architecture était assez proche des châteaux médiévaux. Cependant, la hauteur de ses tours effilées, l’immensité de ses remparts, le gigantisme de la construction le laissa interdit. Le reste de la ville semblait être composé d’un agrégat hétéroclite de bâtiments plus bas, bien qu’à cette distance, il était assez difficile de se faire une idée précise les concernant.

— Putain ! Mais c’est quoi ça ? s’écria-t-il devant cette vision tout à fait inattendue.

Inutile de préciser que la carte étudiée la veille ne faisait pas état d’une gigantesque ville volante. Mais il y avait autre chose, qui ne faisait aucun doute. La présence d’un très important panache de fumée s’élevant de l’ensemble de la cité indiquait que celle-ci était la proie d’un violent incendie.

L’adolescent n’eut pas à chercher bien longtemps quelle était l’origine des flammes, et lorsqu’il la vit, il recula de plusieurs pas, manquant de tomber en arrière. Le souffle court, il ne parvint pas à détacher son regard de l’immense serpent dont les multiples paires d’ailes battaient les airs en cadence.

Le dragon lâcha un cri si puissant que Karl se couvrit les oreilles de douleur. Il avait trouvé l’origine des détonations qu’il avait entendu précédemment, mais cette découverte évidemment ne le ravit pas.

Bouche bée et ne sachant que faire, il vit le monstre lâcher une longue gerbe de flammes sur l’immense bâtiment qui s’embrasa tel un fétu de paille. La cité volante commença alors à obliquer dangereusement. Comme déséquilibrée, celle-ci se mit à tanguer de toute part, telle un navire secoué par des flots déchainés. La bête s’obstinait encore et encore, à lâcher sur l’incendie déjà fatal, des torrents enflammés. Une dernière fois, la ville perdit l’équilibre se rapprochant inexorablement du sol. Un long grincement sinistre accompagna sa fin toute proche désormais.

Le vent tempétueux se mua alors d’un seul coup en un souffle capable de déraciner des arbres. Plusieurs d’entre eux se plièrent autour de Karl qui tentait tant bien que mal de se maintenir debout. Il n’eut que le temps d’apercevoir la ville s’effondrer au loin dans un fracas abominable. Des myriades d’oiseaux s’envolèrent par nuages entiers dans les cieux sombres. Le monstre ayant accompli son œuvre funeste se déploya de tout son long et s’éloigna rapidement en direction du nord. Le jeune homme n’eut pas le temps de reprendre ses esprits qu’une puissante onde de choc l’envoya rouler plusieurs mètres plus loin. Se relevant non sans mal et contusionné, il fouilla avec angoisse du regard les alentours pour retrouver son sac à dos dont il avait été séparé durant sa chute. Par chance, celui-ci avait atterri non loin et il s’en empara dans sa course pour fuir du plus vite qu’il le pouvait. La végétation avait également souffert de la déflagration et bon nombre d’arbres étaient maintenant couchés ou fortement abimés. Leurs branches jonchaient le sol un peu partout et compliquaient grandement sa course éperdue. Il trébuchait sans cesse ajoutant griffures et ecchymose à ses blessures.

Tout de suite après avoir quitté la clairière, les premiers débris se mirent à chuter du ciel. Tels une pluie de petits météores, des fragments enflammés s’abattirent tout autour du jeune homme qui courrait à en perdre haleine.

Une colonne de marbre s’écrasa soudain non loin de lui, renversant comme un château de cartes plusieurs énormes conifères. Les yeux écarquillés, il s’arrêta pour réfléchir essayant de reprendre ses esprits. À une trentaine de mètres, il repéra une formation granitique dont une anfractuosité pouvait lui servir d’abris. Prenant son courage à deux mains, il reprit sa course éperdue parmi les morceaux calcinés tombant des cieux.

Il eut juste le temps de se mettre à couvert lorsqu’une partie de ce qui avait dû être une tour vint s’abattre à l’endroit précis où il s’était trouvé quelques secondes plus tôt, projetant en tous sens d’énormes quantités de terre et de roches.

Haletant, le jeune homme se sentait à présent dans une sécurité toute relative.

De longues minutes s’écoulèrent durant lesquelles il entendit d’horribles explosions, des craquements plus ou moins proches et de lourds projectiles s’abattre autour de lui. Durant cet interminable moment d’horreur, il était resté pétrifié, les poings serrés, tentant de retenir des larmes qui coulaient le long de ses joues. Au terme de longues minutes interminables, l’infernal vacarme s’atténua jusqu’à se taire complétement. Avec une grande prudence, il finit par se décider à risquer à jeter un coup d’œil à l’extérieur de son abri de fortune. Le décor qu’il découvrit alors était digne d’une apocalypse.

La poussière n’était pas encore retombée et quelques incendies finissaient de se consumer dans l’odeur âcre des fumées. Le silence fut néanmoins ce qui l’impressionna le plus.

Une absence de bruits anormale comme si, en quelques instants, une entité malfaisante avait volé le son du monde.

Ses pensées partirent dans toutes les directions. En une seconde, une quantité impressionnante de questions s’embouteillèrent dans son esprit. Qu’est-ce que c’était ? Une ville flottante ? Et le monstre ? Un dragon ? Une arme militaire secrète ? Peut-être tournait-on un film de science-fiction dans le coin ? Mais il en aurait entendu parler… et ses parents ! Ses parents allaient-ils bien ?

Tentant de mettre fin à ce tourbillon de questionnement intérieur, l’adolescent sortit une nouvelle fois son téléphone espérant pouvoir prendre des nouvelles de ses proches. Mais le petit appareil refusait obstinément de s’allumer.

— Ce n’est pas possible, je l’ai chargé complétement ! Allez… allume-toi … allume-toi …

Mais ses prières silencieuses restèrent sans réponse. Finalement, il semblerait que son père avait raison. On ne pouvait pas faire confiance à ces objets. Il résista à l’envie, engendrée par la colère et le dépit, de jeter l’objet au loin et le remis dans sa poche. Peut-être plus tard aurait-il plus de chance ?

Une question plus immédiate se mit à l’oppresser. Que faire à présent ? Aller voir là-bas s’il y avait des survivants ? Mais l’image du dragon s’imposa à lui et il rejeta aussitôt cette idée. Où était-il ? Pouvait-il rentrer chez lui à pied ? Tout avait l’air si différent à présent. Peut-être en suivant la direction de l’ouest, finirait-il par reconnaitre quelque chose qui le mettrait sur la bonne route ?

— Pourvu que tout le monde aille bien… se murmurait-il sans cesse en pensant à ses parents, une boule d’angoisse lui comprimant la poitrine.

Abandonnant la fente pierreuse qui lui avait sauver la vie, il se mit en chemin, désorienté et angoissé, à travers les bois inconnus et parcourut plusieurs kilomètres sans rencontrer âme qui vive. Cette forêt, en cette période de l’année, grouillait normalement de promeneurs et de randonneurs aguerris. Il n’en croisa pourtant aucun. Peut-être avaient-ils tous fui comme lui lors de l’attaque ?

Le ciel, redevenu clair avec la fin de la tempête, commençait à nouveau à s’assombrir avec la venue du soir. Les premières étoiles s’éclairèrent et il comprit qu’il allait devoir trouver rapidement un abri pour la nuit.

Un peu plus loin, un arbre aux dimensions impressionnantes, aux racines noueuses et dont le tronc formait une sorte d’arche attira son attention. Il ressemblait vaguement à un chêne bien que ses feuilles ne partageassent qu’une lointaine parenté avec son vénérable cousin. Cette ressemblance rasséréna un peu le cœur inquiet du jeune homme.

Il se hissa jusqu’à l’alcôve naturelle et s’y installa, emmitouflé dans sa couverture de survie.

Une pensée lui arracha un demi-sourire. Son père avait eu raison d’insister ; les gâteaux secs qu’il avait emportés lui permirent d’apaiser un peu la faim qui lui tenaillait les entrailles. La pensée de ses parents l’oppressa encore. Ses dents se mirent à claquer même si l’air n’était pas particulièrement froid.

D’autres questions revenaient inlassablement envahir sa conscience. Où était-il ? Pourquoi ne reconnaissait-il rien ?

Au peu de réponses qu’il avait à leur apporter, inlassablement il se répétait que demain, oui demain, il trouverait une solution. Il le fallait ! Il ne pouvait en être autrement.

Il avait beau être un campeur averti, les cris des animaux nocturnes lui étaient inconnus et l’effrayaient, le faisant sursauter maintes fois. Il se recroquevilla sur lui-même au plus profond du creux formé par l’arbre, tremblant de tous ses membres. Impossible de dormir ! Il ne fallait pas dormir !

Sa fatigue immense, nourrie par le flot d’émotions de cette journée à nulle autre pareille, finit par avoir raison de ses résolutions. Ses paupières rendirent les armes les premières, se fermant davantage de minute en minute et bientôt, sans même s’en rende compte, il sombra dans un sommeil sans rêve.

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