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Tout commença par une fin - Partie 1

Tout commença par une fin - Partie 1

Publié le 14 nov. 2021 Mis à jour le 28 nov. 2021
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Tout commença par une fin - Partie 1

Quelle que fût la direction que prenait son regard, le même spectacle de désolation s’offrait à lui, semblant se répéter à l’infinie. Tout n’était que flamme, tout n’était que cri. La température était insupportable et pourtant tous ses membres tremblaient, secoués de spasmes de rage et d’impuissance.

Serrant dans la main la poignée de son épée jusqu’à s’en blanchir les phalanges, il leva les yeux vers les hautes tours du palais. Celles encore debout n’étaient plus que des torches prêtes à s’effondrer dans le brasier.

Sur son bout de chemin de ronde encore épargné par le désastre, le soldat soupira, s’abandonnant quelques instants au désespoir. Tout à coup, un profond sentiment de rejet l’envahit tout entier. Il ne pouvait pas accepter cela. Il ne pouvait pas se résigner. Il se mit à crier de toutes les forces qui lui restaient. Un long hurlement sauvage qui se perdit dans le tumulte. Il ne devait pas, il ne voulait pas baisser les armes. Il avait juré de protéger la Cité au péril de sa vie, bien des années auparavant, lorsqu’il n’était un jeune homme sortant tout juste de l’enfance. Il voulait à l’époque prouver à la terre entière et en particulier à ses parents que lui aussi valait quelque chose. Il avait bien vu son père roulait des yeux lorsqu’il évoqua son désir de rejoindre la Garde. Sa mère quant à elle, l’avait davantage imaginé dans le commerce, peut être comme importateur de denrées en provenance du Sol, ou mieux encore comme marchand de main d’œuvre prélevée.

Lui n’avait cure des souhaits de ses géniteurs, et il avait donc rejoint les si braves et fiers protecteurs de la Cité, dans leurs armures en argent étincelantes.

Elle semblait bien inutile, à présent, sa belle armure qui reflétait les lumières rougeoyantes des incendies. Ses parents, quant à eux… ils étaient certainement… Non ! Il ne voulut pas y penser. Cette idée là aussi, il la refusait.

Tout à coup, l’ombre dans le ciel reparut, immense et invincible.

Cette fois ci, il le savait, il n’y échapperait pas. C’était son heure.

Il repensa une dernière fois à sa vie, à cette dernière journée qui pourtant avait commencé comme toutes les autres.

« Tout cela pour quoi ?» songea-t-il, ignorant presque le monstre qui entamait un long arc de cercle dans les cieux noirs.

Plus de balistes à présent pour les protéger, plus que de pauvres âmes impuissantes à empêcher la défaite.

Son nom serait à jamais accroché aux ruines de sa ville. Errerait-il comme un fantôme au travers des voutes calcinées et des tours déracinées ? Quelqu’un se souviendrait-il de lui ?

Il secoua vivement la tête, espérant remettre ses idées en place.

« Aux portes du néant, me voilà philosophe ? » pensa-t-il dans un demi-sourire.

La bête approchait désormais. Il mourrait comme un homme, mieux, comme un soldat de la Garde. Debout, face à son destin, il la fixa pendant qu’elle prenait sa direction. Elle ouvrait déjà sa gueule immense, pleine de flammes et de fumées.

Son épée tomba sur le sol.

La journée avait pourtant commencé comme toutes les autres. Les premiers rayons de l’aube naissante perçaient quelques nuages paresseux à l’horizon, venant caresser de leur douce chaleur les pierres froides du Palais. La Cité Céleste s’éveillait lentement, au rythme ralenti de ses habitants encore ensommeillés.

Le soldat venait de prendre son service sur le chemin de ronde, et c’est à pas mesurés qu’il entreprenait le premier tour des remparts.

Le boulot n’était pas difficile et payait suffisamment pour lui assurer une subsistance confortable. Les jours se ressemblaient tous, ce qui lui allait très bien. Aujourd’hui était pareil qu’hier, et certainement le même que demain.

Il se trouvait à présent sur les remparts nord. Les hauts murs ici donnaient directement sur le gouffre. Des centaines de mètres plus bas se trouvait le Sol. Il jeta un coup d’œil nonchalant à ce paysage grandiose.

Les dernières brumes enveloppaient encore de leur confortable duvet nocturne les cimes des arbres. Bien que gigantesques en réalité, ils semblaient si petits vu d’ici. La forêt s’étendait jusqu’à perte de vue, jusqu’à se fondre dans l’horizon où se devinait la chaîne de montagnes septentrionale.

Il fut tiré de sa rêverie passagère par un collègue qui passant par-là, le salua.

— On se voit chez Kyle, ce soir ? lui lança ce dernier.

Evidemment qu’ils se verraient là-bas.

La brasserie Chez Kyle offrait la bière la moins onéreuse de la ville. Certes ce n’était pas, loin s’en fallait, la meilleure mais pour le soldat qu’il était, la quantité l’emportait largement sur la qualité quand il s’agissait de boisson maltée.

Des cuisses de poulet bien grasses, de la bière à profusion et des collègues avec qui lancer une partie de cartes. Voilà bien les éléments essentiels d’une soirée réussie.

Et puis… pour être honnête avec lui-même, il n’y avait pas que cela. La serveuse de l’établissement, Meryse, n’était pas étrangère à son choix. Fille du propriétaire, qui tenait à ce que sa petite entreprise reste au maximum dans le cercle familial, elle ne manquait pas de charmes.

On la disait, ces derniers temps, dépourvue de prétendants sérieux, ce qui en faisait de facto la cible de nombreuses convoitises. Pourtant, bien que dépourvus généralement de la moindre politesse ni égard envers la gent féminine, les gardes du palais se montraient admirablement courtois lorsqu’elle se trouvait dans leurs parages. Nul n’aurait pris le risque, ô combien courant parmi cette rude population, d’une main mal placée ou d’une insolence mal avisée. En face de Méryse, la brute se faisait toute petite. Lui n’échappait pas à la règle, et c’est généralement d’un œil rêveur qu’il contemplait la jeune femme louvoyer entre les tables serrées avec une grâce naturelle. Peut-être aujourd’hui parviendrait-il à lui parler d’autre chose que de sa commande ?

La bête passa juste au-dessus de lui. Il pouvait apercevoir jusqu’au moindre détail de ses écailles luisantes. Ses longues ailes provoquèrent un appel d’air qui le jeta à genou sur les dalles en pierre du chemin de ronde. Une longue langue de flamme s’abattit sur un quartier de la ville déjà anéantis.

— Pourquoi ! hurla-t-il au monstre qui montait déjà en piquet dans les cieux. Pourquoi ! Qu’est-ce qu’on t’a fait !

Tout à coup, il roula contre le parapet des remparts. Il mit quelques secondes à comprendre ce qu’il se passait. La Cité entière s’inclinait dangereusement dans un grincement profond, sinistre. Les dernières tours du palais s’abattirent comme l’aurait fait un château de carte. Le vacarme était assourdissant, il ne pouvait plus respirer à cause des poussières brulantes soulevées par leurs chutes.

C’est alors qu’il les aperçut. Au centre de la ville, un cratère s’était formé qui laissait s’achaper une cascade scintillante s’écoulant vers les nuages sombres. Il comprit immédiatement de quoi il s’agissait, le cœur de pierres volantes avait été touché, et les minéraux qui permettaient à l’immense Cité de se maintenir dans les airs avaient été libérés. Désespéré, il ne pouvait détourner son regard de ce spectacle d’une si tragique beauté.

Quoi qu’il puisse se passer désormais, il était perdu, tout comme le reste des habitants qui avaient réussi à survivre.

Se réjouissant par avance du programme de sa soirée, le soldat arriva devant une des tours de guets qui parsemaient les remparts. Il y pénétra d’un air tranquille tout en jetant un coup d’œil à la petite cage du canari. A l’entrée de chaque tour se trouvait un de ces petits oiseaux dont la fonction était essentielle. Ils avaient en effet la capacité de détecter les vents métamorphes et donc de prévenir d’éventuels soubresauts dans les courants d’air magiques.

Pour l’heure, le volatile se tenait tout à fait tranquille, les yeux mi-clos. Il ne prêta nullement attention au soldat qui rentrait.

— Ola ! s’écria une voix enthousiaste depuis l’intérieur.

Ses yeux s’accommodant à l’obscurité du lieu, le soldat put voir son ami Balafre qui se tenait à côté d’une des meurtrières. Un filet de lumière donnait à son visage barré d’une longue cicatrice une étrange allure fantomatique. Heureusement, cette étrange vision se dissipa bien vite et après avoir échangé les quelques salutations d’usages, Balafre lui offrit une tige de tabac.

Pendant que ce dernier était occupé à rouler sa cigarette, le soldat regarda son compagnon comme s’il le voyait pour la première fois. A cette lumière, son ancienne blessure ressortait davantage qu’à l’accoutumée. Il se souvenait parfaitement du jour où cela été arrivé, il y avait quelques années de cela, lors du soulèvement d’une partie de la population. A cette époque, le roi Igor IV avait jugé bon, suivant l’avis de ses conseillers, d’augmenter sensiblement les taxes sur les produits importés du Sol. Cela n’avait guère réjoui les citoyens qui firent connaitre leur mécontentement en tentant de prendre d’assaut le Palais. Balafre et lui était en première ligne ce jour-là. Il dut extraire de la foule enragée son ami grièvement blessé au visage, le trainant par les épaules sur des centaines de mètres pour l’emmener au Mage. Miraculeusement, il avait survécu et s’était vu affublé du surnom par lequel désormais tous l’appelaient. Cet évènement avait renforcé leur amitié naissante. La rébellion, quant à elle, fut rapidement écrasée et les meneurs condamnés au grand saut. Le soldat se souvint de ce jour, où des dizaines d’hommes et de femmes furent poussés par-dessus bord. Durant de longues minutes, dans le silence glaçant de la populace tenue à distance, seuls les cris et les supplications des condamnés avaient résonné dans la grand-place. De cela, il s’en rappelait parfaitement, trouvant alors que ces gens-là manquaient de fierté et de bravoure face à leur destin. Lui, il en était persuadé, mourrait debout face à l’ennemi, ne voulant pas ajouter le déshonneur à la mort. Bah… tout cela n’était qu’un lointain souvenir, qui se dissipa bien vite dans les volutes de fumées de leurs cigarettes.

— C’est curieux, dit Balafre rompant la quiétude de l’instant. Tu as vu ces nuages là-bas ? Ils n’étaient pas là il y a dix minutes.

Le soldat passa un regard absent par la meurtrière.

— Sont encore bien loin, pas sûr qu’ils viennent sur nous. Pis au pire, on sera bon pour une petite tempête. J’irai chercher nos capes tout à l’heure.

Ils continuèrent leur pause contemplative au seul son des tiges de tabac qui se consumaient. Le ciel s’obscurcissait de minutes en minutes alors qu’un vent froid se levait.

Une bourrasque emporta soudain la cigarette du soldat qui poussa un juron. Il suivit le précieux mégot jusqu’à la porte de la tour et finit par réussir à s’en saisir. Se relevant, il constata que le canari était tout à fait réveillé à présent et bien plus agité que d’habitude.

— Qu’est ce qui t’arrive mon vieux ? lui demanda-t-il, n’attendant bien sûr aucune réponse.

Il tapota distraitement la cage. L’oiseau poussa alors un long sifflement strident.

— Hé ben, il a quoi le piaf ? demanda-t-il à Balafre. L’est malade ou quoi ?

Mais son ami ne lui répondit pas, absorbé par ce qu’il voyait par l’étroite fente dans la paroi.

— Tu devrais venir voir ça, finit-il par lui dire.

A grandes enjambés, le soldat retourna auprès de son ami. Au dehors, ce qu’il vit lui glaça le sang. Les cieux étaient tout à fait noirs désormais et le vent d’une grande puissance. Plissant les yeux et se les protégeant comme il pouvait des poussières, il continua de regarder.

Tout à coup, il lui sembla voir une ombre au travers des nuées.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il. Tu as vu ?

— Je ne sais pas, répondit l’autre le visage grave. On devrait prévenir le chef, tu crois pas ?

— Il est descendu, y me semble. Pense pas qu’on le reverra avant plusieurs jours.

— On fait quoi, alors ? Pis qu’est-ce qu’il a ce piaf à gueuler comme ça ?

— Ch’ais pas ! Normalement ils sont sensés s’exciter uniquement…

Ils se regardèrent l’un l’autre, comprenant en même temps de quoi il retournait.

— Une tempête métamorphe ! s’écrièrent-ils à l’unisson.

Ces phénomènes météorologiques d’une extrême rareté étaient particulièrement redoutés. Les vents magiques puissants et soufflant dans toutes les directions pouvaient avoir des effets imprévisibles et bien souvent très dangereux.

C’est alors qu’un rugissement immense, terrible emplit tout l’espace sonore. Presque aussitôt, les cloches d’alertes se mirent à sonner.

Balafre se tourna vers le soldat.

— Ce n’est pas une tempête ordinaire ! – il réfléchit un instant - Reste ici, lui intima-t-il. Je vais voir ce qui s’passe et j’reviens !

Il sortit en courant de la tour. Le soldat le suivit des yeux, au travers d’une autre meurtrière qui donnait sur la partie des remparts que son ami parcourait à toutes jambes. Tout à coup, celui-ci s’arrêta, regardant quelque chose que le soldat ne pouvait pas voir d’où il se trouvait.

Balafre cria quelque chose qui se perdit dans la tempête avant de disparaitre dans un gigantesque jet de flammes qui transperça les remparts comme si elles étaient faites de papier.

Le soldat resta un instant sidéré par ce qu’il venait de voir.

— Balafre ! hurla-t-il en franchissant lui aussi la porte de la tour. Balafre !

Il s’arrêta net. Devant lui, le chemin de ronde avait disparu, laissant place à une béance enflammée.

Balafre…

Son ami était mort, il le savait, mais il n’aurait pas le temps de retrouver sa dépouille, de le pleurer.

Le Palais lui-même était en proie à un incendie d’une violence folle.

Au canari de la tour qui s’égosillait, aux cloches d’alertes sonnant sans discontinuer, vinrent s’ajouter un son plus terrible encore. Celui des cris.

L’univers entier s’était mis à crier, de douleur et de peur.

Un nouveau rugissement submergea l’atmosphère saturée de fumées.

Au même moment, les balistes s’étaient mises à tirer, leurs longs traits transperçant les nuages.

Il chercha quelle pouvait être leur cible, fouillant les cieux d’un regard affolé. C’est alors qu’il la vit. D’abord il se s’agit que d’une ombre se glissant comme un serpent derrière les nuages noirs. Tout à coup, l’ombre prit la forme d’un monstre, dont le corps filiforme gigantesque était soutenu de nombreuses paires d’ailes. Bien que n’en ayant jamais vu hors des livres illustrés pour enfant que, gamin, on lui lisait pour lui donner des frissons, il le reconnut immédiatement.

« Un dragon ! »

Tétanisé par ce qu’il voyait, il assista impuissant à la destruction d’un quartier entier de la ville, disparu en quelques instants dans un torrent de feu. En cette heure matinale, les habitants devaient être encore chez eux. Les victimes devaient être nombreuses, mais bien vite le soldat comprit qu’elles n’étaient que les premières. Alors que la résistance à l’incendie s’organisait dans l’affolement, la bête dessina une large boucle dans les airs avant de revenir à l’assaut de la Cité. Les premiers efforts furent anéantis, tout comme un autre quartier de la ville. La tentative d’organisation laissa alors la place à la panique. Fuir. Il fallait fuir par tous les moyens. Le soldat vit alors par dizaines des silhouettes se jetaient par-dessus les parapets. A ceux-là, leurs fins étaient scellées. Il aurait voulu leur crier de se mettre à l’abris, que la Garde allait les sauver. Mais que pouvait-elle faire, en vérité, avec des flèches et des épées ? Seule une personne avait la capacité de lutter contre un dragon. Le Mage.

Celui-ci ne tarderait pas à entrer en action, il en était persuadé. Le Mage les sauverait.

Durant un moment qui lui sembla une éternité, il fut le témoin impuissant de la destruction de sa ville. Le sorcier n’était pas intervenu. Peut-être était-il mort ? Peut-être s’était-il enfui…

Personne n’était venu à leurs secours. Personne ne viendrait.

Les secousses se faisaient de plus en plus violentes à mesure que les pierres volantes s’échappaient du cœur de la Cité. Mais il serait mort avant que la ville ne s’effondre.

Le dragon venait sur lui à présent.

Il se tinebout jusqu’au bout. Ses dernières pensées voguèrent telles un dernier songe vers la journée qu’il aurait dû avoir. D’interminables et tranquilles tours sur les remparts. Une partie de carte avec Balafre… chez Kyle… avec de la bière accompagnée de cuisses de poulet. Il y aurait eu Méryse. Peut-être aurait-il osé lui parler ?

Plongé dans ses pensées, il ne prêta qu’une attention distraite au souffle ardent fondant sur lui.

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