facebook Auberge et vilénies - Partie 6
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Auberge et vilénies - Partie 6

Auberge et vilénies - Partie 6

Publié le 2 déc. 2021 Mis à jour le 2 déc. 2021
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Auberge et vilénies - Partie 6

Dans l’obscurité silencieuse, une marche de l’escalier grinça. Dans son lit, Kirly ouvrit instantanément les yeux. Quelqu’un était en train de monter à l’étage, et ce quelqu’un essayait de ne pas faire de bruit. Cette prévenance inhabituelle pour le sommeil des clients de l’auberge n’était pas normale et inquiéta immédiatement la jeune femme qui tendit l’oreille. Après un court moment, un deuxième grincement finit de la convaincre que quelque chose était en train de se passer.

Karl et Minaud, qui n’avaient évidemment rien entendu, dormaient à poings fermés au pied du lit de la jeune femme.

Le plus silencieusement possible, elle descendit de son couchage et s’approcha de ses deux camarades. Elle se pencha d’abord vers Karl qui se réveilla en sursaut et à qui elle mit un doigt sur les lèvres pour lui signifier de garder le silence. Elle lui indiqua la porte. « Quelqu’un vient » lui fit-elle comprendre en mimant avec les doigts une personne qui marchait. Le jeune homme se releva sans faire le moindre bruit.

Pour Minaud, elle plaqua directement la main sur la bouche du sorcier pour l’empêcher d’émettre un son. Après s’être débattu un court instant, celui-ci les interrogea du regard pour comprendre ce qui se passait.

La petite fenêtre ne montrait à cette heure-ci qu’un noire d’encre impénétrable. Ce devait être le beau milieu de la nuit. Avec une discrétion presque féline, Kirly s’avança jusqu’à la porte de la chambre et y accola une oreille. Des chuchotements et des bruits de respiration lui parvinrent. Quelqu’un venait, elle en était certaine à présent. Peut-être même étaient-ils plusieurs, à bien écouter. Elle balaya la chambre du regard, il fallait trouver un plan, et vite !

 

Les pas étouffés s’arrêtèrent devant leur porte. Une clé fut insérée discrètement dans la serrure et un léger cliquetis se fit entendre quand le mécanisme libéra la gâche. La poignée commença alors à s’abaisser doucement. Très lentement, la porte s’entrebâilla. Kirly reconnut la voix de l’aubergiste qui indiquait qu’ils étaient bien trois, comme promis. La voix précisa également que si on pouvait éviter de déranger la clientèle, ce serait mieux. Une autre voix, plus grave et mauvaise, lui répondit dans un chuchotement énervé de la fermer et de déguerpir.

Deux ombres pénétrèrent en silence dans la pièce sombre, mais celle-ci semblait inoccupée.

— Ils sont pas censés être là ? s’étonna l’un des deux.

— Boucle-la, répondit l’autre.

La porte se referma soudain en claquant derrière eux. Un énorme coup de sac, rempli de tous les objets se trouvant dans la pièce, s’abattit sur l’un des deux intrus qui bascula sous les coups répétés de deux silhouettes visiblement furieuses. Son collègue se retourna surpris, et n’eut que le temps d’apercevoir une furie se jeter sur lui. Celle-ci lui donna un énorme coup du plat de son épée. Il s’écroula aussitôt sans connaissance.

Kirly se retourna vers Minaud.

— Va jeter un coup d’œil pour voir s’il n’y en a pas d’autres !

Celui-ci, pour une fois, s’exécuta sans discuter et entrouvrait déjà la porte.

— Karl, ordonna-t-elle, aide-moi à les attacher ensemble ! Je veux savoir pourquoi ils sont là.

Karl laissa tomber ce qui fut un oreiller avant d’être une arme et se mit en quête d’une corde.

Minaud reparut.

— Y en a pas d’autres.

— Très bien ! Occupons-nous déjà de ces deux-là alors ! Après on ira rendre une petite visite à ce salopard d’aubergiste.

Le premier prisonnier finit par se réveiller ; le verre d’eau glacée que Karl lui versait lentement sur le crâne devait certainement y être pour quelque chose. L’homme loucha instantanément sur la lame aiguisée comme un rasoir, qui se trimballait sous son nez. Il tenta aussitôt de se lever mais les solides liens qui le maintenaient furent les plus forts.

Une jeune femme à l’air mécontent se tenait de l’autre côté de l’arme qui le menaçait.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle sur un ton mêlant habilement froideur et menace.

— Je suis le lieutenant Chope, soldat de la Cité Céleste Éternelle et Merveilleuse. Je n’ai rien d’autre à te dire.

Kirly roula des yeux.

— Tu me diras ce que je voudrais savoir, dit-elle sur un ton très menaçant. Qu’est-ce que vous faites là, c’est Armanio qui vous envoie ?

Le soldat se mura dans le silence. Jouant parfaitement la partition prévue, elle se tourna vers Minaud.

— Amène la bougie, que je vois mieux notre visiteur !

Sans attendre, Minaud lui apporta le bougeoir en prenant l’air le plus sérieux et grave qu’il le put. Kirly commença à passer la lame au-dessus des flammes. Les yeux du soldat suivirent attentivement les mouvements de la pointe d’acier faire des vas et viens pour devenir brulante.

— Ce qu’il faut savoir quand on interroge quelqu’un, commença Kirly en s’adressant à Karl, c’est faire extrêmement mal sans tuer tout de suite…

Le jeune homme, montrant un intérêt vif pour la leçon dispensée, demanda à voir pendant combien de temps elle y parviendrait.

— Tu vois, je passe la lame à la flamme… comme ça… même si on tranche quelque chose, ça cautérise la plaie immédiatement. Ainsi, il ne se videra pas de son sang comme un cochon.

Elle désigna le lieutenant Chope de la pointe de son couteau.

— Et puis ça doit aussi faire extrêmement mal, aussi ! eut l’air de se réjouir Karl.

— Ah oui ! C’est une douleur insupportable ! Ceux qui survivent deviennent complétement fous.

Le soldat regardait la lame avec de grands yeux ronds.

— Ils sont mabouls ces gosses ! murmura-t-il.

Kirly continua son petit discours.

— Je te propose de commencer par les orteils. Il aura beaucoup plus de mal à marcher avec quelques-uns en moins.

Karl opina. Minaud demanda, visiblement intéressé lui aussi.

— Pourquoi pas les doigts ?

Karl commença à déchausser le soldat.

— Oh là ! Ça sent pas bon ! se moqua-t-il.

— Ça va sentir le cochon grillé dans pas longtemps tu vas voir, répondit Kirly avec un rictus sadique.

— Pourquoi pas les doigts ? réitéra l’apprenti sorcier.

Le soldat les regardait, incrédule.

— Voilà, continua la jeune femme. On va commencer par le plus petit … et on les fera tous un par un, jusqu’à ce qu’il parle.

Le lieutenant Chope, l’air paniqué, commença à suer beaucoup. Il essaya de s’agiter mais il était solidement ficelé.

— Ha ! J’allais oublier, continua-t-elle, comme si elle avait omis un détail important. L’aubergiste a dit de ne pas déranger les clients.

Karl commença alors à bâillonner le soldat qui écarquillait les yeux de peur.

— Ils sont fous ceux-là, je suis pas payé pour ça moi ! C’est bon, leur dit-il, que voulez-vous savoir ?

Kirly prit un air déçu.

— Juste quand ça devenait intéressant…

— Moi je voudrais bien savoir pourquoi pas les doigts d’abord, commença Minaud.

Kirly lui jeta un regard plus noir que la nuit. L’apprenti sorcier se tut instantanément.

— Moi j’ai pas envie de savoir, ajouta le soldat en secouant la tête.

— Toi, on t’a pas demandé ton avis, le reprit Karl qui se prêtait au jeu également.

— Alors, dit la jeune fille en se penchant tout près du prisonnier, pourquoi es-tu là ?

— C’est le Sénéchal qui nous a envoyés. Il a pas apprécié que vous humiliiez trois de ses soldats à la mine. Alors il nous a demandé de vous chercher. On a remonté votre piste jusqu’ici. Quand l’aubergiste a entendu dire qu’on était dans le coin, il est venu nous trouver. Il savait qu’on cherchait trois gamins et justement, lui cherchait un chasseur d’esclaves, car il en avait trois beaux sous le coude.

Il garda un moment le silence.

— Voilà, conclut-il.

Les trois autres se regardèrent sans rien dire.

— Bien, dit Kirly au bout d’un moment. - le jour commençait à poindre à l’extérieur. Elle se tourna vers les deux autres - Et si nous allions rendre une petite visite à notre ami l’aubergiste ?

Karl et Minaud étaient d’accord.

— Il nous manquait plus que ça, commença à se lamenter l’apprenti. On y arrivera un jour, à ces montagnes voir ce foutu sorcier ?

À ces mots, le lieutenant Chope esquissa un sourire.

— Vous voulez aller voir le Grand Mage ? dit-il sur un ton moqueur. Il aurait mieux valu pour vous qu’on vous attrape en fait.

Et il se mit à glousser doucement.

— Le Grand Mage ? Qui c’est ? demanda Karl à ses deux amis.

— Il a disparu depuis des années, dit Kirly en haussant les épaules. Je crois que notre prisonnier est un petit coquin.

Elle le regardait de l’air de dire qu’il était toujours temps de le séparer d’un orteil ou deux. Celui-ci déglutit et préféra finalement garder le silence.

— Le Grand Mage, chuchota Minaud. Les quelques fois où j’en ai entendu parler, on le disait mort ou qu’il avait perdu la raison.

— Il était fort ? demanda Karl.

— Oh oui, très puissant, confirma l’apprenti sorcier. C’était le sorcier le plus puissant à l’époque où il était encore là.

Karl réfléchit un moment.

— Ça pourrait se tenir, du coup, conclut-il. Là-bas, il y a un sorcier très puissant qui, a priori, n’a rien à y faire. Et d’un autre côté on a un mage très fort qui a disparu. Il se tourna vers le lieutenant. Comment savez-vous qu’il s’agit bien du Grand Mage ?

Le lieutenant haussa les épaules.

— C’est ce qu’il se dit. J’en sais pas plus moi.

— Bon. On en a assez entendu. Grand Mage ou pas, on ira là-bas, conclut Kirly.

Les deux garçons acquiescèrent. Elle bâillonna le lieutenant, et son collègue – même si ce deuxième n’était pas encore réveillé.

— Allons voir l’aubergiste, et foutons le camp d’ici !

Ils remballèrent leurs affaires sous le regard médusé du lieutenant et sortirent. Le canari de Minaud, toujours dans sa cage, n’avait rien suivi des évènements de la nuit mouvementée et se réveilla lorsque l’apprenti sorcier s’empara de son bâton. Il sifflota quand il aperçut les deux gardes attachés l’un à l’autre au milieu de la petite chambre.

— Eh oui, lui dit Minaud tout bas, y en a qui bossent !

L’oiseau se renfrogna et lui tourna le dos.

Les appartements du propriétaire des lieux étaient en bas. On y accédait par une porte au fond de la salle à manger. Les trois compagnons y pénétrèrent à pas de loup. De forts ronflements provenaient d’une pièce au fond du couloir. Kirly sortit de sa cape un poignard énorme qui aurait pu servir à découper un ours. Ils s’assirent dans ce qui devait faire office de salon. Une fois installés, elle donna le signal à Karl. Celui-ci s’empara alors de la vaisselle de l’aubergiste rangée dans un énorme buffet et la fit tomber dans un grand fracas.

— Oups ! dit le jeune homme en souriant.

On entendit de l’agitation venir de la chambre voisine, et une porte s’ouvrir précipitamment. S’en suivirent des pas rapides dans le couloir et l’aubergiste se trouva soudain nez à nez avec les trois amis.

— J’espère qu’on n’a pas dérangé la clientèle, lui lança Kirly sur un ton franchement désagréable.

Le tavernier pâlit aussitôt.

— Ha ! Heu … c’est vous, bafouilla-t-il. Je ne pensais pas que vous partiriez si tôt…

— Ce n’était pas notre intention. Mais on a été un peu dérangé pendant notre sommeil. Le service d’étage laisse un peu à désirer, intervint Karl.

Le visage de l’aubergiste se décomposa.

— Vous ferez le ménage hein ? On a laissé deux ordures là-haut. Ça fait un peu désordre.

— Je suis désolé que vous ayez passé une mauvaise nuit les enfants, baragouina l’homme.

— Bien ! Ça suffit ! dit Kirly en se levant.

Elle attrapa l’aubergiste par le col. La forte corpulence de ce dernier n’empêcha pas la jeune femme de le soulever de terre.

— Écoute-moi bien maintenant, lui dit-elle à l’oreille, le soldat nous a tout dit. Mes amis et moi, on n’est pas contents. Alors tu vas commencer par nous rendre notre argent, et tu vas faire préparer notre mule ! Si jamais tu joues au mariole, on brûle ta baraque avec toi dedans. Est-ce que j’ai été claire ?

L’homme hocha la tête frénétiquement.

Karl et Minaud la regardaient faire en souriant ; voir une ordure pareille se faire humilier de la sorte était un spectacle qu’ils n’auraient loupé pour rien au monde.

— Si jamais j’entends que tu refais ce coup-là à quelqu’un d’autre, on reviendra et on te jettera en petits morceaux à tes cochons !

Elle reposa l’aubergiste. Celui-ci était aussi blanc qu’un linge.

— Ha !

Toutes les têtes se tournèrent vers Minaud qui s’était exclamé.

— … Et tu diras à ta grosse serveuse que son lait était vraiment pas bon !

Ignorant la remarque du jeune garçon, Kirly hurla tout d’un coup à l’aubergiste qui sursauta :

— Allez fiche le camp maintenant !

L’homme disparut sans demander son reste.

 

— Moi je ne l’ai pas trouvé mauvais son lait, dit Karl à Minaud alors qu’ils étaient en route vers les Montagnes du Nord.

Minaud le regarda de l’air de dire qu’il n’y connaissait rien du tout en lait.

Tous trois s’éloignaient de la frontière, d’un pas tranquille.

L’aubergiste n’avait pas fait plus de problèmes. Il leur avait rendu leur argent et la mule avait été prête rapidement. Le palefrenier, Éric, visiblement content que son patron ait été remis à sa place par trois gosses, affichait un grand sourire quand il la leur rendit ; sourire qui s’agrandit encore lorsque Karl lui donna les trois pièces de cuivre qui devaient à l’origine servir à payer leur nuit, et sourire qu’il avait toujours quand il leur dit au revoir.

— Revenez nous voir quand vous voulez ! leur cria-t-il de loin avant de tourner les talons et de retourner à son écurie.

Sa journée serait bonne.

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