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Auberge et vilénies - Partie 5

Auberge et vilénies - Partie 5

Publié le 30 nov. 2021 Mis à jour le 30 nov. 2021
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Auberge et vilénies - Partie 5

Les trois soldats sortirent finalement. On les entendit à l’extérieur partir au galop.

L’aubergiste se tourna alors vers Kirly, Karl et Minaud.

— À nous, les jeunes. Alors ça vous fera trois pièces de cuivres. Dîner compris. 

— Mais… eux, ils ont payé… commença à dire Minaud avant que Kirly ne l’empêche de finir sa phrase en lui filant un coup sec dans les côtes.

La jeune femme poursuivit :

— Bien sûr, voici votre argent, Monsieur.

Elle lui tendit la somme, en essayant de sourire. Ils remontèrent les marches et se dirigèrent vers leur chambre au luxe spartiate.

— Pourquoi tu m’as empêché de lui dire, s’énerva Minaud. Nous, on paye d’avance et les trois autres, eux, ils ont payé après ! C’est pas juste !

— Justement, lui chuchota Kirly. J’aimerais savoir pourquoi.

Karl demanda si l’endroit était bien sûr pour passer la nuit.

— Nous verrons bien, lui répondit la jeune femme. Soyons quand même très prudents !

Le dîner serait servi dans un peu moins de deux heures ; temps qu’ils mirent à profit pour souffler un peu. Kirly s’était allongée sur le lit et contemplait le plafond, perdue dans ses pensées. Minaud quant à lui regardait par la petite fenêtre d’un air très intéressé. Karl tournait en rond dans la petite chambre comme un fauve en cage. Il s’approcha du sorcier.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Ben… ça se voit pas ? Je regarde par la fenêtre !

— Oui… euh… ça j’avais compris … mais tu regardes quoi ? C’est intéressant ?

— Oui ! Très intéressant ! opina l’apprenti.

— C’est-à-dire ? Tu regardes quoi ?

— Ben … tu vois le puits là-bas ?

Karl se pencha pour voir le puits, au centre de la place sur laquelle donnait la fenêtre.

— Oui, je le vois…

— Ben, la prochaine personne qui viendra, je lui ferai croire que le puits a croupi ! s’enthousiasma le jeune apprenti. Ha ! justement ! Regarde la bonne femme là-bas ! La cible idéale !

Il dit cela en éclatant d’un rire qui se voulait machiavélique. Karl regarda alors avec lui la femme qui puisa de l’eau avant de s’en retourner l’air tout à fait tranquille vers l’auberge. Le jeune sorcier prit un air un peu gêné.

— J’ai peut-être besoin d’un peu d’entrainement… murmura-t-il.

Karl ne dit rien et s’éloigna de la fenêtre.

— Je vais aller faire un tour je pense… histoire de visiter un peu le coin…

— Sois prudent, lui dit simplement Kirly qui regardait toujours le plafond avec assiduité. Ne t’approche pas trop des soldats de la frontière, ajouta-t-elle.

Le jeune homme opina, et ferma la porte derrière lui. Le hall de l’auberge était désert lorsqu’il le traversa pour franchir la porte. Au dehors, quelques passants vaquaient à leurs occupations sans se préoccuper le moins du monde de lui. L’endroit avait l’air somme toute assez tranquille. À première vue il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Il n’y avait même pas de patrouilles de gardes, comme on aurait pu s’y attendre. Se laissant aller là où ses pieds le porter, baguenaudant en silence, il finit par trouver un coin isolé où s’assoir. Il ne s’agissait en vérité que de quelques caisses qui faisaient office de banc, mais cette modeste assise suffirait. Il étira ses jambes et ferma les yeux un moment. Après avoir tenté de faire le vide sans vraiment y parvenir, il sortit d’une de ses poches son téléphone portable. Peut-être fonctionnerait-il à présent, peut-être enfin aurait-il plus de chance ? Mais ses espoirs furent rapidement douchés par l’obstination de l’objet à rester complétement noire. Pas le moindre petit caractère, pas la moindre étincelle de lumière n’émergeait de la surface qui lui renvoyait en reflet son regard de désespoir. Le néant. Il n’avait pas pris l’eau, n’avait reçu aucun choc et n’avait pas l’air abîmé. Ça ressemblait à une panne sèche de batterie. Étrange, car il avait plusieurs fois vérifié sa charge avant de partir, ce matin-là. Les téléphones ne devaient pas fonctionner…ici… Il ne vit que cela comme explication. De toute façon, qui aurait il appelé ? Il était vraisemblablement le seul à posséder un tel appareil dans la région, si ce n’était dans le monde entier. Un immense sentiment de solitude l’envahit soudain.

Il soupira et finit par se résoudre à ranger le petit bout de plastique, puisqu’il ne s’agissait plus que de cela, désormais.

Il était parti de chez lui il n’y avait pas si longtemps que ça – quelques jours tout au plus - mais tant d’évènements avaient eu lieu depuis. Il resta encore un peu là, perdu dans ses pensées, puis finit par se relever. Le hameau était vraiment petit. Il en fit rapidement le tour. Au loin, on pouvait apercevoir la chaîne de montagnes, lieu de leur prochaine étape. Peut-être que celui qui habitait là-bas pourrait lui venir en aide ; mais à vrai dire, plus le temps passait, moins il avait d’espoir à ce sujet. Kirly, Minaud, Sacha, tous ces gens qu’il avait rencontrés, étaient plutôt sympas – même s’il fallait bien le dire, la fille avait quand même un caractère de cochon - mais leur monde n’était pas vraiment à son goût. Il était magnifique, certes. La végétation, les couleurs, les oiseaux… tout était coloré et merveilleux, mais le revers de la médaille était beaucoup moins reluisant. C’était en méditant à tout cela qu’il contemplait le panorama. Il serait bientôt l’heure du dîner et avec un peu de chance, Kirly n’aurait pas étripé Minaud pendant son absence. Avait-il bien fait de les laisser seuls ?

Soudain, une forte lumière illumina l’horizon. Sa puissance était telle que les ombres autour de lui s’allongèrent et il dut placer ses mains devant les yeux pour les protéger. L’éclair aveuglant provenait de la Plaine, vers les Montagnes du Nord. Au bout de quelques secondes, l’intensité commença à baisser quand tout à coup, un second flash plus violent encore l’aveugla. Il s’attendit à entendre le bruit d’une onde de choc, ou d’un tonnerre, mais aucun son ne parvint à ses oreilles. Le phénomène, quoi qu’il ait pu être, avait l’air silencieux, ou en tout cas pas assez bruyant pour être entendu à une telle distance.

Quelque chose d’anormal se passait là-bas et il fallait en informer les autres, immédiatement !

Il se précipita vers le relais à toutes jambes, croisant des passants qui eux aussi avaient aperçu les éclairs et s’indiquaient du doigts leurs provenances. Il gravit quatre à quatre les escaliers et s’engouffra dans la chambre où ses deux amis étaient en train de se pencher à la fenêtre, en se bousculant l’un l’autre. Il y avait un petit angle de vue sur les montagnes et ils essayaient de regarder en même temps. Un dernier éclair, encore plus puissant que les autres, illumina les maisons du petit hameau dans la clarté vespérale. Puis plus rien.

— Qu’est-ce que c’était ! demanda Karl, estomaqué et tentant de reprendre son souffle. Vous avez vu ?

Kirly poussa une dernière fois Minaud, pour la forme avant d’abandonner la petite lucarne.

— Ha ! Tu es revenu… c’est bien ! Tu as vu les lumières toi aussi ? Je crois que les trois cavaliers sont arrivés à destination… mais ils n’ont pas été reçus comme ils l’auraient voulu, j’ai l’impression.

Minaud, qui avait fini par comprendre qu’il ne se passerait plus rien d’intéressant désormais, vint les rejoindre et ouvrait de grands yeux ronds.

— Tu penses que c’est le sorcier qui vit là-bas qui a fait ça ?

— Ce n’est pas sûr, mais ces trois gus allaient là-bas et là-bas, il y a un sorcier. Et faut avouer que ces lumières blanches ressemblaient beaucoup à un truc magique. Il en pense quoi notre apprenti mage ?

Elle se tourna vers Minaud.

— Oui, reconnut-il. Ça ressemblait beaucoup à un truc magique, comme tu dis.

Karl se laissa choir sur le lit.

— Et c’est là-bas que nous allons, nous aussi, soupira-t-il.

Les deux autres n’ajoutèrent rien.

— C’est peut-être juste un orage ? finit par murmurer Minaud, rompant le silence qui s’était installé. Peut-être qu’on se trompe ? Je peux me tromper après tout même si je suis presque mage…

Les deux autres jetèrent sur lui un regard désabusé.

— De toute façon, on ira ! trancha Kirly. Nous nous y sommes engagés, pour Akara. Et puis… après tout, ce sorcier n’apprécie peut-être pas les soldats qui se rapprochent trop près de sa maison. Personnellement, je ne lui jetterai pas la pierre pour ça.

— Tu as sans doute raison, murmura Karl sans trop y croire.

Il luttait intérieurement pour ne pas céder au découragement.

 

Il fut bientôt l’heure d’aller dîner. Tentant de mettre de côté les derniers évènements, ils descendirent dans la petite salle à manger. Celle-ci était attenante à l’accueil de l’auberge. Sa porte jusqu’à présent fermée était maintenant grande ouverte et de nombreuses tables étaient déjà occupées lorsqu’ils y pénétrèrent. De forts bruits de vaisselles maltraitées et d’hommes qui parlaient bien trop fort pour être tout à fait à jeun leur parvinrent, en même temps que des odeurs de cuisine à saisir d’effroi un nutritionniste.

Le relais, sous ses airs d’affreuse gargote, avait l’air d’être un commerce rentable.

Les conversations qui se tenaient évoquaient pour beaucoup les lueurs blanches aperçues au nord. Ceux qui les avaient vues, surtout, étaient nerveux. Les autres, pour la plupart, pensaient qu’il devait s’agir d’un orage et certains un peu taquins demandaient qu’on leur serve le même vin qu’à ceux qui y voyaient quelque chose de surnaturel.

Karl, Kirly et Minaud prirent place à une petite table dans un angle. La serveuse apporta à chacun du pain et un bol de ragoût pâteux à l’aspect peu appétissant.

— Ils nous ont gardé le fond de la marmite ou quoi ? protesta le sorcier en contemplant le contenu de son plat.

Il regarda autour de lui les plats des tables voisines afin de vérifier ses dires. Mais la serveuse était déjà de retour.

— Qu’est-ce qu’ils prennent à boire ceux-là ? leur lança-t-elle.

— Nous prendrons juste de l’eau, merci, répondit calmement Kirly.

— Le puits a croupi. On n’a que du vin. Désolée les petits ! rigola la femme d’un certain âge.

Karl et Minaud se jetèrent un coup d’œil en coin. C’était bien le premier sort que l’apprenti réussissait depuis qu’ils l’avaient rencontré, et il a fallu que ça leur retombe dessus… évidemment !

Le sorcier implora du regard le jeune homme de ne rien dire aux deux femmes tandis que le volume sonore de la salle s’atténuait. On tendait l’oreille vers cette table où on désirait boire de l’eau.

Kirly, toujours polie, s’en étonna car elle avait vu quelqu’un y puiser de l’eau en arrivant, tout à l’heure. Elle avait dit cela sur un ton dangereusement calme et patient.

— Il a croupi depuis, retorqua en serrant les mâchoires la serveuse. Si vous ne me croyez pas, allez donc voir par vous-même !

— Viens plutôt boire une bière sur mes genoux ! rigola un client de la salle, sans qu’on sache vraiment à laquelle des deux femmes il s’adressait.

Quelques autres clients rirent grassement de la remarque.

La femme toisa Kirly, d’un air renfrogné.

— Je vais me renseigner, râla-elle en repartant.

Karl se pencha vers la jeune femme, faisant semblant de rien.

— Ils n’ont pas l’air de trop nous apprécier ici, on dirait.

Minaud, qui avait pris la sage décision d’esquiver au maximum la conversation, était penché sur son bol et avait commencé à l’engloutir, faisant fi de son appréhension première. Il préférait encore faire un sort à ce ragout peu ragoutant plutôt que la vérité sur l’eau du puits ne l’éclabousse.

— Oui, convint la jeune femme qui n’avait pas lâché la serveuse des yeux. Restons sur nos gardes cette nuit.

Ce fut alors au tour du patron, au visage furieux et plus rouge encore qu’à l’accoutumé, de sortir de la cuisine en fulminant.

— Qui c’est qui veut pas de ma piquette ? - il posa les yeux sur la table où les trois amis étaient installés – Ha ! C’est vous, oui… évidemment… j’aurais dû m’en douter. - il se tourna vers la serveuse - T’as qu’à leur servir du lait puisque c’est comme ça !

Cela fit rire toute la salle, exception faite de Karl et Kirly. Minaud lui semblait ne faire nullement cas de ce qu’il se passait et toute son attention, en apparence du moins, était orientée vers le bol de ragoût.

Quand il redressa le museau, il vit le verre de lait posé devant lui et demanda le plus naïvement du monde :

— Il n’y avait pas d’eau ?

La grosse tentative de mensonge du sorcier fit éclater Karl de rire. Kirly le regarda d’un air à la fois amusé et un peu attristé pour l’apprenti qui était vraiment ailleurs, parfois. Elle toisa le plat de l’apprenti.

— Eh bien Minaud, je croyais qu’il ne te plaisait pas ce ragout !

— Tout le monde peut se tromper hein ? sourit-il de toutes ses dents et de l’air le plus innocent qu’il put trouver.

 

Le repas ne leur laisserait certainement pas d’inoubliables souvenirs gustatifs, mais il eut comme indéniable qualité de changer un peu les idées des trois voyageurs. Bien qu’ayant mal débuté, il s’acheva dans une atmosphère plus apaisée et après l’incident initial, on les laissa tranquilles le reste du dîner.

Ils ne s’attardèrent cependant pas pour rejoindre rapidement leur petite chambre à l’étage dont ils fermèrent la porte à double tour.

Les deux garçons installèrent leurs couchages au sol. Kirly, elle eut droit au lit comme elle l’avait unilatéralement décidé plus tôt. Tentant un ultime baroud d’honneur, Minaud fit néanmoins remarquer que la fille était au moins aussi dure que le plancher et qu’elle aurait aussi bien pu y dormir. Ce à quoi Karl rétorqua pour la défense de la jeune femme que c’était une question de galanterie et qu’il était tout à fait normal que Kirly ait droit au lit.

— De quoi ? demanda l’apprenti sorcier qui était complétement étranger au concept abscond évoqué par Karl.

— La galanterie, c’est comme… je ne sais pas, il n’y a pas un code de la sorcellerie ? ou quelque chose comme ça ?

Les yeux du jeune apprenti étincelèrent d’un coup.

— Oh oui ! expliqua-t-il. Le code de la sorcellerie est régi par un ensemble de règles complexes, réunies dans un ensemble de grimoires appelés Corpus.

— Ben voilà, le coupa Karl. La galanterie, c’est une sorte de code, mais envers les femmes. Les hommes doivent être polis et avenants envers elles.

— Mais… non j’y comprend rien à ton truc ! Pourquoi on ferait ça ? et puis Kirly… une femme ?

Kirly, après avoir jeté un regard au sorcier plus sombre qu’une nuit sans fin, se mêla à la conversation :

— On va faire plus simple, Karl, si tu veux bien… Minaud, tu dormiras par terre, sinon je t’étoufferai pendant ton sommeil avec le sac qui te fera office d’oreiller. C’est plus clair ?

Minaud se montra sensible à cet argument et s’installa en râlant encore un peu. On put percevoir au milieu de ses marmonnements « une femme… pfff… c’est la meilleure celle-là. Une furie oui ! »

— Tu vois, continua-t-elle à l’adresse de Karl. Pas besoin de longs discours. Il suffit de lui expliquer en des termes simples qu’il peut comprendre. – elle esquissa un sourire – Cependant, j’aime beaucoup ton concept de galanterie. Bonne nuit !

Elle souffla ensuite la bougie et tous les trois s’endormirent rapidement.

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