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Amissy - Partie 2

Amissy - Partie 2

Publié le 29 déc. 2021 Mis à jour le 29 déc. 2021
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Amissy - Partie 2

L’escalier continuait, encore et toujours. Minaud n’en revenait pas que le vieil homme, si malade lorsqu’ils se trouvaient encore au Sol, soit si ragaillardi à présent.

Un vent léger vint leur caresser le visage.

— On approche !

Une ouverture par laquelle on pouvait voir le ciel encore obscur se trouvait en effet un peu plus loin.

Ils débouchèrent enfin, au terme de leur longue ascension, sur une vaste esplanade.  La nuit tirait sa révérence cédant la place à une aurore pâle tandis qu’à l’est, on pouvait voir le soleil se lever qui perçait de ses premiers rayons quelques nuages encore assoupis. De majestueuses montagnes lointaines accueillaient les traits d’or qu’étirait à présent l’astre silencieux. Le paysage était époustouflant.

« Tant de malheurs dans un monde si beau… » songea le jeune garçon.

L’ambiance paisible des lieux était toute à la fois réconfortante   et effrayante. Tout était calme, bien trop calme… Un silence presque assourdissant planait sur la Cité.

Face à eux se dressait un palais gigantesque dont les murailles s’élevaient haut dans les cieux. De vertigineuses tours, finement ciselées, se dessinaient dans les lumières de l’aube naissante. Il n’y avait aucunes lueurs visibles aux fenêtres ; tout avait l’air sans vie.

Dans la Cité Céleste Éternelle et Merveilleuse d’où venait Minaud, les rues grouillaient de vie. Les marchands ambulants, les spectacles de rue, les soldats en patrouille, les badauds, les enfants ; tous participaient, d’une façon ou d’une autre, à faire vivre la Cité. Jamais la place centrale ne désemplissait. Les ragots allaient bon train au troquet du coin et les langues de vipères se déliaient le dimanche au lavoir. Parfois, un linge pendu à une fenêtre s’envolait, emporté par le vent et quelqu’un se mettaient à courir à sa rescousse sous les rires moqueurs des enfants. Même le Palais, où le sorcier Baltazar et son apprenti résidaient, était continuellement le lieu d’une agitation intense. Les cuisines ne s’arrêtaient jamais et les livraisons, en provenance du Sol, étaient continuelles. Les gens, les intrigants, les dames de la Cour en quête d’un amant ou d’un potin, tous contribuaient à la vie mouvementée du Palais. Minaud sourit à ce souvenir puis déchanta, frappé par la réalité... Car aujourd’hui, de sa chère cité, il ne restait plus rien. Tout avait disparu. Une larme perla au coin de son œil et alla rouler le long de sa joue.

Ici, rien ne bougeait. Pas un mioche, pas un garde en vue. Rien que le bruit du vent qui venait faire claquer un volet, que dans la précipitation du départ on avait du mal fermer, ou agiter l’un des rares drapeaux qui ornait encore le palais.

— Il n’y a jamais eu beaucoup d’agitation dans ma cité, expliqua le Grand Mage. Pas vraiment d’habitant à vrai dire… si ce n’est mes gens, mes gardes et leurs familles. Mais, comme tu le sais, ils vivent tous au Sol désormais.

Minaud repensa alors à l’histoire que leur avait racontée Horace. Une bête avait été libérée et avait fait fuir tout le monde. Une Manticore, avait dit le Grand Mage ? Celui-ci l’avait appelée Amissy, mais où était-elle à présent ?

Les deux sorciers s’avançaient sur l’esplanade en direction de la porte principale fermant les hautes murailles entourant le palais quand un raclement derrière eux fit sursauter Minaud. L’apprenti se retourna d’un bond terrifié.

— Vous avez entendu, maître ?

— Entendu quoi ? répondit calmement le sorcier.

— Y avait comme… un bruit ! vous savez… comme… je sais pas !

— Je n’ai rien entendu mon garçon, ça doit être le fruit de ton imagination. Essaye de te concentrer un peu, s’il te plait.

Le jeune sorcier se renfrogna. Non seulement le Grand Mage n’avait pas entendu – peut être la vieillesse le rendait-il sourd ? – mais en plus de cela, il le prenait de haut ! Bon, c’était le Grand Mage, il prenait de haut qui il voulait, mais quand même, il était sûr d’avoir entendu quelque chose.

La place devait bien faire dans les deux cents mètres de long. Quand ils se trouvèrent à mi-chemin, un raclement plus fort et un bruit de respiration qui ne laissait guère planer de doute quant à la présence de quelqu’un, ou de quelque chose, derrière eux se fit entendre.

Cette fois, les deux sorciers se figèrent en même temps et se consultèrent du regard du coin de l’œil.

Ils se retournèrent dans un même mouvement quand un puissant rugissement les fit tous deux frémir de la tête aux pieds. Deux yeux d’un rouge flamboyant les fixaient, à trois mètres au-dessus du sol. Malheureusement, ces pupilles infernales n’étaient pas seules car le corps qui les portait était tout aussi terrifiant. Un visage aux traits de femme ouvrait une gueule monstrueuse dont les innombrables dents acérées renseignaient aisément sur le régime alimentaire du monstre. Manque de chance, comprit rapidement le jeune apprenti, celui-ci ne devait pas être exclusivement composé de fruits et légumes. Le reste du corps était tout à fait conforme à la définition qu’on pouvait avoir d’une manticore femelle. Une impressionnante queue de scorpion, tellement gorgée de poison qu’un peu de celui-ci goutait sur le sol provoquant à chaque goutte qui tombait un petit nuage de fumée peu engageant, surplombait un corps de lionne géante dont tous les poils étaient hérissés.

Le vieux mage indiqua à Minaud d’un signe discret de la main de ne pas faire de gestes brusques. Cela tombait finalement assez bien car l’apprenti aurait été de toute façon incapable d’exécuter le moindre mouvement. Les mâchoires crispées et les dents tellement serrées qu’elles manquèrent de se briser sous la pression, le garçon figé par l’effroi, ne pouvait détourner ses yeux de la vision cauchemardesque qui leur faisait face.  

Amissy s’adressa alors à eux.

— Quel bonheur de vous voir, tous les deux ! Cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu quelque chose de vivant à me mettre sous la dent ! La dernière fois, c’était il y a plus d’un an maintenant… quand deux idiots de gardes sont montés de leur cave pour me rendre visite. Une visite délicieuse, entre nous soit dit, dit-elle en passant une langue violette le long de ses lèvres.

L’air avide avec lequel elle regardait les deux sorciers ne dit rien qui vaille à Minaud.

—Créature ! l’interpella vivement le Grand Mage. Tais-toi ! Et agenouille toi devant ton maître !

Amissy parut, un court instant, décontenancée.

— Mon maître ? demanda-t-elle. Quel Maître ? Je n’ai pas de Maître. Et je ne suis pas une créature ! Lorsque je m’agenouillerai, ce sera pour me repaitre plus confortablement de vos cadavres !

Il sembla à Minaud que le vieux sorcier avait vexé la manticore. Ce n’était probablement la meilleure chose à faire. Le vieil homme ne se démonta pas pour autant.

— Je suis le Grand Mage ! continua-t-il. Je suis le protecteur de cette Cité. Tu me dois donc obéissance !

Amissy le regarda, intriguée.

— La belle affaire ! cracha-t-elle. Le Grand Mage nous a abandonnées il y a longtemps, cette Cité et moi. Maintenant il est l’heure de passer à table !

Elle s’approcha alors d’eux d’un pas agile en poussant un impressionnant grognement guttural aussi grave qu’effrayant. Minaud fit un pas en arrière.

— Écoute, Amissy, reprit le vieux sorcier d’un ton plus amical. Je sais que tu n’es pas contente d’être restée seule toutes ces années… Mais je ne pouvais vraiment pas revenir. Tu comprends ? En plus je suis empoisonné, regarde… - il désigna son épaule – je ne voudrais pas provoquer une indigestion ! Et regarde mon ami, il n’a que la peau sur les os… il ne ferait même pas un bon cure dent ! – Minaud lui jeta un regard profondément choqué – non le mieux ce serait que tu nous laisses…

— VOUS M’AVEZ ABANDONNÉE ! rugit la Manticore, coupant le sorcier.

Le souffle putride de son haleine fit grimacer Minaud.

— QU’EST-CE QU’IL A LUI ? IL NE ME TROUVE PAS BELLE, C’EST CA ?

L’apprenti se figea. Ce n’était pas le moment pour qu’Amissy prenne la mouche. Il fallait faire attention.

— Non Madame, bafouilla-t-il. Je vous trouve très… - il hésita - en beauté ?

Le Grand Mage le regarda, dépité par sa réponse.

— Amissy, dit-il doucement à la bête. Calme-toi. Je comprends que tu sois fâchée. Mais on n’y peut rien…

— J’ai eu faim, Grand Mage ! J’ai eu horriblement faim ! J’ai toujours faim… personne ne m’a nourrie pendant plus de dix ans. DIX ANS ! Vous m’avez abandonnée. ABANDONNÉE ! Tout le monde est parti… personne ne s’est occupé de moi !

Minaud hésita à lui rappeler le casse-croute de l’année dernière, mais il sentit qu’ergoter sur ce point n’était probablement pas l’idée du siècle. Dans l’esprit de la Manticore, l’alimentation et l’affection étaient intimement liées. Lui servir de dîner revenait, d’une certaine façon, à prendre soin d’elle, pensa le garçon. De toute évidence, cet état d’esprit n’arrangeait pas leurs affaires.

— Mais maintenant vous êtes là ! Vous allez pouvoir m’aider à avoir moins faim !

À ces mots, elle s’approcha encore un peu plus. Cette fois-ci, le Grand Mage, à l’instar de Minaud, recula.

— Je n’avais pas prévu ça, dit-il tout bas au jeune garçon. Elle est remontée comme un coucou. Ça ne va pas être évident.

Ce fut au tour de Minaud de regarder le vieil homme avec un regard incrédule.

— Sans blague ! lâcha-t-il avant de se reprendre, espérant que le sorcier ne l’avait pas entendu.

Amissy ne les lâchait plus du regard, tel un félin à l’affût de sa proie. Sa queue de scorpion perchée au-dessus de sa tête, pointait désormais dans leur direction et commençait à s’agiter frénétiquement tandis que de longs filets de bave dégoulinaient lentement de part et d’autre de son immense gueule.

— Faites quelque chose, souffla le jeune garçon. Vous devez bien savoir quoi faire… c’est votre créature !

— Moui, répondit le Grand Mage en triturant sa barbe. Mais d’habitude elle a moins faim, faut reconnaitre.

Tout ce tintamarre finit par avoir raison du sommeil de Cony, le canari savant, qui jusqu’alors dormait paisiblement dans sa cage. Ce dernier ouvrit un œil, jeta un regard sur la Manticore, puis le referma… avant d’ouvrir subitement deux mirettes rondes comme des soucoupes – à l’échelle d’un canari, bien sûr – et de siffler frénétiquement.

— Minaud, questionna l’oiseau. Qui est cette magnifique créature ?

Le garçon regarda son oiseau, surpris.

— C’est Amissy, lui murmura-t-il. Et il semblerait qu’elle veuille faire de nous son menu pour cette année.

La Manticore, à l’oreille affutée, semblait avoir entendu le compliment de Cony et avait cessé son approche.

— Qui a parlé ? demanda-t-elle d’une voix devenue soudainement doucereuse.

Minaud n’en revenait pas de la tournure que prenait la situation.

— Bon, ben… euh… je vais faire les présentations, bredouilla-t-il. Après tout ce n’est pas comme si on allait tous se retrouver dans son estomac dans cinq minutes.

Il jeta un regard furieux à son oiseau.

— Amissy, voici Cony, mon canari savant, dit-il en lui présentant la cage.

Cony siffla et Amissy grogna.

— Enchanté, dit l’oiseau.

— Voilà qui me fera une agréable compagnie lorsque vous m’aurez nourri, se satisfit alors le monstre.

Cony souffla alors à son maître :

— Et voilà ce que c’est de savoir parler aux dames. On ne finit pas dans leur ventre !

Il paraissait content de sa farce.

— Je ne sais pas pourquoi je ne t’ai pas fait rôtir plus tôt, grogna l’apprenti.

Le mage, qui regardait la scène d’un œil distrait, sembla soudain se réveiller.

— Amissy, dit-il à la Manticore. Je suis désolé de ne pas t’avoir accordé plus d’attention ces derniers temps. Mais j’ai un cadeau pour toi…

La Manticore posa sur lui un œil intéressé.

— Un cadeau ? Quel cadeau ?

Elle regarda tout autour du vieux sorcier, cherchant la surprise.

— Allons le chercher tous les deux, il est là-bas, déclara le vieux mage en désignant un renfoncement dans les murs du palais, un peu plus loin.

Minaud, ne ratant pas une miette de la scène, put apercevoir les doigts du Grand Mage s’agiter prestement dans son dos en formant des diagrammes de lumières avec une agilité déconcertante.

— Allons voir ton cadeau, sorcier ! Je vous mangerai ensuite.

— Reste là, dit le mage à Minaud. Je reviens tout de suite.

Le vieil homme, suivi de près par la Manticore, s’avança vers l’endroit désigné. Minaud les vit alors disparaître derrière un des murs du palais. Peu après, un puissant éclair blanc jaillit des bâtisses, illuminant l’ensemble de la place. S’en suivit un long rugissement… puis plus rien. Minaud, toujours statique au milieu de la place, ouvrait de grands yeux.

— Mais qu’est-ce que je fais là ? se demanda-t-il.

Il pensa à s’enfuir le plus rapidement possible mais se ravisa lorsqu’il vit réapparaître le vieux sorcier qui marchait vers lui d’un pas tranquille, seul.

— C’est bon ! dit le vieil homme en se tapotant les mains. On peut continuer.

Minaud, décontenancé par tant de désinvolture, demanda :

— Mais… mais… comment avez-vous fait ?

— Où est cette délicieuse créature ? questionna également Cony, l’air inquiet, sans que personne ne sache vraiment si son intérêt soudain était sincère ou non.

Alors que le Grand Mage et le jeune homme se dirigeaient désormais vers les portes du Palais, celui-ci lui répondit en haussant les épaules :

— Je lui ai offert un miroir. Elle est en train de s’y contempler tranquillement…

— Un miroir ? Euh… et l’éclair ? demanda Minaud.

— J’ai quand même mis une cage autour d’elle, au cas où. Ça ne lui a pas plu, bien sûr. Mais elle est vite retournée s’admirer. - il reprit - Bon, je n’avais rien à lui donner à manger, par contre. Elle a raison la pauvre ! Je l’ai un peu délaissée ces temps-ci… Je la nourrirai dès que je pourrai.

— Vous n’auriez pas pu la tuer ? demanda Minaud, atterré.

Le Grand Mage le regarda, interloqué.

— On ne tue pas des créatures aussi magnifiques, mon garçon ! Voyons ! On s’en occupe comme il faut pour qu’elles ne nous mangent pas, voilà tout ! Amissy est une créature à l’âme tourmentée… et son apparence compte beaucoup pour elle. Elle se déteste presque autant qu’elle ne s’aime. Je lui ai juste donné de quoi s’occuper pour quelque temps. L’occasion pour elle de faire le tour de la question...

Puis après un infime temps de réflexion il précisa :

— Et puis, à vrai dire, je n’aurais peut-être pas réussi à la faire disparaître. Elle est quasiment invulnérable.

Mais quelque chose chiffonnait encore Minaud.

— Et les soldats qui gardent la cité ? Elle savait qu’ils étaient là non ? Pourquoi ne les a-t-elle pas attaqués ?

— D’une part, Amissy n’aime pas les escaliers… et puis, elle est bien trop imposante pour se faufiler à travers les étroits couloirs qui mènent jusqu’à eux. Tant qu’ils restent sagement dans la salle d’accueil et qu’ils ne s’aventurent pas à la surface, ils ne risquent pas grand-chose, se contenta de répondre le vieux sorcier, sur le ton de la conversation.

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