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À Lucile

À Lucile

Publié le 20 mai 2021 Mis à jour le 8 juin 2021
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À Lucile

Pour offrir une chaîne d'argent

 

L’or, l’argent, les joyaux te sont comme un parjure.

La beauté véritable est une qualité

Qui n’a besoin pour vivre en sa simplicité

Ni de futile orgueil ni de vaine parure.

 

T’offrir un tel cadeau, c’est te faire une injure.

Qu’est-ce qu’un diamant ? Un morceau de clarté ?

Le fragment d’un caillou que la terre a teinté,

Pour lequel on permet de blesser la nature ?

 

Mais cette chaîne blanche, aux éclats de cristal,

Représente à mes yeux bien plus que du métal,

Car son noble destin est de forger le nôtre :

 

C’est dans le cœur qu’on sent la valeur d’un bijou,

Et ces chaînons si purs, s’accrochant l’un à l’autre,

Sont mes bras enlacés tout autour de ton cou.

 

 

Trop jeune encore

« Grief – that’s Beauty canker » (Le chagrin, ce ver rongeur de la beauté).

William SHAKESPEARE, La Tempête, I, 2.

 

Le lendemain matin, je n’avais pas dormi.

J’étais venu chez toi, malgré ma réticence,

Pour sentir ta chaleur, ton parfum, ta présence ;

Tu semblais amoureuse et mon âme a frémi.

 

Or ton cœur ingénu ne m’aime qu’à demi :

Il vit encore un peu dans son adolescence,

Et tu m’as confié, cruelle d’innocence,

Qu’aux aveux de l’amant tu préfères l’ami.

 

Tes craintes, tes douleurs, je les comprends, Lucile,

Mais je suis sûr qu’aimer n’est pas si difficile.

Ô, comment t’en vouloir ? C’est la fatalité…

 

Ne pense plus à moi, jouis de ta jeunesse (1),

Oublie un temps l’amour, et sèche ta tristesse (2),

Car le chagrin est le cancer de la beauté.

 

 

Notes

(1) Voilà un exemple révélateur de l’impact que le Prince des poètes, Pierre de Ronsard, a toujours eu sur moi, sur mon esprit et ma façon d’écrire. Ce vers est, en effet, une incitation toute ronsardienne à profiter de la vie, à jouir de l’instant présent avant que vieillesse et mort ne viennent nous emporter.

 

(2) Ce vers est le plus important du poème puisqu’il s’agit de la chute du sonnet. Il peut paraître choquant, tant par ses mots brutaux que par son rythme ternaire inhabituel. Dans ce vers, en outre, la règle classique de la césure à l’hémistiche, avec son « E » non muet à la sixième syllabe, est volontairement bafouée. J’ai tenté d’évoquer ainsi la douloureuse déception du poète, renonçant malgré lui à cet amour. Le rythme ternaire du vers, en 4-4-4 syllabes, m’a semblé plus propice à mettre en valeur cette résignation : il démontre le caractère lent, régulier et en quelque sorte inéluctable de cette acceptation forcée. Inéluctable car, au terme des quatre premières syllabes, on devine que la fin du vers se découpera en deux autres groupes rythmiques égaux.

Toutefois, dans tous mes poèmes, ce vers est le seul exemple d’un « E » non élidé à la césure d’un dodécasyllabe. Cette règle est tellement importante en poésie classique – c’est le pilier qui soutient toute la construction de l’alexandrin – qu’il m’est fort pénible de la négliger.

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