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6.13 – Quid de notre identité narrative ? 

6.13 – Quid de notre identité narrative ? 

Publié le 20 juil. 2022 Mis à jour le 20 juil. 2022
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6.13 – Quid de notre identité narrative ? 

Le Portrait de Dorian Gray, que nous avons déjà évoqué, est sous la plume d'Oscar Wilde un exemple sophistiqué à la fois, de la figure du double de soi, et, d’une perméabilité entre deux mondes.

Dans La Belle Image, Marcel Aymé met lui en scène un homme d’affaires mûr d’aspect probe qui subit contre sa propre volonté une radicale métamorphose le transformant en un jeune dandy séduisant.

Le cas le plus emblématique est probablement celui exposé par Dostoïevski dans son roman Le Double.
Là, le double qui prend son autonomie est également l'homonyme du malheureux héros, ce qui va lui jouer bien des tours. Mais surtout le phénomène prend une toute autre ampleur si justement nous le repensons par rapport à la peinture de Dorian dans Le Portrait de Dorian Gray.

Dans L'Étudiant de Prague, un film de Stellan Rye et Paul Wegener de 1913, nous découvrons une forme de métalepse dans un miroir à laquelle W. G. Sebald n'a pas été insensible : « Dès l'une des premières scènes, rapporte-t-il, Balduin, la meilleure lame de Prague, se confronte à sa propre image dans le miroir et bientôt, frappé de stupeur, il la voit sortir du cadre pour dès lors le hanter sous les traits du fantôme de sa déréliction. » (Vertiges, Actes Sud Babel, 2001).

Depuis quelques années sur le web des internautes s'amusent des ressemblances plus ou moins frappantes entre des visiteurs de musées et des personnages réels ou fictifs, historiques ou imaginaires, qui leur font face sur des tableaux peints et à côté desquels ils posent fièrement pour une photographie. Un selfie un peu particulier qui peut rappeler la pratique du bookface.

Le bookface consiste à se faire photographier avec au premier plan la couverture d'un livre masquant son visage et dont l'image se confond avec le décor de l'environnement dans lequel la photographie est prise.

Là encore une manière subtile de jouer sur la ligne rouge de la claire-voie entre notre monde et les mondes fictifs.

Les plus spectaculaires bookfaces sont ceux dans lesquels la couverture du livre représente un visage en gros plan et où la personne photographiée la tient devant son propre visage, en masquant donc une partie, tout en révélant que ce qui reste à découvert, tant de son visage que de son corps, complète en fait l'image de la couverture du livre. C'est comme si les deux êtres, le vrai et le faux, ne faisaient en somme qu'une seule et même créature hybride, mi-réelle mi-fictive : une chimère.

Pour artificielles qu'elles soient, il y a là, dans ces mises en scène étranges, une sorte d'illustration du moi fictionnel, peut-être de celui-là même pressenti par Paul Ricoeur lorsqu'il réfléchissait à son concept d'identité narrative formulé en 1985 en conclusion de son essai en trois tomes Temps et récit.

Celles et ceux qui fréquentent assidûment des territoires fictionnels, principalement ceux de la fiction littéraire, la plus apte selon moi à faciliter une visualisation subjective et une projection de soi, sont probablement plus sensibilisés à cette double entité, à la fois réelle et fictionnelle, qui constitue leur identité profonde et, en tout cas, au ressenti qu'ils peuvent éprouver d'une certaine influence de leurs lectures sur l'évolution de leur "Je".

Cette modification dans la perception de soi, pour inquiétante qu'elle pourrait paraître, expliquerait bien la prégnance du sentiment d'immersion que ressentent des lecteurs assidus, et par ailleurs elle attesterait finalement bien l'existence effective d'une forme d'identité narrative.

Celle-ci nous permettrait de relier dans notre esprit ce qui en nous et ce qui de nous demeurerait dans le temps, de ce qui changerait.
Notre identité narrative se forgerait dynamiquement dans une auto-narration de notre propre vécu.
Nous la forgerions nous-mêmes.
Nous en serions les forgerons.
Elle témoignerait du fait que nous parviendrions à lire notre vie comme les romans que nous lisons.

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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