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6.0 – Happé·e·s par la parole 

6.0 – Happé·e·s par la parole 

Publié le 7 juil. 2022 Mis à jour le 7 juil. 2022
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6.0 – Happé·e·s par la parole 

Nous l'aurons compris à la lecture des précédents textes, pour certains lecteurs et pour l'ami Quichotte le réel est un immense réservoir de formes et d'images pour les fictions : un coffre à jouets.

Et c'est cela qui est à proprement parler fabuleux, cette capacité dont nous disposerions tous à pouvoir nous donner nous-mêmes les possibilités d'enrichir et d'enchanter notre monde en partant simplement d’une autre manière de lire notre réalité quotidienne.

Nulle contradiction, aucun paradoxe dans cette attitude. Nous avons besoin des deux mondes, le réel et l'imaginaire, pour être équilibré.
Notre cerveau ne peut indiquer à notre conscience perceptive que nous sommes bel et bien éveillés et bel et bien dans la réalité physique, que s'il peut également éprouver nos phases de sommeil, mais aussi nos projections dans l'irréel et la plus pure fiction.

Ne sommes-nous pas souvent déséquilibrés et de ce fait malheureux, non pas par excès d’imagination, mais par abus de rationalité ?
Nous savons que la privation des rêves nocturnes engendre d'importantes séquelles psychologiques. Nous pourrions donc nous demander si une fréquente stimulation de notre imaginaire conscient, par exemple par une lecture intentionnelle de fictions littéraires, pourrait développer en nous une sorte de sixième sens, une capacité nouvelle à ré-envisager des situations données sous différents angles, à multiplier nos points de vue, à avoir un esprit plus ouvert, plus créatif et plus empathique ?

Une lecture intentionnelle pourrait développer en nous un sixième sens... (Je l'expérimente dans Retour à Davos...)

Évoquons dans cette perspective quelques cas significatifs dans lesquels des hommes et des femmes tentent volontairement de transgresser cette délimitation, probablement elle aussi fictive, qui séparerait le réel de l'imaginaire.

A quoi pouvons-nous penser ?
D'abord aux peintures préhistoriques au fond des grottes.
Dans des endroits parfois difficilement accessibles et qui probablement, à la faible lueur mouvante de torches, apparaissaient douées de vie, ces représentations picturales témoignent au-delà des millénaires d'une familiarité spirituelle entre nous et ceux qui les réalisèrent au prix d'efforts certains.
Revisitées aujourd'hui par des paléontologues dans des conditions d'époque, ces peintures rappellent toujours étrangement les scènes oniriques de certaines de nos nuits au sommeil agité.

Nous pouvons ensuite songer à l'invention du théâtre dans la Grèce antique, mais aussi dans d'autres civilisations, asiatiques et africaines notamment, au sein desquelles les récits autour du feu d'une scène de chasse ou de combat, le rappel d'une expérience marquante qui fit drame dans la vie quotidienne, plaçaient soudain l'auditoire face à la subtile magie de l'évocation, du souvenir, du choc après-coup et du partage collectif des émotions, tandis que les premiers récits de mythes et de légendes les portaient au seuil d'autres mondes.

Le développement du langage articulé dans notre espèce humaine semble lié à cette faculté de pouvoir évoquer des faits qui ne sont pas, ou qui tout au moins ne sont pas ou plus visibles, ne sont pas ou plus directement observables par tous.

L’événement marquant éloigné dans le temps et l’espace, nous ne pouvons plus le montrer du doigt.
Quand nous ne pouvons plus désigner, alors nous racontons.
Et de là découlent les histoires ; d’abord une mise en récit, puis un jour l'irruption de la fiction, d’une mise en abyme. Et aussi probablement la naissance du mensonge.
Plus tard, si l'on en croit l'helléniste et philologue Jesper Svenbro, la lecture silencieuse aurait à son tour été rendue mentalement possible, en l’occurrence dans la Grèce antique, par l’intériorisation de l'expérience du théâtre (La Grèce archaïque et classique. L’invention de la lecture silencieuse, in Histoire de la lecture dans le monde occidental).

La parole vient du corps. Elle y retourne avec l’invention de l’écriture, puis l’apparition de la lecture silencieuse. Elle en ressurgit avec le théâtre.
Avec le récit fictif elle engendre des mondes possibles, potentiellement susceptibles de nous happer.

Merci pour votre lecture. Vous pouvez utiliser le bouton "Commenter" pour me faire part de vos questions et remarques.
Je suis chercheur indépendant à Paris. Je travaille sur la lecture immersive de fictions, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans. Pour que je puisse poursuivre mes travaux votre soutien m'est indispensable.
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